Portrait Jean Delavergne

Plan de mobilisation pour l’emploi : l’urgence c’est aussi la transition écologique de l’économie !

Intervention de Jean Delavergne

 

Face à la gravité de la situation économique et sociale, nous partageons pleinement la décision d’y consacrer la plus grande partie de cette session.

Cependant, il a été décidé de couper le débat sur la stratégie (SRDESI) que l’on n’abordera  que cet après-midi de celui sur les réponses urgentes à apporter que nous traiterons ce matin.  Et à vrai dire une telle coupure nous semble quelque que  peu artificielle. 

Oui les gens attendent des réponses aux problèmes qu’ils vivent  au quotidien. Et pour beaucoup, ces questions aujourd’hui sont prioritairement celles liées à  l’emploi.  Quand on n’est pas au chômage on a peur d’y être, quand ce n’est pas pour soi qu’on a peur c’est pour son conjoint ou pour ses enfants, et si on est lucide on a tous peur que la cohésion sociale ne tienne pas, face à tant de misères et de désespérance …

Il y a donc effectivement  urgence à apporter des réponses. Mais justement du fait de la gravité de ce qui est en train de se passer  on ne peut pas faire l’économie de l’analyse et de la remise en cause des schémas  du passé.

D’abord Mesdames et Messieurs de la droite ne venez surtout pas jouer les pleureuses. Les plans sociaux catastrophiques ne datent pas d’hier et affirmer qu’ils seraient le produit de la politique conduite depuis seulement quelques mois pas le gouvernement de gauche n’est qu’un discours politicien qui ne trompe pas grand monde. Le journal « Challenges » révélait, il y a tout juste un an, en février 2012, que le cabinet du ministre  X Bertrand faisait alors  le forcing auprès des patrons des grands groupes pour différer les plans sociaux après les élections. Il citait en particulier l’accord obtenu des  directions de Renault et PSA… On voit bien que les plans sociaux et plus largement la dégradation de la situation de l’emploi datent de bien avant l’élection de F Hollande.

Il faut donc dépasser ses postures purement politiciennes.

Nous nous sommes déjà exprimés plusieurs fois, dans cette enceinte, sur les origines et les causes de la crise économique. 

Nous avons rappelé son origine, liée à la dérégulation de la finance et à la croissance des inégalités.
Nous avons aussi expliqué l’origine de l’endettement public excessif  reposant à la fois sur les baisses scandaleuses d’impôts sur les plus riches, mais découlant aussi des plans massifs d’aides aux banques qui on été déclenchés  en 2008-2009. 
Lors de la dernière session nous avons dit aussi notre profonde  inquiétude quant aux politiques budgétaires restrictives qui s’affirment tant au niveau européen qu’en France.
Et je voudrais m’arrêter une minute sur deux informations récentes qui depuis n’ont fait que renforcer cette inquiétude.

Au moment même où l’Union Européenne pouvait être utilisée pour soutenir l’économie et engager le tournant vers le  Green Deal, voilà que l’addition de la démagogie et des égoïsmes nationaux conduit au contraire à  décider un recul prolongé. Heureusement pour l’instant les 4 principaux groupes au Parlement Européen  ont  annoncé leur intention de s’opposer en l’état à ce sabotage de l’Europe. Espérons qu’ils tiendront fermement cette position.

En France, nous avons eu la confirmation avant-hier que la baisse des crédits aux collectivités locales déjà prévue à moins 750 millions d’euros en 2014 et 2015 serait finalement du double ! André Laignel lui chiffre avec raison à 4,5 milliards d’euros la perte totale de recettes  pour les collectivités entre 2014 et 2015 !  Est-il utile de rappeler ici le rôle que les collectivités jouent dans l’investissement public, dans le soutien a l’économie, aux actions sociales, culturelles, en faveur de l’environnement… ? Le groupe EELV région Centre a donc pris l’initiative d’un courrier au premier ministre de l’ensemble des groupes EELV dans les Conseils régionaux pour dire au gouvernement que de tels reculs sont suicidaires.

Il y aurait bien d’autres exemples à prendre pour démontrer  qu’en période de crise subordonner la politique économique à un objectif prioritaire de réduction des dépenses publiques c’est une politique condamnée à l’échec. Mais en tant qu’écologistes nous ne contentons absolument pas de cette dénonciation de l’austérité.  

Nous affirmons surtout que la crise dans laquelle nous sommes plongés correspond à l’épuisement d’un mode de développement basé en particulier sur le gaspillage des ressources naturelles, sur l’utilisation sans conscience de technologies dangereuses pour la vie et sur la confusion entre satisfaction des besoins et croissance illimitée de la consommation. Tous les indicateurs montrent que l’humanité est parvenue aux limites physiques de ce système productiviste : dérèglement climatique, écroulement de la biodiversité, croissance exponentielle des maladies de civilisation, flambée des cours des matières premières,…

Nous devons dire la vérité à nos concitoyens : l’économie des trente glorieuses basée sur un pétrole à bas coût, sur le gaspillage des matières premières, sur l’accumulation de déchets dangereux, cette économie là est derrière nous. 

L’économie de demain sera nécessairement une économie décarbonée, une économie circulaire, une économie de la fonctionnalité, une économie relocalisée, … ou si vous voulez qu’on vous le dise plus simplement, une économie nettement plus «verte».

Continuer à laisser croire que demain on aura autant besoin qu’hier de raffineries de pétrole ou d’usines automobiles, c’est tromper les citoyens et particulièrement ceux qui sont ou seront les premières victimes des plans sociaux. N’agir qu’en défensive, c’est refuser l’exigence de l’heure : celle de la transition vers une économie d’avenir. 

On oppose trop souvent écologie et économie. Il faut certes regarder les choses en face : faut-il vraiment par exemple au nom de l’emploi, prolonger cette aberration Française de la priorité au diesel  qui coûte plus de 40 000 décès supplémentaires par an dans notre pays ? Si l’on ne veut pas que l’économie de notre pays prenne du retard, il faut dire la vérité et organiser la transition vers d’autres activités. 

Moins d’automobiles de grosses cylindrées, davantage de trains, d’autobus et de tramways. Moins d’avions et davantage de bateaux, moins de pétrole et plus d’énergies renouvelables et d’éco-materiaux, moins de surconsommation individuelle standardisée et plus de services partagés à haute valeur ajoutée. Moins d’hypermarchés et plus de commerces de proximité. Moins de camions et d’autoroutes et plus de circuits courts… 

La reconversion vers l’économie verte est incontournable, mais elle est aussi créatrice d’emplois nets.  Les énergies renouvelables peuvent être jusqu’à 8 fois plus utilisatrices de main d’œuvre que les industries pétrolières  ou nucléaires   comme l’exemple de l’Allemagne le montre bien. Il faut aussi rappeler le rôle essentiel pour l’emploi  que joue déjà et va jouer de plus en plus l’isolation du parc de bâtiments existants. Faut-il insister encore sur les besoins considérablement plus forts en emplois de l’agriculture biologique par rapport à l’agriculture productiviste ? On constate qu’en général  moins de gaspillage de ressources naturelles dans le processus de production nécessite une plus grande utilisation de main d’œuvre  Au total dans une étude qu’il avait conduite en 2009,  l’économiste Pascal Canfin, l’actuel ministre de la coopération, avait chiffré à l’échelle européenne à plus de 10 millions d’emplois nouveaux le gain net que procurerait le passage à un nouveau modèle de développement.

Cette projection à moyen terme est donc nécessaire pour orienter nos politiques publiques et nous aurons largement l’occasion d’y revenir cette après-midi en particulier dans l’intervention que fera Charles Fournier au nom du groupe. Mais notre volonté de trouver une boussole pour l’action, ne conduit nullement les écologistes à négliger le présent et ses drames humains.

Ce serait  un véritable scandale que les ouvriers et techniciens qui sont dans des activités dépassées, payent une fois encore pour  la navrante cécité historique des classes dirigeantes.

Voilà pourquoi, pour nous, un gouvernement de gauche ne peut ni entretenir la fiction du redémarrage ou de la continuation sous perfusion d’activités caduques, ni  se contenter d’accompagner des plans de licenciements secs et scandaleux.

Ouvrir la voie de la reconversion industrielle passe nécessairement par la garantie absolue de revenus durables et de formation professionnelles pour les  salariés.  La transition écologique ne pourrait pas se développer correctement  si le sentiment d’injustice devait prévaloir chez ceux qui voient remettre en cause leurs emplois.

On le voit bien face à une telle mutation historique ce n’est pas la Région qui dispose encore actuellement des principaux leviers d’action pour faire face à cette situation. Cela ne veut pas dire pour autant que nous n’en n’ayons aucun et les écologistes approuvent pleinement l’idée de la nécessité d’une mobilisation à tous les  niveaux.

En ce qui concerne le rapport qui nous est soumis, je tiens à faire remarquer que la transition écologique joue déjà un rôle non négligeable dans le soutien régional à l’activité économique et donc à l’emploi. C’est ainsi que nous retrouvons pour 2013 l’impact économique des 15 millions d’euros par an que nous avons fléché sur l’efficacité énergétique dans les lycées. Par ailleurs, en 2013 c’est plus de 100 millions d’euros de prêts à des taux bonifiés qui vont pouvoir être débloqués afin d’accompagner les projets d’économie verte. En 2013, toujours,  ce sera le lancement d’un ambitieux programme de rénovation thermique des logements sociaux en basse consommation soit avec l’objectif très ambitieux en rénovation de limiter la consommation à  seulement  80 kWh/m2. Un tel programme devrait avoir un effet d’entrainement sur l’ensemble du secteur du logement social en région jouant un  rôle primordial dans le soutien au BTP.

Vous le voyez, pour contribuer au maintien de l’activité économique et de l’emploi, les avancées régionales vers la transition écologique jouent d’ores et déjà un rôle essentiel, dans le soutien à l’activité. Nous interviendrons cette après-midi pour dire cependant que cet effort en faveur de l’économie verte doit être nettement amplifié dans le cadre du SRDESI.

Mais Nous voudrions, pour finir, insister sur un aspect particulier de nos politiques : le soutien à l‘économie solidaire. Je souhaite d’abord rappeler ici que le seul secteur associatif représente plus de 63000 emplois c’est-à-dire environ 10% des emplois salariés de la Région ! On n’est vraiment pas là dans une économie résiduelle. Surtout qu’il faut noter qu’entre 2006 et 2011, alors que la crise provoquait une diminution de 3,7% de l’emploi dans l’ensemble du secteur privé, l’emploi associatif lui connaissait une progression de +5%. Nous voyons donc bien que pas plus qu’écologie et emploi ne doivent être opposes,  la solidarité et le bénévolat peuvent-être aussi facteurs d’emplois et qui plus est d’emplois qui ont du sens. Nous avons donc eu raison de poursuivre la politique des CAP Asso que certains voulaient supprimer et ce n’est vraiment pas le moment de mégoter sur ces aides, particulièrement pour les associations qui ont un rôle d’innovation sociale. Nous approuvons aussi la volonté d’accompagner la création d’emplois d’avenir dans les associations pour permettre en particulier aux jeunes les plus défavorisés d’entamer un véritable parcours d’insertion. Enfin nous voudrions rappeler le soutien apporte aux salariés menacés de voir fermée leur entreprise lorsqu’ils décident d’assurer eux-mêmes leurs emplois en créant pour cela une scoop.  

Bien évidemment nous nous réjouissons également de la création de la BPI et de son implication régionale comme nous approuvons les mesures d’urgence en faveur des PME J’aurais voulu examiner aussi nos politiques de formations professionnelles mais le temps manque et je sais que Charles Fournier le fera tout à l’heure avec plus de compétences que moi.

Mesdames, Messieurs, la situation est grave pour beaucoup de nos concitoyens.
Cela exige de la part des décideurs politiques à la fois beaucoup de lucidité sur les enjeux de la période et beaucoup de volontarisme pour assurer la transition vers un monde plus vivable. Une forte mobilisation est nécessaire pour répondre a l’urgence.Mais pour apporter une réponse durable aux défis du présent nous devons nous efforcer de discerner clairement les priorités. 

Mesdames, Messieurs, l’urgence c’est aussi la transition écologique de l’économie !