Portrait Charles Fournier

La formation au cœur de l’engagement pour l’emploi et la reprise économique

Intervention de Charles Fournier

 

Monsieur le Président, chers collègues, quelques mots en complément de l’intervention de Jean Delavergne. Je peux entendre les désaccords sur la stratégie proposée, les votes contre qui s’en suivent et moi-même je pense qu’il faut aller plus loin, mais dites-nous au-delà du développement de l’apprentissage ce que vous feriez, quelle serait votre stratégie en matière de formation tout au long de la vie. On peut  débattre proposition contre proposition, conception contre conception, sur ce qu’est la formation et ses liens avec l’économie mais aussi sur son rôle pour nos concitoyens.

 

Nous ne pensons pas la formation dans une logique adéquationniste, bien quelle se doive d’être articulée aux besoins en main d’oeuvre, aux évolutions de l’économie. Il me semble que bien souvent ceux qui s’opposent aux propositions faites n’imaginent la formation que comme un outil de la crise.

 

Ce rapport me donne l’occasion de souligner l’importance de la loi du 5 mars sur l’emploi, la formation et la démocratie sociale. Même si n’en partageons pas tous les points, elle est porteuse d’un profond changement replaçant les femmes et les hommes de notre pays au cœur de leur parcours et faisant de la formation un levier pour construire et sécuriser ces parcours, levier dont nos concitoyens auront plus qu’hier la maîtrise. Elle réaffirme aussi des principes de la loi de 1971.

 

Le compte personnel de formation (ce sont d’ailleurs les CARIF-OREF et les bases régionales comme celles qui alimentent le site Etoile, qui demain assureront un flux unique d’information dans ces 40 millions de comptes, c’est l’expérience dans les Régions qui est reconnue), un nouveau métier cohérent avec la mise en place du SPRO, nouvelle gouvernance de la formation, les engagements sont nombreux et nous attendons les quelques 37 décrets qui traduiront cette loi en acte. Même si je pense qu’il aurait été utile d’attendre ces décrets pour donner à voir de façon plus précise quelle stratégie notre Région pouvait adopter.

 

Vous exprimez la volonté de penser la formation comme moyen d’anticiper les nécessaires évolutions de l’économie, nous partageons et à chaque fois que je suis intervenu sur ce sujet, je l’ai exprimé au nom de notre groupe. Mais pour nous l’urgence c’est bel et bien d’agir sur la transition écologique de l’économie. Non, elle ne sert pas qu’à gérer l’urgence, elle contribue à penser demain.

 

Ceci étant dit, quelques rapides commentaires et questions sur quelques-uns de ces 23 engagements.

 

Sur la GPECT, un des enjeux est d’apporter un soutien au-delà de l’ingénierie initiale, il faut aussi accompagner les plans d’actions qui en découlent, c’est souvent là aussi que se nouent les difficultés de passage à l’acte.

 

Il faut croiser filières  et territoires, elles ne s’opposent pas. Même si les PME-PMI ne s’y reconnaissent pas, elles peuvent trouver leur place dans les démarches de GPEC qui, elles, s’inscrivent dans les territoires. A ce titre, les observatoires de branches et les observatoires de territoires se sont d’ores et déjà engagés, ici comme à l’échelon national, à un croisement de leurs lectures. Notre base ORIOM, outil de prospectif mutualisé, premier du genre en France, répond à ces enjeux. Il serait sans doute utile d’en faire une présentation à l’ensemble des élus. Il a été présenté lors des matinales de la formation consacrée aux cartes de formation et je crois que cela a suscité un grand intérêt.

Sur la GPECT toujours, elle peut permettre de faire émerger des projets d’économie circulaire, il serait intéressant, dans l’accompagnement qui sera proposé, d’être attentif à cette hypothèse.

 

Sur les contrat de filières : l’ORFE peut se mobiliser pour conduire des études prospectives dans ces filières volontaires,

Sur les parcours métiers : je crois à la fois utile de mieux préparer à un métier, de s’en approprier toutes les dimensions mais attention à la trop grande spécialisation qui peut fermer des portes. La loi du 5 mars prévoit que les régions fasse la commande de formation pour le compte de pôle emploi, cette mesure anticipe d’une certaine façon cette loi.

 
Sur l’apprentissage, je ne rentrerais pas dans les polémiques récurrentes sur ce sujet. Notre Région est une région d’excellence sur cette question. Précisons que la baisse du nombre d’apprentis impacte essentiellement les entreprises de moins de 11 salariés et qu’il augmente pour les plus de 11. Or la prime en diminution n’a impacté que les entreprises de plus de 11 salariés donc le lien de cause à effet n’est pas démontré.

 

Oui à l’apprentissage, mais ce n’est pas non plus la seule voie d’accès à la qualification et les débats que ne manquent jamais de provoquer les mesures relatives à l’apprentissage ne doivent pas passer sous silence ce qui est également fait pour soutenir les lycées et l’enseignement professionnel.

 

Un mot seulement : s’il est juste que la taxe de l’apprentissage aille d’abord à l’apprentissage, et si la Région aura un rôle à jouer dans la répartition de cette  taxe, les lycées qui en perçoivent aujourd’hui sont inquiets de voir disparaître cette recette sans doute orientée essentiellement vers les CFA. Quelle compensation ?

 

 J’étais hier dans le  Languedoc-Roussillon et ils ont développé un outil intéressant : la bourse de l’apprentissage. C’est un portail permettant  la mise en relation des employeurs et des apprentis, avec toutes les infos pour toutes les parties prenantes de l’apprentissage, peut-être une idée à proposer dans notre région surtout dans un moment de baisse ?

Sur les campus des métiers, nous sommes favorables même s’il nous faut tenir compte des expériences passées et notamment des lycées des métiers. C’est intéressant mais nous exploitons sans doute pas tous les potentiels.. Ceci dit, vous évoquez un campus sur le thème de l’énergie, vous comprendrez qu’il nous semble nécessaire de développer plutôt un campus énergies renouvelables.

 

Nous approuvons les engagements relatifs à l’enseignement professionnel et Chantal Rebout  y travaille avec implication depuis le début de la mandature.

 
Enfin sur les questions de mixité dans la formation et dans les métiers. Oui il faut agir sur ces questions mais il faut sans doute s’en donner davantage les moyens et dans les deux sens. L’engagement ne nous dit pas comment. Cela dure depuis trop longtemps et en temps de difficultés, ces différences s’amplifient. Merci de nous dire ce que vous comptez entreprendre.

 

Pour conclure, nous ne pouvons considérer ce rapport que comme une étape pour définir une véritable stratégie d’accompagnement des mutations économiques, de la transition écologique de l’économie et c’est aussi une possible première étape pour préparer le prochain CPRDFP.

 

En vous remerciant.