Plan régional pour les mobilités à vélo

Intervention de Christelle de Crémiers

Pendant la période du Covid, on a constaté une augmentation des investissements pour le vélo. La France a été le troisième pays européen en termes d’investissements publics additionnels pour le vélo : près de 5 euros supplémentaires par habitant. Cependant, il faut noter aussi que les investissements cumulés au niveau des pays de l’UE ont cessé avec le retour à l’activité en juillet (source : European Cyclists Federation).

Il y a eu indéniablement un engouement : mille kilomètres de voies cyclables utilitaires ont été construits en trois mois sur l’ensemble de l’Union européenne. C’est un peu le souci que nous avons avec le vélo. Disons que le vélo a bon dos. Tout le monde s’accorde à dire aujourd’hui que le vélo c’est trop beau. On voit des bandes blanches émerger un peu partout, parfois en dépit du bon sens. Pourtant, une bonne politique du vélo est une politique de très long terme qui exige une continuité de vision au cours de plusieurs mandats.

Le groupe écologiste se réjouit, bien sûr, de voir la Région s’engager dans un « plan régional des mobilités à vélo ». Ce plan régional est vraiment bienvenu car la mobilité à vélo est une politique centrale dans les politiques liées à la transition écologique au cœur de la COP régionale. Nous n’aurions qu’un seul regret, qu’il ne soit pas arrivé déjà depuis plusieurs années. Notre Région se caractérise par une position de leadership pour le tourisme à vélo et par un retard en matière de vélo utilitaire. Les EPCI comme les Départements de notre région n’ont pas assez investi dans le vélo depuis des décennies. Cela saute aux yeux quand on observe la carte des territoires tenue à jour par l’association nationale « Vélo et Territoires » à laquelle notre Région adhère. Depuis le rapport de la regrettée Catherine Fourmond en 2007 sur les circulations douces, les écologistes appellent, suggèrent et proposent que la Région s’empare de ce sujet. Ce Plan régional pour le vélo a donc aussi une vertu d’entraînement des autres collectivités, départementales et EPCI, pour s’attaquer résolument à combler notre retard dans la concertation, la détermination et la continuité sur la durée.

Sur le cyclotourisme, on voit combien la continuité de la volonté sur le long terme est payante. Cela fait plus de vingt ans que notre région travaille à construire une  offre touristique innovante, autant dans la qualité que dans l’étendue des services, autant dans la mise en tourisme des parcours que dans la numérisation de trajets personnalisables. Vingt ans d’efforts et d’attention ont abouti à une fréquentation record en 2019 et en 2020 malgré la crise sanitaire qui a frappé le tourisme. La Loire à Vélo enregistre plus de 30 % de fréquentation en juillet alors que l’année 2019 était déjà une très bonne année. Les EPCI et les Départements, sous l’impulsion donnée par la Région, et dans le cadre du partage des compétences touristiques souhaité par le législateur, ont tous priorisé le tourisme à vélo dans leurs stratégies territoriales. Avec ce Plan régional qui arrive enfin, la Région prend ses responsabilités et, nous l’espérons, entraînera dans cette dynamique les autres collectivités du  Centre-Val de Loire.

Ce « plan régional des mobilités à vélo » arrive après l’adoption du SRADDET qui a fixé un objectif ambitieux : alors que la part modale des déplacements quotidiens à vélo est actuellement estimée à environ 3 %, la Région s’est donné l’objectif de tripler ce chiffre en six ans. Vous pouvez compter sur les élus écologistes pour voir ce développement des pratiques sur le temps long.

Pour y arriver, il faut d’abord construire l’intermodalité, à la fois des parcours et des emports, ensuite il faut équiper le territoire régional, enfin il faut le faire pour et avec les habitants, dès maintenant.

Il est vraiment essentiel à nos yeux de jouer sur la complémentarité entre le vélo et les transports en commun : la pratique sécurisée du vélo pour rejoindre une gare peut convaincre un certain nombre de nos concitoyens de renoncer à l’usage individuel de la voiture pour les trajets domicile-travail. Nous avons en tant qu’autorité organisatrice de mobilité une responsabilité particulière pour développer l’intermodalité et le réseau Rémi, c’est-à-dire les trains mais aussi les cars.

Nous convenons que l’emport du vélo à bord des trains/cars pour le quotidien ne peut pas être une solution proposée à chaque usager pour des raisons de capacité. Mais cela ne signifie pas qu’il ne faut pas prévoir des emplacements dans les trains et aussi dans les cars :

-Le service Train Vélo Loire qui existe l’été sur l’Interloire et qui rencontre un vrai succès, constitue à nos yeux un modèle qu’il conviendrait d’étendre :  étendre sur la durée et étendre en couvrant d’autres lignes ferroviaires.

-Nous nous réjouissons du fait que les trains Rémi Express, qui vont progressivement entrer en circulation en remplacement des trains Corail sur les 3 lignes Paris-Orléans-Tours, Paris-Bourges et Paris-Montargis-Nevers, offrent également une capacité d’accueil renforcé pour permettre d’accueillir jusqu’à 27 vélos par train.

-Mais il faut aussi agir sur les cars. Par le passé, nous sommes intervenus pour éviter que l’emport des vélos y soit interdit dans les règlements. Aujourd’hui, certains cars Rémi acceptent déjà les vélos, plutôt sur des destinations touristiques, et cela devra être aussi fait sur les lignes régulières.

Mais si l’emport du vélo ne peut pas être une solution pour tout le monde, alors nous devons agir pour développer les alternatives :

-Développer le stationnement vélo sécurisé dans les gares et les principaux points d’arrêts des gares : cela veut dire financer des abris sécurisés, fermés ou surveillés, mais aussi proposer des conventionnements, afin de plafonner le coût de l’abonnement annuel au stationnement vélo à 10€ lorsque celui-ci est payant, en complément d’un abonnement Rémi.

-Transporter des vélos plus compacts : avec une aide à l’acquisition de vélos pliants pour les abonnés annuels du réseau Rémi (aide de 40 % dans la limite de 200 €). Nous sommes moins convaincus par l’opportunité de soutenir aussi l’acquisition de trottinettes électriques.

Ensuite, l’investissement dans les équipements cyclables. La participation financière de la Région est déjà possible dans le cadre des CRST, mais le constat est que cette possibilité est trop peu utilisée par les territoires : cela ne représente au total que 850 000 € par an sur toute la Région, ce qui correspond au cofinancement d’une vingtaine de kilomètres et trop peu de Maisons du Vélo… Le rapport souligne cependant qu’on enregistre en 2020 une augmentation sensible : à ce jour, nous en sommes à un engagement de 1,9 million d’euros, soit 42 kilomètres. C’est pourquoi, pour changer de braquet, la Région va rendre obligatoire dans son règlement des CRST son niveau d’intervention en faveur du vélo du quotidien, pour qu’il passe à 3 millions par an, soit l’équivalent du cyclotourisme, ce qui veut dire que la Région soutiendra la création ou la restructuration de 500 kilomètres de voies cyclables sur la prochaine génération des CRST.

Mais cette multiplication par trois restera insuffisante si elle n’est pas reprise par les EPCI et les Départements. Nous appelons de nos vœux la prise en compte par les collectivités de l’impérieuse nécessité de combler le retard en matière de vélo utilitaire. Le vélo est l’affaire de tous : jusqu’à 20 km/h en espace partagé avec les voitures, jusqu’à 50 km/j par voie sécurisée derrière les voies de stationnement, au-delà, en site propre. Le tout pensé de bout en bout, en particuliers aux carrefours… Car non seulement il faut construire, mais il faut aussi corriger des aménagements dangereux, non cohérents ou inutilisables.

Enfin, l’usage du vélo doit être promu auprès de la population. Les associations des usagers du vélo réunissent des milliers d’adhérents qui ne demandent qu’à partager à plus grande échelle leur passion et leur expérience. A l‘instar de ce que nous avons établi avec les comités d’usage pour la promotion et l’amélioration des axes structurants de vélo tourisme, il conviendra d’en faire de même avec les axes structurant du vélo utilitaire, a fortiori si ces axes ont des tronçons en commun.

Un autre axe évoqué dans ce rapport concerne « les adultes de demain » : il est essentiel en effet que notre Région cherche à développer la pratique du vélo dans les lycées. Cela passe par la réalisation de garages à vélo sécurisés dans les établissements, par la mise en place d’actions en faveur du vélo en s’appuyant des associations locales, mais aussi par l’élaboration des Plans de Déplacements à l’échelle d’un lycée ou d’un groupe scolaire.

A ce titre, la Région donnera l’exemple concernant les agents de la Région, qu’ils soient dans les lycées mais aussi au siège ou encore dans les ERC. Il nous faut amplifier les actions d’encouragement à la pratique du vélo, tant pour les déplacements domicile-travail que pour les déplacements professionnels. Il existe déjà l’indemnité kilométrique vélo pour les agents venant quotidiennement à vélo, dispositif mis en place par la Région à la suite d’un vœu porté par le groupe écologiste il y a quelques années.