Portrait Michelle Rivet

Aménagement numérique : liberté, partage et citoyenneté, pour une SCoRAN ambitieuse

Monsieur le Président, chers collègues, cette actualisation de la stratégie régionale pour le numérique est l’occasion de faire le point sur  les objectifs régionaux en matière de déploiement des réseaux mais surtout de mieux définir les enjeux et objectifs en terme de pratiques et d’usages, que la première version de la SCoRAN avait peu abordés et qui sont l’objet principal de cette version .

 Les différents syndicats mixtes ouverts départementaux mettent en œuvre via les SDAN un déploiement « démocratique » du numérique sur le territoire alors que l’initiative privée seule conduisait à une concentration des moyens sur les zones les plus denses. Cette solidarité territoriale va permettre l’irrigation de  notre région de manière d’autant plus égalitaire que les innovations sur le  fil de cuivre pourraient minimiser les différences entre les zones fibrées et les secteurs plus éloignés

En effet si le document précise que les usages domestiques se suffisent du réseau actuel il faut souligner qu’il y a encore  des zones rurales qui n’ont pas encore l’accès à ces usages considérés aujourd’hui comme courants.

Cependant l’infrastructure n’a d’intérêt que par le développement des usages du numérique. Or comme le document préparatoire à la SCoRAN  le pose clairement, « nous sommes face à des défis citoyens, des défis sociétaux, des défis économiques ».

Beaucoup de secteurs (tous ?) vont être profondément modifiés par l’évolution des  technologies numériques  (la formation, l’éducation, l’administration, l’économie, la santé mais aussi la culture). Je pense tout particulièrement aux nouvelles formes d’organisation du travail  (tiers-lieux de travail ou plateforme coworking) ou à  l’économie collaborative –

Le document propose sur chaque thématique d’ouvrir des pistes tracées propres à  favoriser les innovations dans un but d’utilisation optimale des outils numériques

Je voudrais cependant soulever deux  interrogations. Tout d’abord le financement : l’intérêt des propositions ne fait aucun doute et les moyens consacrés doivent être à la hauteur de nos ambitions. Par ailleurs quelle  analyse de l’impact écologique de la chaîne, réseaux et matériels connectés ? Les questions de consommation d’énergie et de matières premières  comme celles de la durée de vie des matériels  et  leur recyclage  doivent être posées et pesées à chaque étape des décisions d’investissement.

Le numérique et internet permettent l’accès de tous à d’immenses sources d’informations   mais  aussi l’accès aux données individuelles  et la surveillance de tous. Le bouleversement sociétal que cela représente doit nous inciter à développer les pratiques citoyennes propres à protéger les individus. Aussi doit–on particulièrement retenir  les propositions en matière de contrôle citoyen :accès à l’information, formation, anticipation des mutations, médiation des associations.

Il est par ailleurs inutile d’attendre de l’initiative privée – je ne parle pas ici des acteurs de l’ESS très en avance dans ce secteur – qu’elle s’intéresse à des pratiques émancipatrices ou favorisant la contribution des utilisateurs. Dans un contexte de forte concurrence, les entreprises du secteur  sont plus enclines à protéger leurs outils qu’à les partager. Or la vitalité et l’inventivité du numérique s’est nourrie du partage : les logiciels libres, internet en sont des exemples flagrants.

C’est donc  le rôle de l’initiative publique que d’encourager politiquement et financièrement cette liberté de partage et l’appropriation des outils par les utilisateurs en investissant  dans la formation, la montée en compétence de ces utilisateurs. Elle doit soutenir prioritairement les pratiques collaboratives et les usages responsables tant sur le plan social qu’écologique.

Les écologistes seront attentifs à ce que notre collectivité  favorise ces  dynamiques tout en veillant à un développement réfléchi de la technologie numérique.