Portrait Michelle Rivet

LGV POCL : les écologistes ne participent pas à la mystification

Intervention de Michelle Rivet 

Monsieur le Président, chers collègues, notre assemblée est appelée à donner sa contribution au projet de LGV POCL. En marge du débat qui s’ouvre ici, je tiens à vous indiquer que notre groupe d’élus régionaux EELV a déposé son propre cahier d’acteur.

Comme vous le savez, nous écologistes, sommes naturellement les défenseurs du ferroviaire, un moyen de transport susceptible de limiter les rejets de gaz à effet de serre, et nous ne sommes pas à ce titre opposé par principe au TGV. Toutefois, en l’état ce projet nous semble poser plus de questions qu’il n’amène de réponses.

Et en premier lieu comment va être financé ce projet ? Dans un contexte où les réalisations des grandes infrastructures en cours connaissent des retards considérables du fait des difficultés budgétaires, qui peut croire que l’État disposerait des fonds nécessaires à ce projet ? D’autant que chacun s’accorde à dire que le coût total sera largement supérieur aux 14 milliards annoncés si on se réfère aux travaux de LGV récents et aux ouvrages nécessaires (pont sur la Loire, entrée dans Paris…).

Il est donc clair que ce sont les collectivités locales qui seront appelées à financer et à financer de manière conséquente. Cela, au détriment d’autres projets ferroviaires pour améliorer le trafic sur les lignes existantes. Or la maintenance et la rénovation de l’existant sont déjà négligée aujourd’hui et je ne parle pas de la réouverture de lignes fermées qui serait nécessaire pour améliorer les dessertes. Pourtant une telle réouverture coûte 1,2M€ /km contre 20M€ /km de LGV.

Pour nous, écologistes, la priorité doit être donnée aux déplacements domiciles travail ou domicile-études et à l’ amélioration du service public aux voyageurs qui permettent un report modal significatif de la route vers le rail et un changement de comportement réel. Il faut d’abord pallier à la dégradation du service ferroviaire et rénover, améliorer les voies.

Deuxièmement quel impact environnemental aura le POCL ? D’abord en terme de biodiversité : les différents tracés impactent des secteurs sensibles : la Sologne, la réserve de Saint-Mesmin dans les tracés Ouest ou les sites ligériens classés pour celui de l’Est. De même la construction d’un nouveau pont sur la Loire pose question. Les coûts environnementaux s’ajoutent aux coûts financiers avec cette nouvelle saignée qui rendra plus difficile encore le continuum écologique nécessaire à la préservation de la biodiversité et à la trame verte.

Ensuite du point de vue de l’agriculture, 5000 hectares seraient mobilisés pour le tracé et de nombreuses fermes seraient démantelées ce qui impliquerait des restructurations et forcément des disparitions d’exploitations à un moment de prise de conscience du gaspillage effréné de terre agricole et de perte des emplois paysans.

Troisièmement quelle amélioration attendre du projet en terme d’aménagement de notre territoire ?  J’entends partout et tout particulièrement dans mon département du Cher que ce TGV désenclavera le Sud régional. C’est une mystification. Parce que ce POCL est d’abord un PLM bis… et cela aura des conséquences en terme de desserte de nos gares régionales car il s’agit ni plus ni moins que de traverser plus vite notre région et non de l’irriguer. Les gares de dessertes seront forcément éloignées des villes centre et le temps passé à les rejoindre va minimiser les gains sur les parcours.

Pour notre part nous sommes certains que l’amélioration des lignes existantes permettrait une diminution notable des temps de parcours pour une grande majorité des voyageurs et en particulier en direction de la région parisienne dont nous sommes proches.

Enfin le TGV répond-t-il aux besoins ? Les partisans du TGV veulent nous persuader que la région ne peut envisager de développement économique sans ligne à grande vitesse. Nous proposons quant à nous un scénario qui conforte les liaisons Nord Sud et Est Ouest en misant sur le POLT (Paris Orléans Limoges Toulouse) et sur l’axe Nantes -Genève. Cela valoriserait la position centrale de notre région au croisement de deux axes ferroviaires structurants et réhabiliterait la fonction historique de carrefour du Sud régional. Concentrer des investissements sur ces deux axes est un choix de développement régional, inter-régional et européen cohérent au vu des grandes régions reliées.

Quant aux usagers ils se préoccupent prioritairement de la qualité du service au regard du coût des voyages. Or le TGV ce sera peu de trains, des gares éloignées des centres et des tarifs largement supérieurs. Nous sommes donc loin des besoins exprimés concernant le maintien de l’ouverture des gares de proximité, l’amélioration de la fiabilité du réseau, la ponctualité et la fréquence des trains. 

Ce débat sur l’arrivée hypothétique du TGV dans la région se déroule dans le contexte de l’instauration du cadencement qui va avoir pour conséquence, au moins dans l’Indre et le Cher, de diminuer le nombre de trains pour les usagers. Deux fois moins de trains entre St Amand et Bourges et Vierzon par exemple !

Le bruit fait autour du POCL et le débat public en cours me rappellent cette citation qui sera ma conclusion :
« Certains politiques sont comme les prestidigitateurs (que nous crûmes magiciens lorsque nous étions enfants) ils tentent d’attirer nos regards là où manifestement l’action ne se déroule pas » Didier Vaiser

 

Session des 20 et 21 Octobre 2011
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Rapport : contribution écrite sur le POCL 

Annexe : contribution écrite sur le POCL