Portrait Sandra Renda

Présence territoriale des services de santé : la santé au travail

Intervention de Sandra Renda.

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

La santé au travail n’est pas une question individuelle mais collective.

La souffrance au travail est une réalité et cette souffrance qui a de graves conséquences sur la santé, naît très souvent de difficultés dans l’organisation du travail.

Les relations entre santé et environnement doivent être considérées comme des enjeux de société, dont les porteurs sont les citoyens et les institutions qui les représentent, et non les acteurs économiques. 

La valorisation de la recherche ne doit pas se limiter à l’obtention de résultats attendus par les entreprises et à l’acquisition de brevets.

La recherche santé-environnement et santé-travail produit des outils de surveillance et de prévoyance.

Le stress peut conduire à un épuisement, voire dans les cas les plus graves au suicide.

Un phénomène difficilement quantifiable même si l’on évoque 300 à 400 suicides par an liés à des raisons professionnelles.

Il est temps de se pencher sur la question de la souffrance au travail.

De grandes entreprises Renault, PSA, La Poste ont créé des « observatoires du stress » et des numéros verts de soutien psychologique. 
Mais ces mesures sont discutables si elles ne s’intègrent pas à une politique de prévention.

Il faudrait plutôt remettre en cause les facteurs de stress qui sont la précarisation des emplois, l’intensification du travail et la complexification de l’organisation des entreprises.

La lutte pour la santé au travail est inséparable de la lutte contre la précarisation au travail (ex des centres d’appels).

Les questions de santé au travail posent avec force la question de la démocratie au travail : « Ne pas perdre sa vie en la gagnant » suppose que l’on puisse s’exprimer ou participer à l’amélioration des conditions de travail, ce qui dans les textes est possible mais beaucoup moins évident sur le terrain. 

L’OCDE n’hésite pas à qualifier la santé mentale de « nouveau défi prioritaire pour le marché du travail ». Le stress au travail c’est de la qualité et de la productivité en moins donc du chiffre d’affaires perdu. A un moment où chacun cherche du point de croissance afin de relancer l’activité et de réduire ce cancer social qu’est le chômage voilà un levier sur lequel il faut agir sans investir le moindre euro.

On commence enfin à s’apercevoir des dégâts d’une gestion par le stress qui ne se traduit pas dans sa gravité que par des suicides au travail. 

La question du travail constitue avec la « relocalisation » l’axe principal d’une véritable politique écologiste.

Le rôle des médecins du travail devrait être accentué. 

Or, sur les 6 premières années d’étude de médecine, seules 9 heures sont consacrées en moyenne à la médecine et santé au travail.

Il n’est donc pas étonnant que cette discipline soit méconnue des étudiants, ce qui ne favorise pas une orientation vers la médecine du travail. 
Pourtant, la santé du travail est une branche de la santé publique et les professionnels de santé au travail devraient être systématiquement associés à la mise en œuvre des réseaux de veille sanitaire.

L’inscription de la médecine du travail dans des démarches de professionnalisation comparables à celles menées par la médecine des soins est de nature à rendre plus attractive cette profession auprès des étudiants. L’idée serait peut-être d’organiser régionalement des « Etats Généraux » de la santé au Travail.

Mais en même temps la médecine du travail, vous le savez, est un outil crée et contrôlé par les chefs d’entreprise ce qui parfois peut aboutir à des initiatives arrangeantes pour l’un donc néfaste pour les salariés. Imaginez que le spécialiste de la médecine du travail, au vu des arrêts nombreux et répétitifs, préconise des améliorations ergonomiques dans un atelier pour réduire voire supprimer un mal être. Cette proposition nécessitera des investissements. Les trésoreries des entreprises étant limitées, au moins pour ce type de dépenses, on continuera à produire tout en sachant que la richesse générée aura un impact certain sur les salariés. La médecine du travail est confrontée à ce genre de dilemme au quotidien. 

L’image de la médecine du travail ne peut être durablement modifiée, dans le cadre d’un plan de communication, que par des actions de communication institutionnelle initiées par les pouvoirs publics et les professionnels. 

Enfin et la boucle sera bouclée lorsque l’on se rend compte que le consommateur malade est aussi un salarié impliqué dans une production qui le rend malade. Ceux-là même qui nous nourrissent sont les premières victimes d’une agriculture productiviste les contraignant à utiliser des produits phytosanitaires nocifs pour leur santé et leur sécurité. 
A partir de décembre prochain, la maladie de parkinson pourra être reconnue comme maladie professionnelle chez les agriculteurs.
Entre 2002 et 2010, la MSA a recensé 80 cas de cancers reconnus comme maladie professionnelle.
A ce jour, la France est le plus gros utilisateur européen de pesticides et se classe même en deuxième position mondiale après les Etats-Unis 

La commission supérieure des maladies professionnelles en agriculture (Cosmap) a donné son accord pour la création d’un nouveau tableau portant sur les « maladies neurodégénératives liées aux produits phytosanitaires ».

Cette avancée importante ouvre le nécessaire et urgent débat sur les conséquences de l’usage des produits chimiques et agents cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques sur la santé des paysans. 

Face à notre souci de manger sain et bio, il ne faut pas oublier que les premiers exposés aux pesticides pulvérisés dans les champs sont les paysans et tous ceux qui sont sur le terrain : salariés agricoles, saisonniers, petits exploitants, résidents en lisière d’exploitations, écoles, entreprises, communes rurales…

Leurs employeurs se sentent beaucoup moins concernés n’étant pas en contact direct avec les produits utilisés lors de leur introduction dans la nature. 

D’ailleurs, le syndicat qui les représente le mieux, la FNSEA a voté contre la création de ce tableau…En effet, pourquoi mettre au grand jour ce que chacun sait en le taisant. Et pourquoi se taisent-ils ? Les enjeux économiques, la pression des coopératives ou des systèmes de distribution sont trop grands.

Monsieur Beulin n’a t-il pas annoncé sur RTL le 21 janvier 2011 dernier que le cas de Yannick Chenet, un agriculteur décédé quelques jours avant d’une leucémie due au pesticides était un cas isolé ? Ce commentaire fallacieux est le premier argument évoqué dans une entreprise après un coup de folie ou un suicide de salarié. D’abord l’employeur essaie de reporter le problème sur des problèmes familiaux de la victime. L’enfer est au dehors du contexte incriminé et dans incriminé j’entends parfois le mot crime… 

Et que les dispositifs d’épidémie surveillance étaient performants en France rajoute Monsieur Beulin ?! Mais bien sûr ! Dormez tranquilles braves gens nous assurons ! C’est ce que disait l’agence du médicament avec le médiator qui, on le sait maintenant a gravement altéré la santé de milliers de patients. Voulez-vous couvrir une nouvelle bombe sanitaire, après celle de l’amiante dont on nous disait que du bien ?

Les certitudes de Monsieur Beulin tranchent avec la réalité quotidienne des utilisateurs de pesticides, qui se plaignent régulièrement, et plus en plus, de diverses affections chroniques ou persistantes. Parmi les symptômes recensés par Phyt’attitude, le réseau de surveillance toxicologique de la MSA, qui fonctionne depuis une dizaine d’années, on note : des symptômes cutanés (démangeaisons et brûlures), digestifs (nausées, vomissements, douleurs abdominales), neuromusculaires (maux de tête, vertiges ou fourmillements) et ophtalmologiques. Si les données épidémiologiques manquent en France, on sait aujourd’hui, grâce à des études réalisées ailleurs dans le monde (et notamment aux Etats-Unis), que les pesticides peuvent causer des maux plus graves encore. Notamment des cancers, des troubles de la reproduction (infertilité, malformations, enfants mort-nés, fausses couches) ou risques neurologiques (comme la maladie de Parkinson).

Rendons hommage à Yannick Chenet, ce viticulteur Charentais victime de pesticides est décédé après s’être battu pendant 8 ans contre la maladie.

Sa détermination lui a permis de faire admettre le caractère professionnel de cette maladie liée à l’utilisation des pesticides. 

Pour le moment, sur le million d’agriculteurs et salariés agricoles français dont la majorité utilise des pesticides, ils ne sont qu’une trentaine à avoir obtenu la reconnaissance de la maladie professionnelle.

Alors la santé des agriculteurs, ça commence à bien faire ? 

Dès demain, quand vous achèterez votre pain, produit avec du blé de la Région Centre, ou lorsque vous consommerez 5 fruits par jour pour que votre santé soit bonne, posez-vous cette question : est-ce que le prix que je paie pour ces produits issus de l’agriculture industrielle valent le prix de la santé de ceux qui les ont produits ?

Nous écologistes, nous disons NON ! Et je sais que vous tous êtes d’accord en dehors de toute considération politique. On travaille pour vivre, on ne travaille pas pour que d’autres vivent de notre disparition et s’en portent bien !