Innovation et transition écologique

Intervention de Christelle de Crémiers

 

Monsieur le président, chers collègues, il est de bon ton, parfois, de dire que les écologistes veulent revenir à la bougie. Détrompez-vous, chers collègues, les écologistes sont de grands adeptes de l’innovation ! Que cela soit dit clairement, il n’y aura pas de transition écologique sans innovation, sans nouvelle pensée, sans nouvelle compréhension, sans nouvelle technologie !

C’est pourquoi nous nous félicitons que la Région lance ce troisième appel à projets dans le domaine de l’innovation et qu’elle joue pleinement son rôle d’acteur économique.

Mais cette volonté de soutien, importante par son montant et les résultats qu’elle entraîne, n’est pas suffisante si elle ne s’accompagne pas de sens, si elle ne s’inscrit pas dans une politique, une vision. Le triptyque de l’économie classique « innovation-compétitivité-croissance » est en principe dépourvu de sens. Ou plutôt il n’en contient qu’un seul : la croissance du PIB. Or on connaît et on reconnaît aujourd’hui, à travers la loi SAS sur les nouveaux indicateurs et le vœu adopté par notre assemblée régionale lors de la dernière session, que le PIB est un indicateur très insuffisant, voire désormais pernicieux pour piloter l’activité économique.

Ce triptyque « innovation-compétitivité-croissance » sans autre critère, sans autre vision politique que celle de la maximisation du profit pour l’actionnaire et la croissance du PIB, n’est pas de mise dans un temps où notre modèle de développement est en crise. Une crise multiple et structurelle où l’instabilité financière, la croissance atone, le creusement des inégalités et du nombre de sans emploi et le dérèglement climatique sont liés.

C’est pourquoi aussi nous nous félicitons que soit précisé, parmi les objectifs de cet appel à projets, le fait que les projets doivent s’inscrire dans la transition écologique. Car sans cette précision, soutenir l’innovation sans restriction peut poser problème. La maxime de Rabelais n’a pas perdu de sa pertinence en ce temps d’hypertechnologie : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

Un exemple immédiat que nous connaissons tous : les pesticides et les engrais minéraux, symboles du progrès et de l’innovation des années 50. Leur production représente autant d’émissions de gaz à effet de serre que l’ensemble des émissions du secteur agricole. Ils ont permis de diviser par dix le nombre de paysans, et avec un chômage structurel désormais, on est en droit de s’interroger. Ils ont durablement pollué les eaux et l’environnement. Ils représentent un danger avéré pour la santé et les décès prématurés des paysans commencent enfin à être reconnus. A l’inverse, pour trouver comment protéger le maïs de la cicadelle grâce à un insecte et à une plante, sans aucunement altérer l’environnement, mais en permettant au paysan de bénéficier d’un excellent rendement de sa récolte, cela a demandé à nos ingénieurs plus de dix ans de recherche. L’agro-écologie est une discipline qui demande une innovation de pointe. Mais c’est une innovation qui respecte, pas une innovation qui détruit.

Enfin, un des plus grands défis en matière d’innovation, et d’intelligence collective, que nous pose la transition écologique, c’est qu’elle pose dans sa définition même la question d’une société appelée « post-croissance ». Comment travailler, échanger, prospérer sans croissance dans un cadre démocratique ? Voilà qui demande un changement innovant à tous les niveaux : organisationnel, technologique, voire même philosophique. C’est une question à laquelle nous sommes déjà confrontés. Et nous, écologistes, pensons qu’il est fait un bon usage de l’argent public s’il soutient l’innovation et permet de répondre à cette question.

Les critères d’éligibilité de cet appel à projets innovation sont suffisamment flous pour qu’il puisse être fait de cet appel des interprétations diverses. On aimerait pouvoir y lire que les entreprises aidées s’engagent en contrepartie pour l’emploi. Dans notre souci constant d’efficacité et de pertinence de l’argent public, vous pouvez compter sur le groupe écologiste, Monsieur le Président, pour être vigilants dans l’interprétation qui sera donnée à ces critères au moment de l’attribution des aides économiques à l’innovation.