Préparation du SRDEII : un cap, la transition écologique !

Intervention de Charles Fournier

Le Schéma Régional de Développement Economique, d’Innovation et d’Internationalisation (SRDEII) est prévu par la loi NOTRe, laquelle confie à la Région la responsabilité exclusive de la définition des orientations en matière de développement économique sur son territoire, rôle plus étendu que celui de « chef de file » qu’elle avait jusqu’à présent. Le Conseil régional Centre-Val de Loire doit élaborer et adopter ce SRDEII avant le 31 décembre 2016.

Contrairement aux premières générations de schémas régionaux de développement économique, celui-ci sera prescriptif, ce qui signifie qu’il va s’imposer aux autres collectivités locales en matière de développement économique, et qu’il encadrera leurs interventions auprès des entreprises. Il devra aussi organiser la complémentarité entre l’action des différentes collectivités.

Quelle concertation ? Le schéma que nous adopterons en décembre ne doit pas être seulement un document à destination des seuls chefs d’entreprises, il concerne aussi les salariés, les partenaires sociaux, plus généralement tous les acteurs du territoire. Le développement économique ne peut pas être une fin en soi.

Nous saluons l’engagement très fort de notre Région dans une intense démarche de concertation, dans une construction collective de ce schéma, indiquant en cela sa volonté de s’inscrire encore plus dans une perspective de coopération, d’une démocratie permanente, donnant toute sa place aux acteurs économiques, aux territoires et nous le souhaitons ardemment au-delà les femmes et les hommes de notre région, chacun étant un acteur économique, salarié, consommateur, créateur potentiel d’activités. L’exercice est complexe mais, en ces temps de mutations, placer l’humain au cœur du modèle de développement que nous construisons, ne pourra se faire sans que chacun y trouve sa place.

Ce schéma, s’il se doit d’être opérationnel, s’il se doit d’être intelligible, doit aussi et  surtout fixer un cap, une boussole pour construire l’avenir. Et cet avenir ne pourra être le seul ajustement timide de notre modèle actuel, il doit répondre aux urgences actuelles tout en redonnant de l’espérance. Pour faire émerger un modèle de développement viable et qui intègre cette réalité, ce ne sont plus les symptômes qu’il faut soulager mais bien les causes qu’il faut traiter par des solutions à long terme.

Pour notre groupe, le cap c’est celui de la transition écologique de toute l’économie et non pas seulement une touche de verdissement ici ou là. Non, tout n’est pas compatible. Non, tout ne se réconcilie pas. Non, nous ne pourrons pas compter que sur le progrès technologique ou sur le tout numérique pour nous sauver, si nous n’amorçons pas aujourd’hui un virage, un virage maîtrisé.

La planète brûle ! Le modèle de développement sur lequel nous avons cru pouvoir fonder notre prospérité est aujourd’hui dépassé, comme nous le montrent tout à la fois la raréfaction des énergies fossiles, le réchauffement climatique, la dégradation de la biodiversité, l’accumulation de rejets polluants, mais aussi simultanément des problèmes de santé liés à notre mode de vie, l’enracinement du chômage, le développement des précarités, la hausse des inégalités, la persistance de la pauvreté au sein même des sociétés d’abondance.

La transition, ce n’est pas qu’un slogan, auquel d’ailleurs tout le monde semble vouloir souscrire !

C’est la mutation de l’appareil productif, en allant vers des productions et des modes de production qui répondent aux impératifs contemporains : qualité et soutenabilité des productions, réduction des empreintes écologiques, créations d’emploi durable, progrès social et démocratique… Activités de demain à préparer : y compris les industries moteurs de notre région : pharmacie, caoutchouc, mais aussi celles liées aux énergies renouvelables, par exemple pour préparer le renouvellement du parc éolien.

C’est l’écologie industrielle, c’est-à-dire un mode d’organisation industrielle ou, à l’échelle d’un territoire, plusieurs opérateurs économiques optimisent l’utilisation des ressources (notamment la matière et l’énergie) dans une logique collective de mutualisation et d’échange. Elle se base sur l’analyse de l’ensemble des flux d’un territoire pour mettre en place des actions de réduction des impacts environnementaux.

C’est une relocalisation de l’économie. L’économie de proximité représente une part importante des acteurs économiques et des emplois régionaux. Le caractère non délocalisable de ses activités comme de ses emplois en fait un levier essentiel pour rendre l’économie pérenne, résiliente et soutenable. L’enjeu d’une économie locale forte permet un équilibre territorial émancipé de tout phénomène de « métropolisation ». Il s’agit de construire des territoires ruraux qui valorisent leurs atouts et défendent un art de vivre.

C’est favoriser l’émergence d’alternatives économiques, de nouveaux modes d’entreprendre, , basés sur des principes de coopération et de mutualisation. Je pense à l’économie sociale et solidaire, à l’économie collaborative, ce concept économique qui peut prendre différentes formes (économie du partage, économie de la fonctionnalité, etc.) et qui répond notamment au désir qu’ont nos concitoyens de pratiques plus écologiques et de relations sociales plus conviviales.

C’est une transition vers un modèle résilient, créateur d’emplois, respectueux de la planète, capable de s’adapter au changement climatique. Là encore, nous n’opposons pas mais nous savons qu’un modèle écrase le second, le fragilise. Entraîner les grandes cultures dans ce chemin de la transition.

La transformation peut être accompagnée par le numérique. Allier numérique et transition énergétique s’inscrit dans l’idée d’un dépassement de l’utilisation des énergies carbonée ou nucléaire pour aller vers une production électrique issue des renouvelables, en s’appuyant sur une production décentralisée, des bâtiments producteurs d’énergie, un système de stockage d’énergie, des transports individuels propres. Elle peut accompagner les processus collaboratifs et l’évolution des modèles de gouvernance…encourager de nouvelles formes de travail…Toutefois le numérique reste un outil dont le développement doit être optimisé dans une recherche de sobriété, en intégrant fortement deux dimensions primordiales : la protection et la sécurisation des données. Ne pas oublier les enjeu environnementaux du numérique.

La transition écologique est aussi sociale, car l’économie repose sur les femmes et les hommes. Egalité, qualité de vie au travail, conditions de travail, évolution des modes de gouvernance des entreprises… Le monde de l’entreprise n’est pas déconnecté des tendances de fond de la société. Le modèle d’entreprise et les relations sociales inhérentes sont confrontés à des questionnements profonds : quête de sens et de valeurs liés aux activités, intégration plus forte des processus de codécision voire d’auto-direction, mutations du travail dans un univers économique plus ouvert et diversifié. Les entreprises, tout comme l’ensemble de la société, sont confrontées à une troisième vague d’automatisation reposant sur la robotisation ainsi que sur l’omniprésence du « big data » et son armée d’algorithmes. Il faut repenser globalement la relation au travail, au salariat, aux gains de productivité et à la stratégie dominante d’hyper flexibilité. Et dans un contexte de raréfaction grandissante des ressources, il faut repenser le rapport à la productivité.

Enfin la transition passe par la formation : il nous faut préparer les métiers de demain, des métiers qui font sens, qui répondent aux aspirations tant celles des habitants que celles que nécessitent la transition.

Je pourrais continuer à dessiner ainsi la transformation écologique que nous vous proposons, mais je n’en aurai pas le temps. Estelle COCHARD et Christelle de CREMIERS auront tout à l’heure l’occasion de revenir sur plusieurs aspects. Et dans la deuxième partie, Michelle RIVET abordera la question de l’organisation et de la gouvernance.

Pour conclure, je voudrais mettre trois autres sujets à inscrire au débat :

L’internationalisation : derrière le développement des capacités exportatrices des PME du Centre-Val de Loire, l’internationalisation peut aussi conduire à ce qu’elles développent des filiales à l’étranger, d’abord de commercialisation, puis des établissements de production pouvant conduire à la délocalisation d’activités et à la suppression des emplois sur nos territoires. Il ne serait pas acceptable qu’un tel processus puisse être engagé avec le soutien financier de la Région. Il convient aussi d’interroger l’impact qu’ont nos choix économiques sur d’autres régions du monde. Tout développement des exportations n’est pas bon à prendre en soi simplement parce qu’il permettrait de créer des emplois. Sur les déchets, sur le bois, il serait beaucoup plus créateur d’emplois dans ces secteurs d’exporter moins de produits bruts et de les transformer sur place. L’internationalisation doit plutôt s’inscrire dans les relations de territoire à territoire, portant de manière coopérative les enjeux mondiaux auxquels nous sommes confrontés et accompagner la transition vers un modèle soutenable (enjeux énergétiques, souveraineté alimentaire, raréfaction matières premières, …). Elle doit s’appuyer, au-delà des capacités à l’export, sur le développement d’une culture commune de la coopération (exemple : Cercle Maghreb).

-Quel modèle de développement économique pour les territoires ruraux ? Ce doit être un modèle endogène, une nouvelle relation à inventer avec les villes, un modèle qui s’appuie sur l’agriculture, sur l’ESS, sur les commerces maintenus, des activités de transformations locales…

-Quel mécanisme pour les aides économiques ? Les aides régionales apportées au développement économique doivent se donner comme ambition d’inscrire la transition écologique au cœur des stratégies des entreprises. A travers les leviers dont dispose la Région, les objectifs doivent consister : à s’assurer de l’efficience des aides économiques directes au regard de l’effet de levier induit, tout en évitant les effets d’aubaine ; à contribuer à l’émergence de modèles économiques alternatifs, en organisant et en valorisant des initiatives collectives. Mais au-delà c’est l’incitation, l’accompagnement : l’agence, les réseaux d’acteurs, les outils collectifs sectorisés : les pôles de compétitivité, les clusters et un pôle territorial de coopération économique (PTCE). Ces groupements contribuent globalement à améliorer la compétitivité, la mutualisation, de la promotion, l’innovation et la mise en réseau. Ils constituent des leviers primordiaux pour accompagner et opérer la transition écologique au sein des différents secteurs d’activités régionaux.

Il y a des signaux forts, toutes les contributions ou presque portent cette idée de la transition comme enjeu majeur du modèle à construire. Il y a encore quelques années, l’évocation même de cette idée nous aurait valu toutes les critiques les plus acerbes. Nous nous réjouissons de cette évolution, mais nous savons aussi que ce qui comptera c’est la cohérence de l’action. A ce stade, les signaux du climat et de notre planète restent quand à eux au rouge.