Politique régionale de santé : enjeux de prévention

Intervention d’Alix Téry-Verbe

 

Monsieur le Président, chers collègues, nous sommes toutes et tous concernés dans notre quotidien par la santé, la nôtre ou celle de nos proches. Et cela nous renvoie à de complexes questions existentielles. Les progrès des sciences et des techniques nous ont permis, avec une médecine de plus en plus pointue, de mieux soigner et de mieux lutter contre certaines maladies. Le paradoxe est que ces mêmes progrès, accaparés par une économie sans scrupule et l’obsession de croissance, ont produit une nocivité de nos environnements et de nos modes de vie.

Avec le dérèglement climatique et la perte de biodiversité, la crise sanitaire constitue un volet majeur de la crise écologique. Les principales causes de mortalité et de souffrance modernes sont dues à des maladies corrélées aux modes  de  vie  et  à l’environnement…

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) signale que les maladies infectieuses régressent depuis plusieurs décennies tandis que se développent les maladies chroniques ou non-transmissibles, les « maladies dites de  civilisation » : diabète, obésité, cancers, asthme, allergies, maladies  neurologiques,  souffrance  au  travail,  souffrance  psychique… et ce alors que  la connaissance des facteurs de risque indique que la plupart seraient évitables.

Pour les écologistes, une politique de santé au XXIème siècle ne peut plus être centrée sur le médical. Il nous faut passer d’une logique de soins à une logique de santé pensée plus en amont. Il faut agir sur les causes de nos maladies et de nos afflictions. La prévention, fondée sur la protection de l’environnement, sur l’éducation et la promotion de la santé, est une réponse à développer dans notre système de santé. Les écologistes proposent donc de repenser l’action publique sanitaire non seulement à partir de la connaissance de la maladie et de la médecine, mais en priorité à partir de la protection du bien-être et de l’amélioration de la qualité de vie. La crise de notre système de santé est structurelle et ne se résoudra pas uniquement par la mobilisation de nouvelles ressources financières en direction des soins.

J’ai l’honneur de représenter le président de la Région au sein du Groupe Régional en Santé-Environnement (GRSE). Je profite de cette intervention pour rappeler qu’il y a actuellement, et jusqu’au 31 décembre, une consultation sur le troisième Plan Régional Santé-Environnement (PRSE 3), en vue d’une approbation en début d’année 2017. En région Centre-Val de Loire, l’expérience des deux premiers PRSE montre que, pour répondre aux problématiques sanitaires et environnementales locales, l’implication des collectivités et des associations est indispensable.

Le PRSE a le mérite d’exister, mais au-delà, c’est un changement de société que nous devons prescrire !   Car réduire les inégalités sociales de santé, cela suppose à la vérité de s’attaquer aux causes profondes qui touchent inégalement les habitants de notre région.

Si l’on veut aborder sérieusement la santé par le biais environnemental, il faut aussi être conscient des obstacles qui existent, et notamment des lobbies qui agissent pour préserver des intérêts financiers au détriment de la santé publique, comme :

-le lobby de l’industrie pharmaceutique (cf. l’affaire du Mediator) ;

-le lobby de l’industrie agro-alimentaire qui est à l’origine d’une alimentation trop grasse, trop salée, trop sucrée, avec trop d’additifs pour masquer et uniformiser le goût ;

-le lobby de l’industrie des pesticides (qui asservissent les agriculteurs en leur imposant un usage excessif de pesticides sans se préoccuper ni de la santé de ceux qui sont chargés de les épandre, ni de la santé des consommateurs, ni de la qualité des nappes phréatiques, ni de celle de l’air).

Je tiens à souligner aussi la tribune, signée par une centaine de scientifiques réputés, parue dans Le Monde daté du 30 novembre, concernant les dangers des perturbateurs endocriniens et pointant du doigt le retard de Bruxelles à sévir et à réguler l’utilisation de ces produits, qui pourraient être considérés comme de véritables poisons pour la santé.

Heureusement, il y a aussi, face aux lobbies, des mobilisations citoyennes comme celle du mouvement « Génération Cobayes, non merci ! », ce collectif d’individus et d’associations réunis autour d’un Appel de la jeunesse depuis 2009 « parce qu’on ne peut pas vivre en bonne santé sur une planète malade ».

En définitive, si le groupe écologiste partage l’ambition régionale présentée dans cette communication d’agir avec les leviers qui sont les nôtres contre la désertification médicale et plus généralement contre les inégalités de santé, nous insistons pour qu’on essaie de ne plus raisonner par catégories séparées. De même que les politiques de biodiversité ou les politiques climatiques traversent tous les champs de la politique publique, la politique de santé a des implications dans toutes les autres politiques.

Car avoir une ambition en matière de santé, c’est aussi veiller à la qualité de l’air. Lig’Air, dont la Région est le principal financeur, donne l’alerte lors des dépassements de seuils du taux de particules dans l’air ou de la concentration d’oxydes d’azote également dangereux pour les voies respiratoires, comme lors des épisodes de ces derniers jours. Mais l’impact sanitaire prépondérant est attribuable à l’exposition répétée à des niveaux modérés, et non aux pics de pollution. C’est donc à nous tous qu’il revient de faire baisser ces taux, en particulier en diminuant la circulation des poids lourds qui sont les plus gros producteurs. La diminution des transports inutiles, le transfert vers le rail, ne sont pas seulement des objectifs climatiques. Ce sont des impératifs de santé publique.

Avoir une ambition en matière de santé, c’est travailler aussi sur la qualité de l’air intérieur, étant entendu que nous passons l’essentiel de notre vie dans des espaces clos. De nombreuses substances et agents sont présents dans ces environnements intérieurs dont certains peuvent être cancérogènes et causer potentiellement des pathologies du système respiratoire.

Avoir une ambition en matière de santé, c’est veiller également à la qualité de notre alimentation en favorisant des aliments non transformés,  issus de l’agriculture biologique et de proximité.

Avoir une ambition en matière de santé, c’est encore veiller au principe de précaution, dans le cadre notamment du développement technologique, en n’occultant pas par exemple les risques dans le cadre du développement numérique de la nocivité de cumul des ondes et en favorisant au maximum les techniques qui s’avèrent moins dangereuse comme les réseaux filaires.

Avoir une ambition en matière de santé, c’est aussi préserver  la qualité de l’eau et des systèmes aquatiques, soutenir des projets « zéro phyto », refuser les OGM, avoir une politique de prévention des déchets dangereux, développer les énergies renouvelables pour entamer la transition sans nucléaire, développer les mobilités douces et encourager les pratiques sportives pour enrayer la sédentarisation des populations, c’est avoir une politique de développement économique qui limite l’utilisation de produits connus ou susceptibles d’avoir des effets sur la santé (perturbateurs endocriniens, nanomatériaux…), c’est élargir l’offre dans les MSP avec l’encouragement à l’intégration des médecines alternatives en compléments de la médecine traditionnelle pour permettre aux populations d’avoir le choix…

Pour conclure, permettez-moi de souligner que les systèmes de santé les moins performants sont ceux qui font le moins de prévention, qui interviennent trop tard et donc de manière plus coûteuse. Mais la prévention ce n’est donc pas seulement diagnostiquer précocement les pathologies, c’est d’abord éviter la maladie en éliminant ses causes. C’est ainsi qu’un politique de santé sera vraiment complète.

Je vous remercie.