Portrait Jean Delavergne

Plan régional d’internationalisation des entreprises (PRIE)

Intervention de Jean Delavergne

 

La balance du commerce extérieur de la France n’a cessé de se dégrader pendant la dernière décennie, passant d’une situation d’équilibre  en 2000 à un déficit de 70 milliards en 2011. Cela n’est pas supportable sur le moyen terme pour l’économie et pour l’emploi dans notre pays.

 

Certains sur les bancs de l’extrême droite diront de manière démagogique que la solution est simple : il suffirait de nier la réalité et de sortir de la mondialisation en rétablissant les bonnes vieilles barrières douanières aux frontières de la France, de revenir en quelque sorte à la situation qui pouvait être celle de l’immédiat après-deuxième guerre mondiale… Que des personnes âgées puissent avoir la nostalgie de leur jeunesse, on peut certes le comprendre, mais en faire un programme politique, c’est irresponsable ! Il faut rappeler à nos concitoyens, troublés par les conséquences des dérégulations ultralibérales des 30 dernières années, que l’orientation préconisée par l’extrême-droite est illusoire et n’aboutirait qu’à des catastrophes pour notre pays. Il faut d’ailleurs expliquer aussi que l’opposition du FN à l’ultralibéralisme n’est qu’une façade démagogique et que ce n’est pas le fond de son idéologie nauséabonde : il faut rappeler que Monsieur Le Pen a été un farouche partisan des Reaganomics au début des années 1980, et qu’il a soutenu toutes les attaques contre le rôle régulateur de la puissance publique. Monsieur Le Pen est donc coresponsable de tout ce gâchis qui a abouti entre autres à la crise financière de 1988 et à la désindustrialisation de la France : je n’ai encore jamais entendu une critique de cette prise de position ultralibérale de la part de ceux qui lui ont succédé.

 

La démocratie s’accompagne d’une exigence de recherche de la vérité, même et surtout quand celle-ci est complexe. Les écologistes, à l’exact opposé du FN, n’ont eux a priori rien contre la mondialisation lorsqu’elle signifie rencontre des peuples et des cultures, échanges mutuellement avantageux, prise de conscience que nous sommes tous embarqués sur la même planète et que, face aux défis de notre époque, il est plus que jamais nécessaire de construire un monde de coopération plutôt que de continuer à gaspiller des forces et des vies dans des conflits nationaux, ethniques ou de religion.

 

Nous ne nous croyons tout de même pas pour autant dans un monde de Bisounours et nous savons la complexité de cette avancée nécessaire vers une plus grande coopération à l’échelle mondiale.

 

Sur le plan économique, depuis le début du XIXème siècle au moins, le développement de l’économie de marché à l’échelle internationale a un double effet : il met en relation des économies  et donc des peuples, permet des échanges et contribue donc à faire progresser la conscience d’appartenance à une même humanité…  mais  il favorise aussi le développement de rapports de domination économique. Depuis au moins la première révolution industrielle en Grande-Bretagne, les tenants du libéralisme défendent que la spécialisation de chaque pays dans des activités particulières, sur la base de leurs « avantages comparatifs », serait bénéfique pour tous, tandis que d’autres plus critiques montrent que non régulée, non encadrée, non maîtrisée, cette spécialisation peut aboutir à la destruction de pans entiers de l’économie dans certains pays et aussi empêcher le développement d’activités nouvelles écrasées par la situation de force acquise par d’autres pays.

 

Le monde de la fin du XXème siècle a été organisé – ou plutôt désorganisé – au nom du dogme du libre-échange absolu, au profit des multinationales et des grands groupes financiers internationaux qui ont réussi par là-même à démolir les formes de régulation publique qui avaient été mises en place après 1945.

 

C’est dans ce contexte que nous devons agir aujourd’hui. Nous attendons du gouvernement français qu’il  fasse entendre avec plus de force la nécessité de prendre de la distance avec l’idéologie du libre-échange absolu qui conduit l’Union européenne à s’enfoncer dans des politiques d’austérité. Nous écologistes croyons que l’Europe est l’échelle pertinente pour promouvoir un nouveau mode de développement et être capable de résister aux pressions contraires tant des Etats-Unis que de la Chine ou de la Russie mais, de fait, l’idéologie du « laisser-faire-laisser-passer » qui domine dans les sphères du pouvoir européen ne permet pas à l’Union européenne de jouer pleinement ce rôle moteur et nous devons donc combattre cette idéologie.

 

Je ne prendrai que l’exemple des panneaux photovoltaïques : comment accepter que dans l’Union européenne on ait mis des millions d’euros dans le soutien au développement de cette filière tout en laissant la Chine nous inonder de produits à prix cassés afin de démolir cette industrie naissante et prometteuse en Europe. Il n’est pas besoin d’avoir lu Friedrich List, économiste de la fin du XIXème siècle en Allemagne, au moment où ce pays fait sa révolution industrielle, pour comprendre que les industries naissantes peuvent avoir besoin de protections temporaires pour se développer ! Comment accepter aussi qu’on s’engage dans un traité de libre-échange avec les Etats-Unis qui permettra à ceux-ci, si on laisse les choses aller, de nous imposer demain leurs bœufs aux hormones, leurs OGM et leurs viandes passées à l’eau de javel ainsi que la possibilité pour les multinationales d’exploiter les gaz de schistes sur notre territoire ?

 

En attendant que l’on se décide à changer de logiciel au niveau européen, il nous faut gérer le présent et, je le disais en commençant, aucun pays – sauf peut-être les Etats-Unis, grâce au dollar – ne peut s’accommoder d’un déficit commercial croissant accompagnant l’accélération de la désindustrialisation depuis 10 ans.

 

Mais, logiquement,  pour lutter contre le déficit commercial, il y a deux possibilités, plus ou moins complémentaires : on peut certes développer les exportations mais on peut aussi chercher à réduire les importations. Or pour nous le second volet est extrêmement  important et peut-être même plus important que le premier.

 

D’où vient l’essentiel du déficit de la balance commerciale de la France ? Chacun sait ici que c’est d’abord la facture énergétique qui plombe le commerce extérieur : en 2012 elle s’est élevée à près de 70 milliards d’euros, soit davantage que le déficit total du commerce extérieur français. Et cela ne va pas aller en s’arrangeant compte tenu de l’augmentation inéluctable du prix d’énergies fossiles et fissiles de plus en plus rares. II faudrait donc reconnaître que la transition énergétique est une nécessité absolue pour rétablir l’équilibre du commerce extérieur de la France. Le Plan Climat Energie  Régional, par le développement des économies d’énergie et des énergies renouvelables qu’il propose, serait susceptible de faire économiser durablement à la France des millions d’euros d’importations. Lorsque nous investissons 15 millions d’euros par an dans les lycées pour faire des économies d’énergie, nous travaillons aussi à rétablir la balance commerciale, quand nous soutenons les filières d’écoconstruction, les filières d’énergie renouvelable, nous travaillons aussi pour la balance commerciale.

 

Mais il nous faut aller plus loin. Nous demandons, Monsieur le Président, Madame la Vice-présidente, que la Région Centre s’engage plus clairement sur la voie de l’économie circulaire. Il est par exemple totalement incroyable d’apprendre qu’à l’échelle nationale les déchets constituent un poste majeur des exportations de la France.

 

L’excédent des exportations sur les importations de déchets représentaient 3 milliards d’euros en 2010, et les déchets occupent donc une part non négligeable des produits français vendus à l’étranger ! Et bien, chers collègues, nous n’avons pas peur de vous le dire, nous écologistes sommes partisans de faire baisser ces exportations-là ! Nous sommes consternés quand nous apprenons par exemple qu’un gisement important de vieux papiers vient d’échapper à une entreprise de carton d’Indre-et-Loire au profit d’acheteurs chinois. Il faut nous donner les moyens de valoriser ces ressources-là sur nos territoires, au plus près des gisements et des besoins.

 

Prenons un autre exemple, celui de la filière bois, beaucoup connaissent ici le problème : la filière bois affiche en France une balance commerciale déficitaire de 6 milliards d’euros, juste derrière le secteur de l’énergie. Pourtant, le bois français s’exporte. Mais, tandis que nous exportons des grumes, nous importons massivement des meubles ! Il n’est pas rare que les grumes que nous exportons nous reviennent d’ailleurs sous formes de planches sciées… ou de meubles !

 

Nous disons que, tant pour des raisons écologiques que pour des raisons économiques, aussi bien pour éviter de développer des transports inutiles et polluants que pour faire face à la rareté croissante des ressources naturelles, et enfin et surtout  pour créer des emplois sur nos territoires, il faut que nous nous engagions plus résolument dans une économie circulaire.

 

Monsieur le Président, nous allons avoir l’occasion d’en reparler dans les semaines et les mois à venir : mais il faut sortir, et je sais que vous êtes d’accord sur le fond avec nous, il faut sortir de l’opposition stérile entre écologie et économie : oui l’écologie peut être l’avenir de l’industrie ! Prenons le virage et faisons prendre de l’avance à l’économie régionale !

 

Vous l’avez compris, l’enjeu principal pour nous est de réduire les importations en réussissant la transition énergétique et en développant l’économie circulaire. Est-ce que pour autant nous nous désintéressons des exportations ? Evidemment non ! Mais disons le d’emblée : l’approche uniquement quantitative qui figure dans le rapport qui nous est proposé nous parait insuffisante.

 

En gros, on nous dit que tout développement des exportations est bon à prendre en soi parce qu’il permettrait de créer des emplois. Nous venons de montrer par les exemples des déchets et du bois que ce n’est pas toujours vrai : il serait beaucoup plus créateur d’emplois dans ces secteurs d’exporter un peu moins de produits bruts et de les transformer sur place.

 

Nous ne nous opposons pas au soutien que peut apporter la Région aux développements des exportations  mais nous souhaiterions que ce soit beaucoup plus cadré. Nous savons qu’une partie non négligeable des emplois en région sont directement liés aux exportations et en général nous souhaitons évidemment les conforter. Nous avons, y compris dans le domaine de l’environnement mais pas seulement, des entreprises capables de proposer des produits intéressants pour d’autres pays et il est bien que la Région les accompagne.

 

Mais le concept même d’internationalisation des entreprises est ambigu : cela comprend certes le développement des capacités exportatrices de PME et leurs transformations en ETI ; cependant la même logique peut conduire à ce qu’elles « s’internationalisent » encore un peu plus, développant des filiales à l’étranger, d’abord de commercialisation, puis des établissements de production pouvant conduire à la délocalisation d’activités et… à la suppression des emplois sur nos territoires. Nous n’avons pas trouvé dans le document de garanties suffisantes contre le risque qu’un tel processus puisse être engagé avec le soutien des aides régionales.

 

Enfin, en tant qu’écologistes, nous osons sur chaque dossier d’aide économique (comme sur les autres dossiers) nous poser la question de la légitimité et de l’opportunité de l’aide publique. Nous le faisons régulièrement, mois après mois en commission permanente. Nous refusons de céder à une approche quasi sacrée des aides économiques et nous nous posons régulièrement la question de l’utilité sociale des activités économiques qu’on nous demande de soutenir. Il y a quelques mois par exemple on  nous demandait de soutenir le développement de l’activité d’une entreprise qui exporte de très grandes scies vers l’Afrique et bien nous nous sommes interrogés sur la question de savoir si nous apportions ainsi une aide à la déforestation et à la disparition de la forêt primitive.

 

On pourrait prendre bien d’autres exemples : paradoxe apparent, les écologistes ne sont pas opposés aux exportations des vins de notre région, qui sont encore faits de manière presque artisanale, loin de la marchandisation à outrance dénoncée en son temps par le film Mondovino. Par contre, nous ne soutiendrions pas l’exportation d’eau en bouteille qui est pourtant un des fleurons des exportations françaises : nous considérons qu’il y a, partout ou presque dans le monde, des sources d’eau potable qu’il s’agit de préserver plutôt que de développer sans cesse la vente et le transport de bouteilles en plastique à coup de millions d’euros de marketing.

 

Je souhaite terminer sur cette question du transport que je viens d’évoquer : si on avait voulu faire en sorte que nous ne soutenions pas ce dossier, on ne s’y serait pas pris autrement qu’en affichant sur une des illustrations de la page de garde, comme symboles des exportations de marchandises, l’avion et le camion. Le développement des échanges non maîtrisé et non réfléchi, c’est aussi cela : toujours plus d’avions dans le ciel et de camions sur les routes. On sait bien pourtant que c’est un modèle insoutenable.

 

Donnons donc plutôt, Monsieur le Président, Madame la Vice-présidente, la priorité à la relocalisation des activités économiques et à la construction de boucles vertueuses d’économie circulaire sur nos territoires : ce sera meilleur pour l’écologie et très bon pour l’emploi.

 

 

Session du 26 Septembre 2013
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Rapport Plan d’internationalisation des entreprises 

Annexe Plan d’internationalisation des entreprises 

Annexe 1 : PRIE 

Annexe 2 : PRIE – Panorama