Portrait Charles Fournier

Numérique dans les lycées

Intervention de Charles Fournier

 

Permettez-moi, avant d’entrer dans le vif du sujet, de dire quelques mots sur les enjeux portés par le numérique. Ce débat est important pour ne pas caricaturer le numérique : ni comme une religion, celle d’un progrès sans fin auquel nous devrions seulement nous adapter, ni comme un danger sans limite.

 

Oui, le numérique et ses usages ouvrent des perspectives, à la fois économiques, à la fois émancipatrices d’un point de vue social et sociétal. Nous y voyons même la possibilité de promouvoir la participation à une économie fondée sur le partage de technologies ouvertes, une économie de la contribution. La dimension collaborative du numérique est sans nul doute un atout.

 

Mais face à cette vision créative s’est d’ores et déjà développé un capitalisme numérique dominé par de nouveaux trusts aux pratiques opaques (Google, Facebook, etc.).  Evoquer cela ne veut pas dire s’opposer au numérique, mais c’est être lucide sur les combats à mener dans ce nouvel espace public virtuel, contre ces dérives.

 

Tout comme nous ne pouvons laisser croire que tout va s’inventer dans la sphère numérique (plus de démocratie, moins de distances), il y aurait un risque à penser que cette relation numérique peut remplacer la relation réelle à l’espace public concret. Il ne doit pas conduire au repli domestique ou à l’illusion sociétale. Il peut être contributif, dès lors qu’il ne remplace pas systématiquement ce qui existe, mais vient renforcer l’accès à une expérience sensible du monde.

 

Nous ne pouvons faire comme s’il n’y avait pas de risques : un monde qui va sans cesse plus vite laissant ce qui ne peuvent suivre de côté, prolifération des écrans et des usages sans limites, impacts sur les relations sociales (fracture numérique, amplification des conflits,usurpation d’identité, calomnie, …) sur la santé avec le wi-fi ou encore sur l’environnement (qu’il s’agisse des matériaux utilisés, des consommations électriques, …).

 

 

Ce qui est vrai en général pour le numérique l’est aussi pour les jeunes générations. Il est essentiel de mieux former les citoyens de demain au déchiffrement de ces enjeux. Les bouleversements que continuera à engendrer le numérique dans notre société nous incitent en tant que citoyen à ne pas avoir une action de simple utilisateur, là encore soyons des consomm’acteurs.

 

Venons-en aux propositions que porte ce rapport.

 

1 – Sur l’usage de tablettes numériques

L’objet n’est pas une fin en soi : La tablette comme les ordinateurs doivent rester des outils au service de la formation et de l’éducation. Il doit conserver son rôle de support d’apprentissage au service d’une pédagogie active dirigée par l’enseignant, de la même manière que l’on utilise l’art, le jeu, la vidéo ou l’expression théâtrale.

Il nous faut ne pas nous contenter de  “la promesse marketing des technologies” (leurs avantages potentiels tels qu’ils sont vantés par Apple, Google et les sociétés qui développent ces technologies) et que notre préoccupation doit être celle des usages, y compris la prise en compte des risques de ces usages,

Les quelques études sur les effets de l’outil numérique dans l’apprentissage  conduisent à des conclusions mitigées qui tendent à montrer que l’outil numérique ne doit pas être forcément systématisé.  Il ne saurait être question par exemple de remplacer le livre par le numérique .Le livre papier donne le goût de la lecture et amplifie le lexique de l’enfant. Les jeunes lisent beaucoup sur écran, mais les études indiquent qu’ils lisent des textes ultra-simples. L’avantage du livre papier est très clair, il stipule un « contrat sur l’attention » qui favorise la concentration.

Il est nécessaire d’introduire de nouveaux outils à partir d’un cadre pédagogique expérimental. L’introduction de tablette dans les lycées doit reposer sur un véritable projet éducatif. Une simple lettre d’intention de lycée ne nous semble pas suffisante. A ce jour, nous ne disposons pas de réel retour d’expérience.  Une telle mesure devrait donc relever également de l’expérimentation et par conséquent se doter d’un programme encadré reposant sur un protocole évolutif cogéré par l’éducation nationale et la région centre. Nous proposerons un amendement visant à acter le principe d’un appel à projets.

Il n’est pas inutile d’interroger, même si la pédagogie est du ressort de l’Education Nationale, le socle de compétences multimédia que doivent acquérir les lycéens.

 

Une des questions clés à poser c’est de savoir à quelles conditions l’usage des technologies numériques peut contribuer à l’émergence de la pensée. Il faut éviter le court-circuit entre le savoir et l’homme par le biais des machines. C’est le rôle de l’enseignant.   En effet, les apprentissages scolaires ne peuvent pas être uniquement techniques, au risque de la perte de sens, et donc de l’ennui, du désintérêt : ils doivent être porteurs de sens et ne pas se contenter d’acquisitions mimétiques.  Il faut continuer d’inventer une pédagogie de la culture numérique et à côté de l’éducation nationale soutenir les enseignants dans cette évolution.

 

La nécessaire introduction  d’une notion de culture numérique citoyenne repose  pour nous sur trois volets :

– un aspect préventif lié aux usages du numérique : les risques liés aux usages doivent être appréhendés, il est important de renforcer la sensibilisation aux droits et devoirs liés à l’usage d’internet en prônant une utilisation responsable du numérique. Saadika Harchi reviendra sur ce point en présentant notre amendement ;

– l’aspect éducation aux médias : elle  permet de porter un regard critique sur les contenus des différents médias ainsi que sur une utilisation autonome et éthique ;

– une initiation renforcée aux usages collaboratifs :  la capacité de travail en réseau et plus largement les pratiques collaboratives et créatives doivent être renforcées et expérimentées.

C’est bien entendu l’affaire des enseignants mais la région peut soutenir la réflexion et les expérimentations permettant de contribuer à l »émergence de cette culture du numérique.

 

2 –  le parc informatique des lycées

A l’occasion du renouvellement du parc, nous nous interrogeons sur la possibilité d’opter pour des systèmes d’exploitation sous Linux et le recours aux logiciels libres. Cela permettrait :

– des économies réalisables sur l’achat de licence d’exploitation : on estime l’économie possible en ayant recours à Linux à près de 600000 €. Par exemple, la gendarmerie nationale qui possède un parc informatique bien plus grand que le notre,  a fait le choix en 2008 de migré vers Linux. L’argument premier est financier, le second concerne l’aspect sécurisant du système.

– un système stable, léger et sécurisant : Linux consomme peu de ressource pour fonctionner et outre sa simplicité d’utilisation, il  procure une réelle sécurité à ses utilisateurs.

 

A ce choix sont opposés des obstacles qui pour nous sont d’abord humains avant d’être techniques.

Le système de gestion informatique du GIP RECIA n’est pas préparé à fonctionner avec des systèmes d’exploitation libres et cela risquerait de retarder la mise œuvre de la télégestion très attendue. Passer en Linux signifierait décaler la « mise en opérationnalité » de la plateforme. Une mise en œuvre progressive semble toutefois réalisable.

Cela perturberait l’univers de travail des enseignants, lycéens, etc : cela nécessiterait une formation des enseignants et lycées, donc un coût. Les économies réalisées permettraient de financer de la formation et si besoin un prestataire pour accompagner la migration vers Linux.

On évoque un problème de compatibilité avec certains logiciels utilisés dans les lycées : certains logiciels spécifiques ne fonctionnent qu’avec Windows. Il nous semble possible de conserver des ordinateurs sous Windows en fonction des besoins.

Nous proposerons également, avec Jean-Philippe Grand, un amendement  en ce sens.