Plan Loire Grandeur Nature : de la lutte contre un barrage au défi climatique

Intervention de Sandrine Tricot

Le Plan Loire Grandeur Nature est né de la confrontation entre deux grands projets pour la Loire :  celui de l’Etablissement Public d’Aménagement de la Loire et de ses Affluents dirigé par Jean Royer et celui d’une mobilisation d’acteurs écologistes réunis sous le comité « SOS Loire vivante » dès 1986 contre le projet de barrage de Serre de la Fare. Après 5 ans d’occupation du site, de combats sur les plans juridique, médiatique et scientifique, en 1994 le Plan Loire Grandeur Nature a été annoncé, mettant fin au projet de barrage. On y lit une nouvelle gestion de l’eau, fortement symbolisée par les termes « Grandeur Nature ». La nature, dans toute sa complexité, devient alors la référence principale de l’aménagement, et le Plan marque l’émergence d’un intérêt pour une approche intégrée de gestion d’un fleuve de la source à l’estuaire.  

Depuis les élus écologistes, à l’image d’Agnès Thibal, Gilles Deguet, Benoît Faucheux et Michelle Rivet, ont œuvré afin de préserver et restaurer le caractère naturel du bassin de la Loire mais aussi afin de mettre en valeur la richesse de notre patrimoine. L’enjeu du dérèglement climatique est aujourd’hui central dans ce cinquième Plan Loire Grandeur Nature, présenté aujourd’hui.

Les conséquences humaines, psychologiques, sociales et économiques de ce dérèglement climatique sont dramatiques. Elles sont vite oubliées, alors même qu’elles vont perdurer, s’intensifier. Il ne faut plus tarder à prendre soin de notre planète et imaginer les solutions de demain. Le Plan Loire Grandeur Nature V est l’occasion de faire ce rappel et de ne pas les occulter. Il est non seulement en phase avec les enjeux actuels mais aussi en parfaite péréquation avec la stratégie « Loire 2035 ». Ce cinquième Plan en décline les 4 grandes orientations et explique comment il va les mettre en œuvre.

Aujourd’hui, il s’intègre dans le Plan biodiversité, le Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE), le Plan de Gestion du Risque Inondation (PGRI) ou bien encore le Schéma Régional d’Aménagement de Développement Durable et d’Egalité des Territoires (SRADDET). Cette articulation permet des effets leviers et une cohérence d’actions indispensable.

Depuis deux ans, la sécheresse a entrainé un niveau historiquement bas de la Loire et de ses affluents. Les prévisions ne sont pas optimistes puisqu’elles prévoient une diminution du débit moyen annuel des cours d’eau de 10 à 40 % à l’horizon 2050. D’autres facteurs d’inquiétude, comme la salinisation de l’estuaire de la Loire ou le risque de déficit d’eau potable de notre château d’eau, la région du Massif Central, nous prouvent que l’eau est une richesse, un bien commun fragile que nous allons devoir protéger. Il ne s’agit pas de la monopoliser, de la capter à travers la mise en place de bassines de rétention, mais bien de préserver la biodiversité et de travailler sa répartition et sa gouvernance.

Le bassin Loire-Bretagne est le plus exposé de France aux inondations et aux risques de submersion. Presque deux millions de nos concitoyens sont concernés directement. Ces risques se sont accentués avec l’artificialisation de notre territoire, l’étalement urbain, la disparition progressive des zones humides, véritables tampons de la montée des eaux, et par l’effacement des zones naturelles de débordements en cas de crue. Peu à peu, l’espace urbain a grignoté les zones qui nous protégeaient.

Le premier axe du Plan Loire Grandeur Nature V vise d’ailleurs à réduire les conséquences des inondations. 15 territoires ont été identifiés comme prioritaires. La mise en place de programmes d’actions de prévention des inondations vise à contribuer à l’adaptation de nos territoires au dérèglement climatique. Il en est de même pour la gestion des digues dites « dures » et celles dites « souples ». Leur entretien, leur modernisation et le relevage du niveau de sûreté aura cet objectif. La gestion des espaces naturels comme les zones inondables non urbanisées doit améliorer la capacité d’écoulement de la Loire ou de ses affluents.

La protection des populations et des biens passe également par la préservation du fonctionnement naturel du fleuve et des milieux aquatiques. L’axe 2 vise à assurer aux espèces animales et végétales leur cycle de vie biologique, de retrouver un bon fonctionnement hydro-morphologique des cours d’eau et enfin de rétablir et protéger les populations des poissons migrateurs. La restauration des zones humides sera le point fort de la préservation de la biodiversité car ces zones menacées sont riches en espèces. Elles sont également un vecteur important de la gestion quantitative de notre ressource en eau. Ce travail est en partie réalisé par les techniciens de rivières, financés par la Région et l’Agence de l’eau Loire Bretagne à travers les contrats de rivière.

Enfin, le Plan Loire Grandeur Nature cherche à valoriser les richesses des patrimoines du bassin (à travers l’axe 3) et à développer la connaissance sur ce territoire pour mieux se préparer aux enjeux du dérèglement climatique (axe 4). Ainsi, le développement d’un tourisme nature et culture permet de soutenir l’attractivité de notre territoire tout en préservant nos ressources. La crise Covid a limité nos déplacements et a mis en lumière une autre forme de tourisme plus local, plus respectueux des territoires. C’est avec nos partenaires, le Parlement de Loire et la Mission Val de Loire, qu’il est nécessaire de continuer ce travail pour valoriser et partager les atouts de notre territoire.

Vous l’aurez compris, ce Plan Loire Grandeur Nature est à la hauteur des défis climatiques qui nous attendent. Si nous souhaitons amoindrir ses effets, il nous faut restaurer, protéger la biodiversité en retrouvant des écosystèmes fonctionnels, mais aussi organiser la gouvernance de l’eau pour que ce bien commun ne devienne pas un luxe inaccessible comme dans beaucoup d’autres pays.

Je finirai cette intervention en soulignant le travail exceptionnel de ma collègue Michelle Rivet qui présente devant nous en session, certainement un de ses derniers dossiers. Michelle, comment ne pas être admirative de ton travail, de ta détermination sans faille et des projets qui ont vu le jour sous ton impulsion : A vos ID, le plan bio… Tu es de ces élus qui nous inspirent et pour tout cela, un grand MERCI !