Portrait Gilles Deguet

POCL : le mythe de « l’accès à la grande vitesse »

Intervention de Gilles Deguet

Nous assistons à la naissance d’un nouveau concept de l’aménagement du territoire : l’accès à la grande vitesse. Hors de la grande vitesse, il n’y aurait point de salut. L’accès à la grande vitesse serait même en passe de devenir un droit de l’homme. Permettez moi de m’interroger sur cette nouvelle évidence.

En premier lieu, qui accèderait à la grande vitesse et quand ? Imagine-t-on comme durable un mode de développement dans lequel on ferait plusieurs fois par semaine une distance de plus de 100 km, alors que l’allongement de la distance domicile travail est un handicap majeur pour la réduction des gaz à effet de serre ? Le pendulaire à grande vitesse est-il soutenable ? Imagine-t-on de surcroît que le coût de tels déplacements les rendrait accessibles à tous ? Des besoins de qui parle-t-on ?

En second lieu, qu’est ce que la grande vitesse ? 200km/h vitesse atteinte par le Capitole et permise par la plupart des lignes classiques quand elles sont en bon état, ou bien plus ? Une vitesse de pointe, ou bien une vitesse moyenne ? Peut-on oublier qu’une forte vitesse moyenne ne peut être atteinte qu’en limitant les arrêts, et donc précisément en limitant l’accès à un tout petit nombre de gares ? Imagine-t-on qu’un Paris Lyon à grande vitesse s’arrêterait trois fois sur son parcours ? L’accès à la grande vitesse signifierait-il seulement l’accès à la ligne ou à la gare pour voir passer les trains ?

Enfin, comment accèderait-on à la grande vitesse ? Un des grands avantages du train est de disposer de gares qui sont situées au cœur des villes. Mais les lignes nouvelles ne passent pas au cœur des villes. A Orléans, construirait-on une troisième gare ? Les gares TGV de la ligne POCL seraient-elles raccordées aux gares classiques ? Avec quelle perte de temps ? Quel est l’intérêt d’une ligne à grande vitesse si le temps gagné est perdu dans l’accès à la gare, soit par navette, soit, pire, par voiture individuelle ?

Pour prendre un exemple, qu’est ce qui répond le mieux aux besoins des villes d’Argenton, Châteauroux et Issoudun ? Un raccordement par train à Vierzon suivi d’une navette pour rejoindre une gare TGV pour prendre l’un des deux ou trois TGV qui s’y arrêteront peut être dans 20 ans ? Ou bien une ligne Pari- Toulouse rénovée, reliée directement au centre de Paris, et donnant accès par Vierzon à une ligne Nantes Lyon elle même rénovée, et par le barreau Sud au réseau TGV Nord et Est et aux aéroports de Paris ?

Bien sûr, cela supposerait d’arrêter la détérioration des lignes, la désertification des gares, la sectorisation qyui désorganise le travail des cheminots. Mais n’est ce pas là un objectif digne d’efforts ?

Arrêtons d’alimenter des mythes, et parlons des besoins réels. Là est la vraie modernité.

Monsieur le Président, mes chers collègues, un débat public qui n’inclurait pas comme alternative au POCL la modernisation des lignes existantes serait un débat tronqué.

 

Session du 17 Février 2011
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Communication : Ligne à grande vitesse POCL