Préparation du CPRDFOP : les priorités des écologistes

Intervention de Charles Fournier

Monsieur le président, madame la vice-présidente, cette communication relative à l’élaboration en cours du Contrat  de Plan Régional de Développement de la Formation et de l’Orientation Professionnelles (CPRDFOP) est l’occasion pour le groupe écologiste d’exprimer ses principales attentes vis-à-vis de ce document.

La formation est trop souvent limitée à débats de spécialistes. Ou alors le débat est focalisé sur telle ou telle voie d’accès, sur les besoins de l’économie qui ne trouveraient pas de réponse… Tout cela est évidement important, mais donne un horizon trop enfermé dans un utilitarisme du court terme, dont l’efficacité n’est d’ailleurs pas démontrée.

La formation porte de nombreux enjeux pour notre société, et notamment ceux de la transformation économique, sociale et écologique :

  • parce qu’elle donne à chacune et à chacun les moyens d’avoir prise sur sa propre histoire, en luttant contre les inégalités et les exclusions, en retissant le lien entre les générations,
  • parce qu’elle concrétise la capacité qu’une société donne à chaque individu de remettre en jeu son projet professionnel, de se former librement à un métier, d’acquérir des connaissances nouvelles et de pouvoir décider d’évoluer à tout moment de sa vie, et tout cela dans un cadre sécurisé,
  • parce que la formation peut accompagner la nécessaire transition écologique de notre économie.

Au-delà de la nature et de la quantité des formations à offrir, il faut aussi parler du sens que l’on veut donner à l’offre de formation en région Centre-Val de Loire, des ambitions qui doivent être les nôtres au-delà du court terme.

Le SRDEII, la SREFOP et le CPRDFOP devront pour cela nécessairement être articulés. L’élaboration du CPRDFOP vient après l’adoption du SRDEII et avant celui du SRADDET. De toute évidence, ces schémas doivent prendre sens dans leurs complémentarités et permettre une approche de la chaîne complète développement économique – emploi – formation et orientation ainsi qu’une bonne articulation de leur pilotage. Si sans doute le nom CPRDFOP n’est pas une invitation à se passionner pour le sujet (il serait utile d’en donner un), c’est pour nous un enjeu de fond, sans lequel nous ne ferons pas évoluer notre modèle de développement. Nous avons d’ores et déjà apporté des contributions par un cahier d’acteurs au SRDEII et nous avons également adressé nos contributions écrites pour ce CPRDFOP.

Sur la méthode d’élaboration

La Région, et ce dès le précédent CPRDFOP, a mis l’accent sur la nécessité de faire vivre effectivement le quadripartisme et de renforcer le dialogue social dans la construction des orientations de la formation tout au long de la vie en région. Sans nul doute, cette nouvelle élaboration est encore plus le fruit de ce quadripartisme et c’est une bonne chose. Pour autant, l’effort doit être poursuivi pour que l’implication de chaque composante puisse se faire sur les mêmes bases.

La nouveauté, et qui est à approfondir, c’est d’avoir voulu ici associer des citoyens à son élaboration et d’avoir engagé un dialogue direct avec les acteurs au travers des cordées de l’emploi dans les territoires. Sur la participation des citoyens, la mise en place de panels est évidement de notre point vue un choix utile. Mais il ne peut prendre sens que dans la continuité, c’est le sens d’une démocratie permanente. Car si nous devons entendre les acteurs économiques sur l’efficacité de la formation, nous devons aussi entendre en continu celles et ceux qui en sont destinataires : sur les conditions de son accès, sur la qualité de la formation, sur l’intérêt même de la formation dans les parcours… Prévoir des modalités permanentes pour associer les destinataires nous semble être une voie que ce CPRDFOP devra approfondir. Mettre en place des « cordées des demandeurs d’emploi », répéter les panels à différentes étapes de la mise en œuvre, s’appuyer sur des dialogues réguliers avec les destinataires… Bref, il y a un véritable enjeu de démocratisation de la formation.

Mais venons-en à son contenu et aux priorités que les écologistes souhaitent voir inscrites dans le CPRDFOP.

1-Créer le désir de formation

La formation, ce n’est pas seulement pour mieux travailler mais aussi pour progresser, pour le plaisir d’apprendre et pour la reconnaissance, pour accompagner les habitants de la région dans leurs projets et dans leurs parcours, pour garantir à tous l’accès à un socle de compétences, pour permettre la conduite des transitions professionnelles. Il faut aussi s’attaquer aux freins encore trop nombreux : par exemple lutter encore plus fortement contre l’illettrisme (il y a urgence en particulier dans les territoires ruraux), lutter contre les discriminations souvent systémiques qui déterminent encore trop de parcours, agir sur les contraintes de mobilité, d’accès au logement, de financements…

Pour former non seulement un professionnel mais aussi un citoyen (on voit bien que la demande est aussi sur le « savoir être »), les enjeux de citoyenneté, de développement durable, d’accès à la culture doivent être intégrés dans l’offre de formation. On pourrait à ce titre envisager des modules dédiés dans l’offre de formation des demandeurs d’emploi. Proposition 1 : Une expérimentation pourrait être envisagée sur quelques formations, permettant de vérifier l’impact plus global sur l’employabilité : meilleure insertion dans les réseaux de sociabilité, travail sur les savoirs être, culture générale, mieux être individuel…

 

Il faut aussi faire de l’idée d’orientation tout au long de la vie une réalité tangible, en permettant à chacun d’avoir un rapport plus autonome à la formation. Les outils existent, il faut les rendre performants. Les parcours ne sont plus rectilignes, ils sont faits d’évolutions, de mobilités et de réorientations. Mais cela ne doit pas être subi et chacun doit reprendre du pouvoir sur ce parcours, . Le système d’information doit évoluer, être simple d’accès, renforcer les capacités individuelles  faire des choix. Pour autant, il ne remplacera pas le travail d’accompagnement ua plus près des citoyens.  Le « conseil en évolution professionnelle » doit devenir une réalité connue et accessible pour tous. Le compte personnel de formation a lui aussi un rôle à jouer, mais il y a encore un peu de chemin si l’on veut qu’il favorise vraiment la réappropriation et l’autonomie dans la construction des  parcours.

 

L’idée d’une orientation tout au long de la vie n’est as acquise, tant l’orientation est pensée d’abord pour les jeunes. Sa dimension tout au long de la vie, doit aussi se concrétiser, par exemple avec des salons de l’orientation tout au long de la vie ?

2-Prendre en compte les enjeux de compétences, l’évolution des métiers, leur image

Il faut également faciliter pour les entreprises le recours à la formation, lui redonner toute sa place et qu’elle devienne pleinement un investissement plutôt qu’une charge.

Le travail de mise en réseau des observatoires, que le GIP Alfa Centre a engagé, doit être renforcé et pensé en articulation avec l’agence Dev’Up. Il s’agit de garantir un accès à une information fiable, partagée et à une capacité à travailler la prospective dans les territoires, avec les acteurs concernés. On l’a vu lors des cordées, les données ne concordent pas systématiquement avec l’analyse directe des acteurs. C’est le dialogue qui doit permettre d’objectiver l’information, de travailler sur une prospective partagée.

Proposition 2 : Développer un appui aux fonctions RH et notamment la fonction formation pour les PME-PMI, accompagné par les acteurs régionaux identifiés sur ces compétences et les acteurs clés que sont les OPCA.

 

Les métiers doivent aussi être porteurs de sens. En partenariat avec les entreprises, il faut renforcer la connaissance des métiers, agir sur les représentations. Mais il convient également de soutenir l’offre de formation à « l’entreprendre autrement », la formation des bénévoles en lien avec le Mouvement associatif, la formation aux outils de la démocratie participative.

Un mot aussi sur le nécessaire renforcement des clauses d’insertion dans les marchés publics : obligation pour l’entreprise de réaliser une partie des heures de travail du marché par des personnes en insertion avec une offre de formation de qualité.

3-L’aménagement du territoire : le penser avec la formation

La formation, ce sont aussi des lieux de formation, des acteurs économiques irriguant nos territoires, contribuant à leur vitalité et à une possible innovation locale. Penser la transition, c’est penser des dynamiques locales dans lesquelles les acteurs de la formation peuvent jouer un rôle déterminant, si la logique de coopération prime sur la logique de marché.

Piloter des cartes de formation, ce n’est pas seulement penser l’offre globale de formation mais aussi l’égalité des territoires, une activité économique locale, des filières locales de coopération entre acteurs de la formation et de l’économie, le maintien d’une dynamique de formation suffisamment large pour donner une perspective aux jeunes dans le cadre de la formation initiale, des mutualisations intelligentes entre formation initiale et continue.

Ne minorons pas la question des lieux de formation, qui sont aussi des lieux de convergence, de coopération entre acteurs dans les territoires. Proposition 3 : Nous sommes en pleine réflexion sur les lycées du futur, mais je pense tout aussi utile de préparer les centres de formation du futur. C’est une autre proposition concrète.

 

4-La formation pour accompagner les transitions

Les enjeux climatiques et l’atteinte des limites de notre planète nous invitent à engager un virage déterminant, qui se conjuguera nécessairement avec les transitions professionnelles. Un tel virage ne pourra se prendre sans un recours à la formation pour préparer l’économie et les métiers du futur, pour penser l’usine, l’entreprise et l’entreprendre de demain. Le CPRDFOP doit donc être orienté vers la transition. Ce ne peut plus être que des mots et des intentions, il faut opérationnaliser cet aspect.

Je voudrais faire là quelques propositions pour avancer sur ce sujet :

  • prendre en compte cette transition dans l’élaboration des cartes de formation ; même si nous n’agissons pas sur les référentiels de formation, l’offre doit refléter ces besoins nouveaux : nouveau métiers et métiers « verdissants »,
  • poursuivre le développement de plateformes de formation au service de l’efficacité énergétique accessibles aux professionnels,
  • Proposition 4: créer au moins un campus des métiers orienté vers la transition  et d’intégrer cet enjeu dans les campus existants,
  • préparer « l’éco-entreprise » en développant des programmes de formation et de développement de compétences pour les entreprises engageant la conversion écologique de leurs activités et de leurs emplois ;
  • former des accompagnateurs de transition pour accompagner les entreprises : du diagnostic à l’élaboration des plans de formation ;
  • mettre en place des démarches de GPEC territoriales inscrites dans la perspective de la transition écologique de l’économie, en les accompagnant jusqu’au montage de projets.

 

Au-delà de la transition écologique, il y a aussi des enjeux liés à la révolution numérique. La formation doit aider à accompagner ces changements qui ont des impacts sur la pédagogie, sur les métiers, dans l’accès à l’information, dans une forme d’autonomisation du rapport personnel à la formation. Des fractures peuvent aussi se creuser si nous ne prenons pas en compte cet aspect du numérique en amont de l’accès à la formation.

 

Conclusion

Vous le voyez, nous sommes force de propositions, à la fois sur le cap à donner mais aussi de propositions plus opérationnelles. J’en ai formulé 4 qui pourraient contribuer à enrichir le contenu de ce futur CPRDFOP.

Une stratégie et un contrat de plan suppose que l’on se donne les moyens de mesurer l’efficacité des processus que nous engageons. Ainsi, il nous paraît nécessaire de nous doter d’un véritable tableau de bord qui permette de mesurer l’avancée qualitative et quantitative des travaux engagés, de nous appuyer sur les indicateurs utilisés par des entreprises, d’avoir un baromètre citoyen sur la formation (à construire avec le panel)…

Autour de quelques indicateurs à construire, ce tableau de bord pourrait contribuer à renforcer un pilotage plus visible, moins technique et plus démocratisée. C’est tout le paradoxe de la formation : c’est un sujet majeur mais sa complexité conduit à créer des entre soi, qu’il nous faut dépasser.

Madame la Vice-présidente, nous vous soutiendrons pour que ce contrat soit pleinement au service des transitions qui s’imposent, des femmes et des hommes et de leurs parcours et au final du progrès social et environnemental.