Mobilisation pour l’insertion et l’emploi des jeunes

Intervention d’Estelle Cochard

Monsieur le Président, chers collègues, cette mobilisation en réponse aux conséquences de la crise sanitaire sur l’insertion et l’emploi des jeunes est utile et indispensable.

En proposant au vote de notre assemblée les mesures Rebonds, notre Région prend elle aussi ses responsabilités pour les jeunes de 16 à 25 ans stagiaires de la formation professionnelle : l’aide forfaitaire de 200 euros pour toute entrée en formation, l’augmentation à 500 euros du barème minimum pour les jeunes de 16 à 25 ans et le triplement des droits connexes en matière de transport et d’hébergement.

Rappelons que nous avons voté ici même le principe de fixer l’âge limite d’entrée en apprentissage à 30 ans. L’âge médian d’accès à un emploi stable étant de 25 ans, il serait certainement judicieux d’accorder ces aides aux stagiaires de la formation professionnelle jusqu’à 30 ans.

Toutefois, ces mesures ne doivent pas nous faire oublier les difficultés récurrentes auxquelles sont confrontées les jeunes et qui ne leur permettent pas une insertion sereine.

Car si ces aides de la Région ou de l’Etat représentent un premier pas nécessaire au regard de la situation dramatique que vivent nombre de moins de 25 ans, elles laissent sur le bord de la route toute une partie de la jeunesse la plus touchée par la pauvreté : les jeunes à la rue, ceux résidant dans des squats ou hébergés chez des tiers, dans un centre d’hébergement d’urgence, à l’hôtel ou encore dans des familles aux revenus modestes.

Aujourd’hui, en France, un jeune sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté et la crise sanitaire du coronavirus a aggravé certaines situations de précarité. Dans une enquête IPSOS commandée par la FAGE (Fédération des Associations Générales Etudiantes) en juillet, 74% des 18-25 ans déclaraient avoir eu des problèmes financiers dans les 3 mois précédents.

Malgré tous ces constats, le revenu de solidarité active (RSA) reste fermé aux moins de 25 ans, sauf à être chargé de famille. Cette exclusion des jeunes des mécanismes de protection de droit commun est souvent « justifiée » par la solidarité familiale, censée leur assurer une protection suffisante. Vision hypocrite : les plus modestes sont justement ceux qui ont le moins accès à cette solidarité.

Une bonne insertion, c’est aussi accéder à un logement. Pour les jeunes, la situation peine à évoluer, y compris pour les jeunes actifs. Sur certains territoires, des places en internat sont disponibles de façon récurrente. C’est le cas au lycée à côté de chez moi avec 120 places inoccupées, alors que nos services assurent la maintenance de ces locaux. Ces places vacantes ne pourraient-elles être mises à disposition, en lien avec les foyers de jeunes travailleurs par exemple ?

Une bonne insertion, c’est aussi se déplacer : résoudre les questions de mobilités, dont le financement du permis de conduire à hauteur de 1800 euros pour les jeunes qui entrent dans une formation du PRF, doit s’inscrire dans un ensemble global de mesures, dont celles qui ont trait au plan vélo dont nous traitons aussi dans cette séance plénière.

Une bonne insertion, c’est aussi rester en emploi. Notre groupe avait déjà porté dans cet hémicycle la question de l’amélioration des conditions de travail des apprentis qui pour beaucoup, rappelons-le encore une fois, sont des mineurs.  Ainsi, par exemple, 77 % des apprentis déclarent avoir fait des heures supplémentaires alors que cela n’est pourtant possible que sur dérogation de l’Inspecteur du travail. Et que pour 45 % des apprentis, les heures supplémentaires ne sont tout simplement…  pas payées !

Malgré tout ce contexte, l’envie des jeunes d’exister est vibrante comme l’est leur volonté d’arracher leur place dans un monde à l’horizon de plus en plus couvert. Et ils le prouvent IRL « In Real Life » par le mouvement Youth for Climate en manifestant leur volonté de construire leur monde en interpelant les décideurs.

A partir de cela, le Combo Parfait nous interroge. Pour quelle économie est-il « parfait » ? Qu’appelle-t-on un métier porteur pour l’économie ? Sont-ce en priorité les métiers du secteur de l’aéronautique, de l’automobile, de l’armement, de la chimie ? Sont-ce vraiment ces secteurs qui ouvrent des perspectives d’avenir durable mais aussi désirable pour nos jeunes ? Sont-ce pour sauvegarder ces secteurs professionnels que les jeunes se mobilisent pour défendre leur futur et nous interpellent ?

Nous, les écologistes, sommes persuadés que cette crise est une raison supplémentaire de questionner notre modèle de développement, lequel est aussi à l’origine du changement climatique, de l’effondrement de la biodiversité… Cela doit accélérer un travail visant à développer à la fois les « métiers de l’environnement », de l’innovation sociale, de la low tech et plus largement les nécessaires transformations des compétences dans tous les secteurs pour relever les défis de la transformation écologique.

Nous portons ici un plaidoyer pour les emplois dans le secteur associatif qui animent et font vivre nos territoires sur les champs des métiers de la culture, du sport, du lien social, de l’Economie Sociale et Solidaire, du tourisme solidaire… C’est aussi cette vision de tous ces métiers porteurs que nous plébiscitons pour qu’elle ait toute sa place.

En la matière, le dispositif CAP asso constitue un formidable levier dans ces domaines et notre collectivité pourrait renforcer son effort.

De même, accentuons les efforts engagés lors de la rencontre régionale qui s’est tenue le 24 septembre 2019 sur « l’impact des transitions écologiques sur les métiers et les formations » et a permis d’engager un travail de fond sur le sujet avec près de 120 acteurs et partenaires. Deux axes de questionnement ont guidé les 5 ateliers participatifs organisés selon une logique sectorielle :

-Comment mieux intégrer les transitions écologiques dans l’offre de formation initiale (carte des formations professionnelles initiales) et continue (PRF) portée par la Région ?

-Comment accompagner la transformation des pratiques d’orientation et formation au regard des enjeux de la transition écologique ?

Inscrite dans le cadre de la COP régionale pour répondre aux urgences climatiques et sociales, la dynamique née de cette rencontre prend en 2020 la forme de deux coalitions appelées « FETE » pour Formation Emploi Transitions Ecologiques :

-La première « FETE », interne à la Région, vise à déterminer les modes d’intégration concrets des enjeux de la transition écologique dans les politiques régionales d’orientation et de formation. Cette coalition s’est réunie dès janvier 2020. Elle a permis de formuler un premier niveau d’engagement, et relativement au PRF, de requestionner le contenu préparé par secteur pour les Parcours Métiers.

-La seconde « FETE » pilotée par la Région, vise à mobiliser largement les acteurs de l’orientation et de la formation pour favoriser une transformation structurée, partagée et pérenne des pratiques.

Oui, soyons mobilisés, faisons aboutir les travaux déjà engagés et faisons que cette génération dite « Covid » trouve un avenir désirable.