La jeunesse en ruralité

Intervention de Sandrine Tricot

Monsieur le Président, chers collègues

La crise de la COVID a touché de plein fouet les plus fragiles, les plus démunis. Notre jeunesse, les jeunes de nos territoires dans leur grande diversité, font partie de ceux qui sont touchés avec force. Je ne viendrais pas sur les constats que nous avons déjà pu partager largement.

Je souhaitais porter mon propos plus spécifiquement sur les jeunes en milieu rural, en intégrant l’égalité femme / homme :

Un très bon rapport du Conseil Economique, Sociale et Environnemental coordonné par Bertrand Coly et de Daniele Even en 2017 met en avant le fait que les ruraux se disent attachés à leur territoire. Par conséquent, ils s’en éloignent moins et font des études plus courtes et souvent professionnelles alors même que l’accès à l’emploi est y plus délicat. Par-delà leur diversité, les jeunes des espaces ruraux montrent un grand attachement à leur territoire. Ils font en plus forte proportion des études courtes et à caractère professionnel que les jeunes urbains et entrent plus tôt en moyenne sur le marché du travail.

Outre les difficultés d’accès des jeunes à la mobilité et aux services, trois constats apparaissent particulièrement prégnants :

  • les inégalités entre jeunes femmes et jeunes hommes sont marquées en milieu rural ;
  • alors que les jeunes sont un élément déterminant pour l’avenir de ces territoires, la coordination des politiques publiques en direction de la jeunesse y semble insuffisante ;
  • enfin, la baisse de la confiance des jeunes dans les institutions représentatives y est très prononcée.

Ce processus est encore plus flagrant chez les femmes. Une enquête de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques le confirme. « Elles font des études plus courtes, diplôme bac+3, ce qui leur permettrait de suivre une formation peu éloignée de leur milieu familial. » Elles seraient 47% dans ce cas contre 35% des jeunes femmes en ville.

Les jeunes femmes en milieu rural ont un risque de précarité et d’isolement plus important.

Plusieurs freins ont été identifiés dans l’étude menée par le commissariat général à l’égalité des territoires : elles sont d’abord plus touchées par le chômage puisqu’elles représenteraient 61% des demandeurs d’emploi en milieu rural ou bien elles ont des emplois précaires, les formations accessibles localement sont plus courtes, la garde d’enfants est délicate et la mobilité un lourd handicap. A la lecture de ces freins, l’hypothèse du poids des stéréotypes et d’une autocensure est grand.

Pour donner à chaque jeune des territoires ruraux de nouvelles opportunités et faire reculer les inégalités femmes/hommes, le CESE a fait des préconisations articulées en trois axes :

  • créer une compétence « jeunesse » rendue obligatoire au sein de communautés de communes animant une politique jeunesse de territoire partagée
  • mettre en place au sein de chaque bassin de vie une démarche de Campus ruraux de projets dédiée à l’accompagnement des jeunes dans leurs projets
  • instaurer un Pacte jeunes Ruraux.ales inscrit dans les contrats de ruralité.

Si mon groupe souscrit à ces préconisations, elles ne dépendent pas de la Région, mais nous nous permettons de lancer des pistes complémentaires de celles du rapport, qui pourraient être travailler au sein du COJ régional au titre de l’égalité réelle :

  • pour améliorer l’accès aux droits : créer un label des structures portes d’entrée pour améliorer l’accès aux droits sur les territoires, faire connaitre la large palette de toutes les formes d’engagements
  • pour revivifier la démocratie et l’implication des jeunes dans l’action publique, et plus particulièrement en milieu rural :  comme le souligne l’article 55 de la Loi Egalité Citoyenneté, encourager les collectivités, quelles qu’elles soient, à associer autant que possible les jeunes aux orientations stratégiques des politiques jeunesses et à la vie locale, notamment en mettant en place des conseils de jeunes mais aussi qu’ils soient paritaires, tant pour leurs membres que dans leur gouvernance à l’image du CRJ. Comme le souligne l’article 57, instaurer la parité et la représentation de l’ensemble des classes d’âge dans les conseils de développement.
  • intégrer une fiche jeunesse spécifique dans les CRST, au-delà des interventions qui sont déjà éligibles comme les MJC, Foyers de jeunes travailleurs, gymnases, …
  • pousser la thématique de la jeunesse dans la prochaine programmation LEADER, et les coopérations inter-GAL sur le sujet.

Je m’arrête là.

A bon entendeur.

Je vous remercie pour votre attention.