Portrait Charles Fournier

Orientations générales pour l’évolution de la carte des formations professionnelles à la rentrée 2013

Intervention de Charles Fournier

Merci Monsieur le Président, chers collègues,

Nous allons délibérer sur les orientations régionales pour la carte de formations professionnelles.

Ce rapport rituel nous permet chaque année d’apprécier les évolutions apportées par la région et par les services de l’état à ces cartes et surtout d’apprécier la méthode utilisée pour définir les ouvertures-fermetures et autres mesures d’aménagement de l’offre de formation dans notre région.

Depuis que j’ai l’occasion de commenter ces rapports, j’ai à chaque fois rappelé la vision des écologistes sur la formation qu’elle soit initiale comme continue : elle doit contribuer au progrès de l’humanité, au développement des savoirs et à l’élévation collective de nos connaissances. Si certes nous devons porter un regard pragmatique sur l’évolution du contenu de ces cartes, nous devons pas perdre de vue cette ambition fondamentale : défendre l’éducabilité de tous et une société dont la valeur se révèle à sa capacité à ne laisser personne sur le bord du chemin. Et cela est d’autant plus vrai dans une période de crise, de pénurie d’emplois tout comme de certitudes sur l’avenir, la formation pour ne pas décevoir doit aussi participer au ciment social et non seulement à répondre aux seuls besoins du marché. La formation est aussi un levier essentiel pour la transformation écologique de l’économie pour peu que nous fixions en la matière un cap clair.
Nous ne contestons pas la nécessité d’adapter l’offre de formation en fonction des besoins constatés mais nous considérons que c’est aussi notre responsabilité que de définir des orientations exigeantes et en phase avec les enjeux sociaux et environnementaux. La force de nos choix guidera également la construction de ces cartes.

Et l’enjeu est de taille, nous ne devons pas attendre ni subir la mutation écologique pour reprendre les terme du rapport, mais nous devons l’anticiper, la rendre possible et la formation en est un levier. Cela peut se traduire par la réalisation d’une réelle étude sur les emplois verts mais aussi sur la transformation des métiers et de façon plus transversale sur les référentiels de formation en général. C’est une stratégie globale de transformation qu’il faut établir, les cartes de formation devant y contribuer tant dans le contenu des formations ouvertes que dans la manière de conduire celles qui existent. Si le développement durable est inscrit dans les programmes scolaire, si le précédent PRDF s’en était préoccupé, il a lieu aujourd’hui de l’inscrire au rang du socle commun des savoirs indispensables et qu’il devienne un référentiel pour la pensée et l’action.
L’adaptation des formations aux évolutions des métiers est indispensable mais elle ne saurait se décréter. Elle peut supposer des appuis extérieurs aux établissements pour accompagner l’évolution des compétences des équipes éducatives, pour contribuer à faire évoluer les référentiels de formation. Entre intention et réalité, il y a parfois un réel besoin de moyens et d’expertise pour réussir ces évolutions. 

Vous le comprendrez au travers de mon propos, nous pensons qu’il faut aller plus loin et plus vite sur ce terrain et que si une orientation existe bel et bien si des formations en apprentissage intègrent mieux cet engagement, nous ne pouvons nous contenter d’une politique du petit pas en la matière, l’urgence exigeant plus de notre part.

Sur la méthode d’élaboration des cartes de formation

Cela étant dit, nous notons avec satisfaction et intérêt pour les années à venir, le changement de climat et l’évolution quasi radicale de la méthode de construction de ces cartes. Ce qui n’était pas possible hier semble pouvoir l’être demain

J’ai également pu dire les années précédentes combien je regrettais que ce que nous appelions carte de formation ne soit jamais une carte au sens plein du terme mais plutôt une liste d’ouverture et de fermeture dont la représentation régionale, dont la cohérence globale avait bien du mal à apparaître. Celle-ci se construisant au gré de la fluctuation des moyens, à la baisse très nette pour ce qui concernait les formations sous statut scolaire ces dernières années et de la même façon je regrettais l’absence de concertation approfondie entre les acteurs au niveau régional comme dans les territoires, mettant les établissements en concurrence plutôt qu’en réseau et en complémentarité. Et ce n’est pas contester le rôle de l’Etat, qui est de garantir l’égalité dans l’éducation, que de réaliser ce travail de concertation. Il n’y a pas là de contradiction.

Ce rapport rend compte de ces évolutions réelles dans la méthode et le résultat qui en découle est encourageant. Peut-être pourrons nous parler de la carte des formations professionnelles et nons des cartes de l’apprentissage et des autres formations sous statut scolaire dans l’avenir. 
La coopération voulue dans le cadre du CPRDFP associée à la fin d’une logique de réduction des moyens affectés à l’éducation, au nom de la dite bonne gestion, sont sans aucun doute à l’origine de ce changement de climat et nous pouvons nous en féliciter. Non seulement, il devient plus simple de construire ces cartes lorsqu’il s’agit réellement de débattre des priorités et non de savoir où il serait le plus judicieux d’enlever des moyens mais de plus, il apparaît clairement une volonté partagée de se mettre en ordre de marche, dans l’attente de la loi de décentralisation qui renforcera le pouvoir des régions sur la chaîne orientation-formation-emploi.
La concertation avec les branches professionnelles, volonté affichée du CPRDFP est en marche et elle complète une vision plus globale et systémique des enjeux de formation permettant d’affiner la définition des cartes de formation. Il ne s’agit ni de construire les cartes en fonction des seuls besoins exprimés par les branches , ni de faire fi de leur point de vue.

Pour avoir assisté de près à cette concertation, en tant que président du GIP alfacentre, je confirme que cette année marque sans nul un virage bénéfique pour le pilotage de la formation en région. La réflexion commune entre Rectorat, DRAAF, DRJSCS, DIRRECTE, les branches et région est engagée et la complémentarité aura été systématiquement recherchée.

Pour autant, il s’agit bien d’une amorce qui appelle à aller plus loin et je ferais en ce sens, quelques propositions complémentaires.

1 – la concertation qui s’est construite reste essentiellement une concertation des instances régionales concernées, elle doit également devenir une concertation entre les établissements dans les territoires, qu’elles soient sous statut scolaire ou sous statut régional, formation initiale, professionnelle ou continue. Il me semble indispensable d’animer dans chaque bassin de vie, une réflexion entre établissements mais aussi avec les représentations des branches et les collectivités locales, sur les enjeux de formation. Les projets des bassins de vie qui verront le jour dans le cadre de la refonte de nos politiques territoriales, sont une occasion de tracer des perspectives locales sur le développement de la formation. Bien sûr cela va de pair avec la maintien d’une cohérence régionale mais il est nécessaire d’associer les acteurs de ces formations à la réflexion commune. La présence d’agent régionaux en charge de la formation doit rendre possible l’animation de réunions territorialisées de préparation des cartes de formation. Elles contribueraient à la mise en réseau à l’échelle de ces territoires, au-delà du seul champ de l’apprentissage. C’est d’ailleurs une des hypothèses de travail au travers du dispositif ci’t lycée, que de faciliter la mutualisation pertinente ces moyens de formations au bénéfice de tous.

2 – la base de donnée qu’élabore actuellement le GIP Alfa centre appelée Oriom, doit permettre dans sa phase aboutie, de conduire des diagnostics locaux précis et actualisés de la formation dans les territoires. Elle est aussi un des facteurs de développement : l’économie de la formation est réelle dans les territoires. Faciliter l’accès en ligne de cette base des bases, conforter l’engagement de tous les acteurs régionaux à la renseigner sera un gage de qualité de la prospection à venir des cartes de formation.

3 – Nous devons tenter de dépasser la seule planification annuelle des moyens et disposer d’une approche pluri-annuelle des cartes de formation. Même si bien entendu des ajustements sont sans doute nécessaire d’année en année, la stratégie doit elle s’inscrire dans le pluri-annuel. Nous devons ainsi évaluer sur des périodes pertinentes (3 à 5 ans) l’effet des mesures sur ces cartes eu égard aux objectifs que nous nous étions fixés, ici au travers des objectifs du CPRDFP.

4 – Enfin sur la méthode, je voudrais redire ma satisfaction de disposer de vraies cartes qui donnent davantage la mesure de la situation département par département, du moins des établissements. Outre que je propose qu’elles se construisent bassin de vie par bassin de vie, il me semble qu’elles gagneraient à rendre compte des dynamiques en cours. L’exercice n’est pas simple mais peut-être serait-il possible de cartographier les tendances, les spécialisations territoriales lorsqu’elles existent ou a contrario la répartition des formations par thèmes dans les territoires et ainsi faire apparaître plus précisément la qualité du maillage.

Sur le contenu des cartes

Quelques rapides remarques sur le contenu de ces formations qui sont marquées par un retour de la progression quantitative et qualitative même si celle-ci est contenue tant pour l’apprentissage que pour les formations sous statut scolaire.

Si l’augmentation du nombres de places sous statut apprentissage est plus faible que ce que pouvait prévoir le Contrat d’objectifs et de moyens, il faut rappeler que le contexte politique n’est plus le même. A la volonté de développer l’apprentissage y compris en abaissant l’âge pour y entrer, nous passons à une réflexion plus globale sur l’ensemble des voies de formation avec la recherche de complémentarité.
Nous constatons qu’il n’y a pas de fermeture sèche de formation sous voie scolaire, cela fait longtemps que ce n’était pas arrivé.

Nous notons avec intérêt que la concertation a notamment porté ses fruits sur la complémentarité entre les voies et comme le CESER nous approuvons l’équilibrage entre formation sous statut scolaire et sous statut apprentissage sur les niveaux IV et V.
La poursuite de l’élévation du niveau de qualification et le renforcement des capacités d’accueil des lycées professionnels ont fait l’objet d’un traitement conjoint, lisible dans les cartes qui nous sont proposées.

Pour autant et nous le disons à chaque fois, le maintien de formation dans tous les niveaux est important pour à la fois permettre des parcours progressif de formation mais aussi pour permettre aux jeunes de sortir avec un niveau de qualification. Le choix fait par la région de conforter les formations notamment dans le niveau 5 pour la voie par apprentissage est effectivement nécessaire pour éviter les sorties sans qualification du système scolaire.

Je voudrais redire ici notre préoccupation quant aux sorties prématurées dans l’apprentissage. Le décrochage se fait également sentir dans cette voie, les moyens d’accompagnement pendant le cursus doivent être maintenus. Oui, nous devons agir sur toutes les causes de décrochage.

De la même manière, il est important de travailler sur l’orientation pour revaloriser l’ensemble des voies professionnelles. Les premiers résultats de l’étude conduite actuellement par le GIP Alfa Centre dans le cadre du CPRDFP sur les discriminations dans l’orientation et l’apprentissage sont assez édifiants. Fonctionnant en système, ces discriminations peuvent se construire dans l’orientation, dans la recherche de situation d’alternance, dans la représentation même que peuvent construire les jeunes eu égard à des voies professionnelles. Le réseau des CFA s’est largement impliqué dans cette étude avec l’envie de trouver les moyens de progresser sur l’image de la voie par apprentissage et sur ces discriminations implicites et systémiques.

Nous approuvons aussi tout ce qui va dans le sens d’un renforcement des lieux de formations dans les territoires. Leur présence est très importante pour leur vitalité, pour le dynamisme du territoire. Ainsi par exemple, je me félicite de l’ouverture d’un BTSA aménagement paysager à l’EPLEFPA de Blois. Le positionnement de cet établissement, le développement de la filière tout comme l’implantation d’une école supérieur du paysage fonde une spécialisation dans le territoire qui mérite d’être cultivée et qui s’appuie sur les potentialités du territoire. C’est une façon de conforter la dynamique de formation autour de cette thématique.

Plus globalement cela peut conduire à des coopérations, à des mutualisations de moyens et de méthodes, propice à une développement de la formation en cohérence et en réseau.

Ces dynamique se retrouvent ailleurs et méritent d’être encouragées en complément avec une offre de formation plus généraliste répartie équitablement sur le territoire.

Enfin, nous mesurons au travers des échanges avec les branches professionnelles la nécessité de poursuivre la concertation et d’envisager d’autres formes de mutualisation de moyens notamment en ce qui concerne l’accès aux plateaux techniques de formation. Ainsi, carte de formation initiale, professionnelle et continue seront probablement rapprochées pour servir au mieux la formation tout au long de la vie.

Nous approuvons donc ces cartes de formation qui parce qu’elles ont été élaborées dans un climat positif de concertation et parce qu’elles marquent le début d’une conception plus cohérente et partagée des priorités, répondent à nos attentes à court terme.

Nous attendons cependant plus dans l’avenir avec une capacité de prospective plus affinée par l’utilisation des outils actuellement en construction, mais aussi par l’affirmation de priorités plus exigeantes quant à ce que vous appelez les mutations écologiques qui procède plus d’un phénomène subit que d’un choix politique pour l’avenir. Il est urgent d’y voir clair sur les métiers que peut générer la transformation écologique de l’économie et sur les impacts des enjeux environnementaux sur les formations tant le choix de ces formations que le contenus de leurs référentiels. L’audace doit être de mise et nous soutenons l’idée de Chantal Rebout de créer par exemple un métier des savoir-faire écologique, qui pourrait servir aussi d’avant-garde dans bien des domaines.

Je vous remercie