Mesures d’urgences pour la jeunesse

Intervention d’Estelle Cochard

La crise sanitaire nous a frappés de plein fouet et comme dans toutes les crises, ce sont bien les plus fragiles qui sont les plus vulnérables. Les crises bousculent nos vies, nos équilibres et poussent dans la précarité nombre de nos concitoyens, nos jeunes, nos ainés, les liens intergénérationnels….

Les crises viennent nous chercher au plus profond, dans nos rapports aux autres, nos liens, nos capacités à être solidaires et à faire société.  Cette crise met à l’épreuve nos capacités collectives à nous organiser collectivement à la fois pour gérer les urgences tout en construisant des modèles plus résilients.

C’est tout l’enjeu de ce rapport pour la jeunesse et de la large concertation avec le COJ régional et les territoires qui a eu lieu, qui permet à la fois de répondre à des besoins conjoncturels et de se coordonner dans l’urgence mais aussi de poser les bases et de dessiner des suites plus structurelles.

Les jeunes font partie de ceux qui sont particulièrement vulnérables dans la période. Il n’y a pas une jeunesse, mais bien des jeunesses et elles ne sont pas toutes à la même enseigne. L’ambition de ce rapport est bien de participer à éviter toute rupture de parcours qui impactera en profondeur la vie des jeunes.

Les enjeux sont bien :

  • Le renforcement de l’accès aux droits, à la fois de façon conjoncturelle mais aussi plus structurellement
  • Des mesures d’urgences pour soutenir les jeunes et être à leur écoute, lutter contre les précarités et lutter contre le décrochage et le renforcement de l’insertion

Je voudrais profiter de mon intervention pour souligner le fait que la Région a fait le choix volontariste depuis longtemps de mettre en place une instance de jeunes à l’échelon régionale, le CRJ.  Charles Fournier qui en a la responsabilité au travers de sa délégation a accompagné une refonte en profondeur de son fonctionnement en début de mandat, sur la base du bilan fait par les jeunes sortants : cela a permis de faire évoluer le fait qu’au-delà d’émettre des avis en amont des rapports de la Région, ils puissent participer au processus d’élaboration de mesures, être dans la co-construction mais aussi pouvoir agir par des groupes de travail avec un budget participatif. En bref, être davantage acteur pour les politiques régionales et dans les travaux qu’ils souhaitent mener.

L’auto-saisine qu’ils ont réalisé en décembre dernier sur les jeunes face à la crise est une contribution très précieuse dans la période. Nous les remercions pour ce travail, tant dans l’élaboration de leur synthèse que pour le partage qu’ils en ont fait lors des réunions de concertation. Pour ma part je vais centrer mon intervention sur qui est selon eux le premier facteur d’inégalité : l’accès aux droits et l’impérieuse nécessité d’aider les jeunes à trouver le bon interlocuteur, la bonne information et de la rendre compréhensible par tous.

La Région a toujours été très largement impliquée en faveur de la jeunesse, du fait de ses compétences en lien avec les lycées, l’orientation, la formation mais de façon transversale sur ses compétences en général. La loi Egalité Citoyenneté de 2017 a confié aux Régions le chef de filât jeunesse qui s’est structuré, notamment avec le renforcement de l’appui aux réseaux régionaux et la mise en place du COJ (Conseil d’Orientation des politiques Jeunesse). La période que nous traversons montre qu’il faut continuer cette dynamique pour relier le temps court et le temps long, et aller plus loin :

  • Aller plus loin par le renforcement de la visibilité des portes d’entrées pour les jeunes notamment pour l’accès aux droits. Et à ce stade c’est l’urgence. En effet, il existe de nombreux dispositifs pour les jeunes et la période a poussé à ce que chacun décuple ses capacités à la fois à mettre en place de nouveaux dispositifs mais aussi à activer des financements. Pour autant, l’enjeu principal aujourd’hui est bien le fait que les jeunes aient accès aux aides dont ils ont besoin, quand ils en ont besoin.

C’est tout le travail en cours dans le cadre des politiques jeunesse avec la communication de la Région pour rendre visible de façon extrêmes simple la première entrée du territoire la plus proche pour un jeune pour son territoire afin de trouver les réponses dont il a besoin. L’idée est bien de s’appuyer sur Yeps qui a désormais 180 000 jeunes inscrits mais de s’appuyer sur une diversité d’outils notamment les ENT y compris dans les Universités. A ce stade, le CRIJ et la Fédération des Missions locales sont des acteurs qui permettent un premier maillage avec 58 PIJ et BIJ et 365 points d’accueil pour les missions locales.

Un maillage qu’il faudra renforcer pour intégrer d’autres acteurs et c’est le second sujet dont je voulais vous parler pour aller plus loin.

  • Aller plus loin par des déclinaisons plus territoriales de mise en réseau des acteurs, à la fois pour venir renforcer ce qui est à l’œuvre comme la coordination des acteurs jeunesse dans certains départements mais aussi aider à la susciter ou l’amplifier quand elle n’existe pas ou trop peu. Bref une dynamique d’animation qui s’appuient sur les initiatives locales, quelles que soit leur échelon territorial et qui participe à les renforcer.

Les concertations ont mis en exergue l’importance d’élargir les cercles des acteurs identifiés plus classiquement, évidemment les réseaux éducation populaire mais aussi ceux de la prévention et de la protection de l’enfance et ceux de la solidarité.

Un véritable chantier à travailler au sein du COJ et pour lequel Charles Fournier a porté l’idée d’un label commun pour ces structures, pour améliorer la visibilité des portes d’entrées pour les jeunes sur leur territoire. Un chantier aussi pour lequel le modèle développé pour le SPRO peut être inspirant à bien des égards.

Nous insistons sur un point de vigilance quant à l’équilibre à trouver entre les propositions virtuelles et des lieux d’accueil physique, c’est bien la complémentarité des deux qui est nécessaire. Nous avons bien entendu l’alerte du CRJ sur le fait que le numérique qui est indispensable dans la période, n’est et doit rester cependant qu’un outil. Les solutions en présentielle ne sont pas évidentes en la période, mais restent possible. A titre d’exemples intéressants : le principe d’infotruck du CRIJ, notamment pour le milieu rural tout comme les 16 coordonnateurs étudiants pour être référents étudiants afin de travailler avec leurs pairs. Les tiers lieux sont aussi des pistes à creuser, tant en présentiel que numérique.