« Nouvelles Renaissances 2021 »

Intervention de Christelle de Crémiers

La crise sanitaire que nous traversons aura des répercussions durables dans la cohésion de notre société. Plus de réunions publiques, plus de manifestations, plus de vie culturelle, plus de tourisme… notre société ne sortira pas indemne de cette privation de contact et d’échanges directs sur une longue période. Sur le plan démocratique, en particulier, les régressions sont nombreuses et la place prise par les annonces du gouvernement, disproportionnée.

Le rapport Nouvelles Renaissances invite les acteurs régionaux du tourisme, de la culture, de la science et de la gastronomie à anticiper la fin de la crise sanitaire et à préparer des projets thématiques transverses dès maintenant. Elle se propose de les encourager par des actions de communication et de les soutenir à travers deux appels à projet. En cela, ce rapport contribue à restaurer une expression citoyenne vivante en incitant l’émergence ou la confirmation de projets collectifs de rayonnement, et c’est un point important que nous retenons.

Cependant, nous n’aurions mis en avant ni les mêmes thèmes ni la même démarche si nous avions été à l’origine du rapport.

Premier thème : Arts et Sciences. En ce début de XXIe siècle la science a pris une dimension qui marque un changement de paradigme par rapport aux exemples de découvertes scientifique cités dans le rapport : couleurs, photographie, cinéma… Nous sommes passés, désormais, d’une science fondée sur la créativité à la portée de l’Homme, à une science qui échappe à l’entendement humain. L’intelligence artificielle a créé des drones au comportement qualifié d’imprévisible par l’armée américaine depuis déjà 2019. De même, les organismes génétiquement modifiés interagissent avec le vivant non manipulé à l’insu de ce que les scientifiques pouvaient prévoir. La transition écologique ne se fera pas sans esprit scientifique, mais cet esprit doit être reconquis par les citoyens dans une démarche d’observation et de respect de la nature, telle que le préconisent les chercheurs en agro-écologie, et non dans une démarche de volonté de domination de la nature par des grands groupes.

De la même manière, le lien entre nouvelles technologies et gastronomie nous interroge. Dans une société déracinée par rapport à la connaissance de l’origine des produits alimentaires ultra-transformés que nous ingérons quotidiennement, le sujet n’est pas de promouvoir des « installations interactives et numériques en lien avec l’art culinaire », qui nous éloignent dangereusement de la réalité de ce qu’il y a dans nos assiettes, mais bien de mettre en avant l’engagement des producteurs et des transformateurs régionaux, qui ont eu le courage, la créativité et la générosité de quitter les chemins tout tracés pour offrir du bon, du sain et du juste. Et cela aussi fait partie d’un atout touristique à mettre en avant.

Comme nous l’avons exprimé il y a deux ans lors du bilan de l’édition 2019, les appels à projet et la communication ombrelle des Nouvelles Renaissances auraient dû résolument mettre en avant le changement culturel nécessaire, celui déjà à l’œuvre comme celui à réaliser encore, pour partir à la recherche du juste équilibre entre l’activité humaine et les limites de la nature. Il y a un vrai potentiel, non exploité malheureusement à ce jour, entre les nombreuses expériences concrètes de transition écologique de notre région, comme des fabrications artisanales inédites ou quasi oubliées, des reconstituions réussies d’un éco système durable, et leur mise en valeur touristique à travers une action de communication et une promotion pensées et articulées pour faire de ces expériences une vraie source de rayonnement pour notre région.

Nous aurions aussi choisi une démarche différente.

Notre stratégie régionale du tourisme, conçue en 2016, avait pour ambition principale celle de rendre le tourisme régional résilient face aux crises. Nous n’avons pas été déçus. Ces cinq dernières années ont vu s’enchaîner les crises climatique, géo politique et sanitaire. Les acteurs du tourisme sont touchés de plein fouet. La résilience du tourisme accompagne forcément celle des territoires. Il s’agit de développer un tourisme de proximité, national et européen, plutôt que de miser sur l’attraction des touristes du grand international dont l’intérêt et la fidélité sont beaucoup plus fragiles.

C’est pourquoi la démarche des Nouvelles Renaissances aurait beaucoup gagné à contribuer explicitement à l’enracinement du tourisme dans les territoires. Les fondements de la territorialisation du tourisme ont été construits au cours de la mandature : nous avons redéfini le rôle des offices de tourisme comme garants de la qualité de l’accueil par les acteurs de leur territoire, nous avons mis au point avec le CRT une méthodologie, éprouvée par des expérimentations concrètes, pour lancer une véritable dynamique touristique en une seule saison là où le tourisme est peu développé, nous avons proposé aux ComCom de les accompagner dans la définition de leur Projet Touristique de Territoire, et déjà plusieurs ComCom ont exprimé leur intérêt. Enfin, nous avons mis en oeuvre un dispositif d’accompagnement de la transition écologique des acteurs du tourisme dans une perspective territoriale qui s’inscrira dans les Projets Touristiques de Territoire émergents. La candidature de la Région CVL a été retenue par l’ADEME nationale. Elle est la seule région à avoir candidaté et à bénéficier du fonds tourisme durable du plan de relance de l’Etat.

Le Groupe écologiste votera le rapport Nouvelles Renaissances 2021 car il représente une véritable invitation à aller de l’avant dans cette période incertaine et démobilisante. Mais il vous invite à considérer l’évolution du rôle de la science et des technologies et que la transition écologique constitue une véritable source de rayonnement touristique enracinée dans les territoires.