Inondations : apprendre pour mieux gérer

Intervention de Benoît Faucheux

 

Monsieur le président, chers collègues, nous venons de vivre des événements tragiques. Des centaines de communes de notre région en catastrophe naturelle, des milliers d’habitants durement touchés. Face à ce drame, nous devons mobiliser toutes les solidarités de notre territoire.

Mais nous devons aussi apprendre de ces événements, apprendre pour mieux gérer ceux à venir, qui pourraient être de bien plus grande ampleur. En effet, ce que nous venons de vivre n’est rien à côté d’une crue centennale de la Loire, qui nécessiterait l’évacuation de plusieurs centaines de milliers de personnes dans notre région. Et le dérèglement climatique augmentera la fréquence et l’intensité des catastrophes naturelles.

Notre Région Centre-Val de Loire a été pionnière il y a 20 ans, pour la gestion intégrée du fleuve, avec le Plan Loire, qui réunit l’Etat et les Régions traversées par la Loire. Ce plan poursuit trois axes : la diminution de la vulnérabilité face au risque inondation, la bonne gestion écologique du fleuve et de ses affluents et la mise en valeur de son patrimoine naturel et culturel, base de l’attractivité et du tourisme régional. Suite à ces événements, il est nécessaire de procéder à des ajustements du plan.

 

Les digues des fleuves et des rivières doivent être consolidés sur certains points stratégiques, le programme est en cours sous la responsabilité de l’Etat, mais il a pris du retard et il faut aller plus vite. Mais parallèlement à cela, il faut aussi créer des champs d’expansion de crues, qui permettent de protéger les digues en cas de très grosses crues, en permettant à l’eau de s’évacuer sur des zones non habitées et ainsi diminuer les hauteurs d’eau pesant sur les digues. La zone de la Bouillie à Blois est un bon exemple de ce qu’il faut faire. Il faut se rappeler que le risque principal d’une inondation en Loire est la rupture de digue, qui libère un mur d’eau qui dévaste tout sur son passage, sur une distance représentant 100 fois la hauteur de la digue. J’en profite d’ailleurs pour dire qu’il faut s’interroger lors de toute velléité de création de retenue collinaire sur le risque qu’elle ferait courir au territoire en cas d’inondation. La commune de Saint-Règle l’a malheureusement appris à ses dépends ces derniers jours.

 

Il me semble aussi fondamental d’amplifier la préparation des populations à ce type de catastrophe. Le réseau des Maisons de Loire a développé des espaces de découverte de la Loire (inondations, écologie, patrimoine). Je vous invite d’ailleurs à les découvrir à Belleville, à Jargeau, à Saint-Dyé, à Blois, à Montlouis. Un programme en direction des scolaires vivant sur l’axe ligérien a été démarre à l’initiative de la Région, il devrait être amplifié. De plus, il me semble nécessaire de mobiliser les lycées situés en zone inondable dans la préparation de plans de continuité d’activités, cela devrait permettre de mieux préparer la communauté éducative, les lycéens et leur parents et cela aura une capacité d’entraînement sur le territoire.

 

Enfin il faut accélérer le changement de modalités de gestion des rivières : après la guerre, beaucoup de rivières ont été transformées en fossé ou en canal. En supprimant les méandres, la capacité à évacuer les sédiments a été également supprimée. Résultat : ces rivières sont beaucoup plus vulnérables aux inondations. Il est donc nécessaire de continuer et d’amplifier le travail de renaturation des cours d’eau que nous avons entrepris avec les agences de l’eau et les syndicats de rivière. Plutôt que de curer les fossés et les rivières comme le propose certains syndicats professionnels, il faut plutôt remettre les rivières en bon état écologique, ainsi nous réduirons la vulnérabilité du territoire aux inondations.