Portrait Charles Fournier

Plan Avenir Jeunes en région Centre

Intervention de Charles Fournier

 

Monsieur le Président, chers collègues, vous soumettez à notre approbation un Plan Avenir Jeunes en région Centre. Nous souscrivons globalement à la démarche qui vise à renforcer nos engagements déjà nombreux en direction des jeunes et à offrir ainsi un cadre plus lisible à ces interventions. C’est aussi l’occasion de mettre en place un pilotage transversal de plusieurs de nos politiques, à l’instar des travaux interministériels engagés sur ce qui constitue une priorité du mandat présidentiel et nous sommes disposés à participer à ce pilotage qui concerne toutes les politiques publiques.

 

Avant d’en commenter le contenu, il me semble utile d’interroger nos représentations sur la jeunesse, ce qui me semble aussi à l’oeuvre quand nous parlons des jeunes et  voulons soutenir les jeunes. Car si, bien entendu, nul ne peut nier l’existence d’éléments de cohérence de ce temps de la vie, pas plus que l’existence de pratiques communes à l’ensemble des jeunesses, il est tout autant nécessaire de considérer que la situation de ces jeunesses est tout d’abord le reflet de notre société, celle que nous sommes en train de construire. « Nous sommes tous le jeune d’un vieux », disait Bourdieu, nous pourrions aussi dire que les jeunes sont le miroir des vieux, les vieux le miroir des jeunes…

 

Il est utile de se pencher sur les politiques jeunesse avec un regard intergénérationnel et non en regardant la jeunesse comme un âge de la vie, celui de l’incomplétude, celui qui précéderait l’âge optimal, celui de l’adulte. Ce regard se centre d’ailleurs le plus souvent sur les potentiels comportements déviants de la jeunesse, sur un public à risque,  c’est la jeunesse vue comme un problème et non vue comme une ressource.  A ce titre je vous invite à lire l’avis du forum français de la jeunesse créée suite au travail interministériel sur les questions de jeunesse, qui porte justement sur ces représentations. Attention aux images que nous leurs renvoyons : vous êtes fragiles, potentiellement drogués, potentiellement alcoolisés, potentiellement accidentés de la route mais aussi potentiellement chômeurs, voire potentiellement fainéants ! Et ce sont les jeunes qui nous le disent aussi : « nous voulons être acteurs de la société, nous sommes une ressource ».

 

Nous ne pouvons interroger ces comportements, ce qu’est la jeunesse sans interroger ce que nous sommes et faisons. Un exemple tout à fait contemporain, la frénésie des réseaux sociaux serait l’affaire essentielle des jeunes, ils seraient les plus exposés aux excès d’usage. Et pour nous ? En particulier nous les élus ? En fait, c’est exemple est aussi un symptôme de notre société et nous devons le traiter ainsi, pas seulement comme un fait de jeunesse. 

 

Il est utile de concevoir des plan jeunes mais il est aussi utile de penser la place des jeunes dans l’ensemble des plans et projets que nous construisons. Il est également nécessaire de penser adultes dans les plans pour les jeunes. Quelle place laissons-nous ? Les jeunes aspirent tout autant à être reconnus comme des jeunes qu’à être considérés comme des adultes, à être inscrit dans un système de relations avec les adultes.

 

Plus généralement, dans un monde en crise, les jeunes subissent les conséquences de cette crise certainement avec plus d’acuité, mais c’est la crise qu’il faut traiter, pas seulement ses effets sur les jeunes.

 

Il est par contre tout à fait certain qu’il faut le faire avec et pas seulement pour les jeunes. Et si nous pouvons identifier des caractéristiques communes à l’ensemble des jeunes, il en est une que nous devons prendre profondément en considération, c’est celle de l’aspiration à être dans la société, l’aspiration à trouver une place et à s’engager pour y parvenir, c’est une aspiration à l’émancipation. Le même avis du Forum français de la jeunesse insiste avec force sur la question de la participation des jeunes et nous serions inspirés d’en tenir compte dans l’ensemble de nos politiques publiques. Un exemple, et je sais que Chantal Rebout le partage : nous inaugurons souvent des réalisations dans nos lycées et nous n’associons pas assez les jeunes dans la phase de conception mais aussi tout simplement le jour des inaugurations, où ces mêmes jeunes nous voient défiler dans leur établissement sans y être toujours présents, du moins leurs représentants par exemple ceux des CVL. Cela pourrait tout à fait être systématisé.

 

Il y a aussi et bien entendu à s’interroger sur la présence des jeunes dans les lieux de décisions, dans nos assemblées, dans les lieux de débat public.  Si je partage l’essentiel des conclusions du CESER dans son rapport 2010 que vous rappelez dans le rapport, il est un point sur lequel je suis en désaccord : c’est l’idée que les jeunes ne devraient participer qu’aux projets qui les concernent. Toutes nos politiques les concernent, leur avis et leur implication est précieuse dans tous les domaines, comme l’est celle de tous nos concitoyens !

 

Puisque j’évoque le CESER, je voudrais en profiter pour redire notre souhait que puisse exister un collège jeunes au sein de cette institution et qu’a minima puisse s’engager des coopérations renforcées entre le CESER et la conférence régionale de la jeunesse. Il est plus facile de parler des jeunes que de faire avec les jeunes, ce serait une opportunité pour avancer dans ce sens. Mais cette place à laisser c’est aussi une nécessité dans l’entreprise, dans la représentation des partenaires sociaux. La précarité de leurs situations ne facilite pas cette implication tout autant utile.

 

Pour finir sur l’effet de nos représentations de la jeunesse, il n’est pas possible de ne pas dire et même si c’est un lieu commun, qu’il existe des jeunesses aux situations bien différentes, aux temporalités différentes et différemment exposés aux risques tout comme aux opportunités de notre société. Si l’on regarde les indicateurs traditionnels utilisés pour définir la jeunesse, du moins la sortie de ce temps de la vie, à savoir l’entrée dans la vie professionnelle et le décohabitation du domicile parental, force est de constater que tous ne sont pas logés à la même enseigne et que notre action doit tenir compte de ces jeunesses, reflet toujours d’actualité des catégories sociales de notre société.

 

Mon propos  vise à restituer ce plan dans notre responsabilité plus globale de construire un monde plus juste, plus soutenable et plus épanouissant, avec et pour les jeunes comme avec les plus anciens. Un enjeu essentiel donc que celui de la participation : vie associative, vie de l’entreprise, vie institutionnelle, vie politique. Ce Plan Avenir Jeunes contribue à des progrès sur quelques aspects, il nous semble qu’il faut aller plus loin en la matière.

 

Plus qu’une concertation avec les jeunes, même si je salue la volonté de notre Région de renforcer et de donner un cadre à cette concertation, c’est une dialogue permanent avec les jeunes que nous devons promouvoir, avec toutes les jeunesses. Un dialogue sans jeunisme (tous les projets de jeunes seraient bons et opportuns…) et acceptant la contradiction, interrogeant tout autant la situation des jeunes que celle des adultes. L’émancipation se construit en partie au travers de cette place garantie des jeunes dans le débat public.

 

A ce titre, même si le rapport exprime la volonté d’agir en complémentarité, je ne peux que constater la dispersion persistante des initiatives et l’absence de clarté sur cette compétence jamais objet de réflexion dans les actes de décentralisation, un peu celle de l’Europe, un peu celle de l’Etat, un peu celle de l’ensemble des collectivités et rarement dans le cadre d’une compétence plus contraignante. Les politiques jeunesse ont d’ailleurs souvent fait les frais des ajustements budgétaires.

 

Le gouvernement a identifié 13 chantiers prioritaires et formulé 47 propositions pour la jeunesse, cela a le très grand mérite de donner un cadre national à cette politique jeunesse, souvent très peu lisible. Notre plan trouve une part de sa cohérence dans cette dynamique nationale initiée par le gouvernement et nous l’approuvons pleinement.

 

Mais elles doivent aussi pouvoir s’articuler, trouver complémentarité avec celles prises par les collectivités infrarégionales. Il me semble qu’en la matière, le travail est devant nous plutôt que derrière. Il y a lieu de disposer d’un schéma de mise en cohérence des interventions en direction de la jeunesse pour plus d’efficacité. Je rejoins la préconisation du CESER sur la mise en place d’un comité d’administration régional.

 

Sur ce point, je voudrais saluer l’initiative Cit’Lycées qui va permettre en autre des coopérations territoriales autour de la jeunesse : les jeunes comme citoyens et non comme seulement lycéens, les jeunes dans les temps non scolaire, les jeunes dans la vie locale. C’est une belle opportunité pour avancer vers cette cohérence des interventions publiques.

 

Sur le fond des mesures proposées ou renforcées, quelques mots sur les priorités et actions énoncées.

 

Sur l’emploi, l’orientation et la formation d’abord. La sécurisation des parcours : formation initiale, conditions d’accès à l’emploi et accompagnement dans l’emploi font l’objet de mesures existantes ou complémentaires, nous les approuvons.

 

Cette approche repose essentiellement sur l’idée d’un cycle immuable de la vie, se former pour travailler, travailler pour vivre, au mieux pour s’épanouir, souvent pour consommer et au pire pour survivre.

 

Le chômage des jeunes n’est pas descendu en dessous de 15% ces trente dernières années et nous pouvons fortement craindre quelques soient les mesures prises, que celui-ci restent très élevé. Bien sûr la priorité reste d’essayer de diminuer ce niveau mais nous devons aussi reconsidérer les cycles de la vie professionnelle, à commencer par les cycles qui y préparent.

 

Et si l’on considère qu’il y a des jeunesses, il y a aussi des façons différentes de construire son avenir.

 

Il n’y a pas souvent concordance des temps entre sortie de formation et entrée en emploi mais aussi beaucoup de jeunes qui ne réussissent pas à la première entrée dans l’emploi. Ces temps de transition méritent notre attention et s’il existe des possibilités de faire de cette transition un temps enrichissant pour les parcours,  elles sont le plus souvent  limitées, difficiles d’accès et inscrites dans des temporalités pas toujours adaptées.

 

Nous pourrions donc  soutenir des activités transitoires vers l’emploi en encourageant par exemple la création de plate-forme d’accès à ces activités, portées et animées par les réseaux locaux  d’acteurs de la jeunesse, dont l’ambition serait l’émancipation, l’expérimentation, la construction d’un choix de parcours, la confrontation à des situations d’implication sociale. Activités de mobilité internationale, activités de volontariat sous toutes ses formes, chantiers-école, chantier éducatifs, création d’activités : montage de projets culturels, d’associations, d’entreprise, participation à la vie locale, action de solidarités, mais aussi jobs d’été, stages de découvertes. Toutes ces activités ont une vertu, c’est qu’elles inscrivent les jeunes qui en bénéficient dans des réseaux de relations, dans une première immersion dans  les univers professionnels et nous savons l’importance du réseau dans l’accès à l’emploi. Et nous savons l’importance du réseau et du capital social dans l’accès à l’emploi.

 

Cela correspond aussi à des aspirations exprimées par une part de la jeunesse, non pas obligatoirement par dépit mais aussi par choix.

 

Pour cela, il est nécessaire d’en faciliter l’accès, de s’ assurer que les jeunes pendant ces transitions disposent des capacités a assumer le coût de leur vie quotidienne, d’en développer l’importance et de participer à la valorisation des acquis de ces expériences.  Des projets allant dans ce sens  sont en cours, s’appuyant sur une dynamique de réseau d’acteurs de la jeunesse : Missions locales, services jeunesse, BIJ, PJJ et éducation spécialisée, chambres consulaires…

 

Ce type de dispositifs locaux pourrait aussi intégrer des démarches facilitants l’accès aux stages, car la sélection commence tôt. Ainsi des jeunes le plus souvent aux conditions sociales les plus faibles ne trouvent pas de stage dès  le début, des le stage de 3eme, c’est le début du sentiment d’échec et cela se poursuit souvent.  

 

Autre enjeu quant à l’accès à l’emploi, celui de la capacité à accueillir un jeune dans l’emploi. Ce n’est effectivement pas que l’affaire des jeunes qui ne seraient pas prêts à l’emploi c’est aussi celle des employeurs et des encadrants des jeunes dans l’entreprise. Trop souvent encore, nous entendons, « ce jeune-là, il a pas envie de bosser, il est pas facile, c’est un bon à rien »… Nous devons avec les acteurs économiques nous pencher sur ces questions, envisager des partenariats pour faciliter cette arrivée dans l’entreprise. La encore c’est une affaire intergénérationnelle.

 

Deux derniers points sur ce thème, l’offre de formation et le Service public régional de l’orientation (SPRO). Le travail engagé sur les cartes, va dans le bon sens. Une réflexion tout de même, je crois important de regarder avec plus de précision la question de l’adéquation entre offre et demande et la question des métiers en tension.  Sur l’adéquation ou plutôt l’inadéquation formation/emploi,  un chiffre qui doit nous inviter a la prudence  : un demandeur d’emploi sur 2 lorsqu’il a accès à un emploi c’est à emploi qui n’est pas lié directement à la formation suivie. Malheureusement nous ne disposons pas d’assez d’études sur ce sujet mais il doit retenir notre attention. Cette inadéquation se retrouve aussi en formation initiale, seuls les métiers réglementés échappent à cette réalité. Il est donc nécessaire de garder une offre plus généraliste ou si elle est technique de garantir la transférabilité des compétences. Il convient d’éviter que les branches par exemple dans leur impérieuse nécessité d’attirer des jeunes, proposent des formations trop spécifiques, non transférables. Un exemple : les métiers de la maintenance. Il faut s’intéresser à ce quoi l’on forme mais aussi comment on forme : viser l’employabilité, préparer à la vie professionnelle, intégrer des compétences transférables. En ce sens j’approuve pleinement la mesure visant à la découverte des métiers, l’initiation aux gestes professionnels et lla découverte de la réalité de l’entreprise…

 

Les métiers en tension sont souvent confondus avec les métiers en difficulté de recrutement, dans ce cas faisant face à une absence de main d’œuvre. La tension vient aussi de l’image du métier, des conditions de travail, des questions de genre, de la demande en compétences en évolution permanente…bref nous devons agir sur l’offre de formation mais aussi sur ces questions.

 

Sur le SPRO dont vous conduisez, Monsieur le Président, les travaux interministériels, je crois indispensable de réussir à cette occasion à bonifier les métiers de l’orientation appelés à devenir des métiers de conseil en évolution professionnelle. Grâce à la mise en réseau, c’est une connaissance plus fine des parcours, leurs difficultés, les ruptures qu’il faut partager : ainsi l’offre d’activités de transitions trouverait ici toute sa place, mais aussi un connaissance partagée des territoires et de l’économie de nos territoires, des travaux de prospective qui y sont réalisés.

 

Sur le logement et sur les problèmes de vie quotidienne liées à la formation et à l’emploi, je partage les propositions. Pour ce qui est de la plateforme E-logement, démarche très intéressante, je crois utile de nous préoccuper de l’information sur cet outil et d’éviter la multiplication des sites d’information. Des articulations sont à trouver notamment avec le site étoile. Une analyse récente de ses usages indique que les utilisateurs chercher aussi d’autres réponses que seulement l’existence d’une formation.

 

Sur la thématique santé, sport, culture et citoyenneté, nous mesurons qu’elle est aussi très liées aux précédentes. Sur la santé une nouvelle fois je vous invite à lire l’avis du FFL sur la question ; éducation à la santé, autonomie sanitaire, simplification du système de santé.. ; des propositions à creuser certaines sur lesquelles nous avons déjà avancé en région, d’autres à envisager. Je voudrais souligner l’importance des actions engagées autour de la lutte contre discriminations dans la formation initiale. Même si l’étude conduite sur ce thème est finie, l’action est bel et bien à construire maintenant. Au delà de la semaine de lutte contre le préjugés, nous pourrons poursuivre le travail avec les jeunes et enrichir ce plan d’avenir.

 

Je salue également la volonté d’ intégrer dans ID en campagne, une bonification pour les projets concernant les jeunes. C’est une façon de ne pas traiter les jeunes en dehors des dispositifs dont ils ne sont pas la cible et de marquer cette volonté de faire avec les jeunes et dans un regard intergénérationnel. Michel Rivet aura l’occasion de développer cet aspect et la question de l’autonomie des jeunes.

 

Monsieur le Président, nous approuvons donc dans sa globalité la démarche engagée, invitons à poursuivre la réflexion, à renforcer ce plan, notamment par la coopération avec les territoires, en ouvrant une réflexion sur les activités émancipatrices transitoires vers l’emploi, en renforçant les démarches soutenant la participation des jeunes à tous les niveaux de notre région. 

Mes derniers mots iront à la Conférence régionale de la jeunesse dont je salue la présence et le travail assidu. C’est aussi avec vous que le débat doit se prolonger. 

 

Session du 26 Septembre 2013
Icône fichier PDF  Rapport Plan Avenir Jeunes