Portrait Jean Delavergne

Présence territoriale des services de santé : l’écologie c’est la santé

Intervention de Jean Delavergne.

La question de la santé est au cœur des problématiques des écologistes. Contrairement aux affirmations de certains plumitifs à la mode… selon lesquelles nous, les écologistes, nous intéresserions plus aux petits oiseaux qu’à l’homme, si nous plaçons en tête de nos préoccupations l’environnement qu’il soit l’environnement naturel mais aussi l’environnement au travail ou encore l’habitat et l’urbanisme c’est justement parce que nous savons qu’il s’agit là des conditions qui déterminent la bonne santé et le bien être des hommes, des femmes et des enfants d’aujourd’hui ainsi que celles des générations futures. 

Aujourd’hui, une réelle politique d’éducation et de prévention,  de santé environnementale et au travail constituent avec la politique de soins, le trépied d’une politique efficace au service de l’intérêt général. 

Il faut bien évidemment s’intéresser à tout ce qui touche au dépistage des maladies et aux soins et donc à l’offre de santé. Saadika Harchi y reviendra de façon détaillée au début de la session du CR, qui sera ouverte, bien tard à notre avis, à l’issue de cette rencontre avec le CESER et des experts. Disons déjà qu’il ne faut pas réduire cette question de l’offre de soins à celles des médecins même si nous sommes parfaitement d’accord sur la gravité de cette question. 

Mais nous sommes pour l’instant dans un échange de points de vue sur la santé en région Centre, je vais consacrer une bonne partie de mon intervention aux graves insuffisances du PSR en ce qui concerne la santé environnementale et la santé au travail. 

Avant cela il faut rappeler tout de même dans quel contexte national s’inscrit ce débat sur la santé. 

1°) le contexte national 
Il y a quelques jours, M le directeur de l’agence régionale de santé, représentant direct du gouvernement en matière de santé dans la région, vous veniez confirmer devant le conseil général de l’Indre le projet de fermeture du service de maternité de l’hôpital du Blanc. Cette décision se fonde sur des objectifs de rentabilité qui caractérisent l’ensemble de l’action gouvernementale. Il s’agit d’une nouvelle étape dans la remise en cause généralisée des services publics de proximité, à laquelle les écologistes sont fermement opposés. 

Il faut rappeler d’abord les succès remportés par l’Etat-Providence depuis 1945 en termes de santé. Cela peut-être mesuré par un seul chiffre : L’espérance de vie était de moins de 70 ans en 1960 (69,9) elle est aujourd’hui de plus de 80 ans aujourd’hui (81,1 en 2009). 

Le système de santé français a souvent été cité en exemple et il y a seulement dix ans, l’Organisation mondiale de la santé le plaçait au premier rang mondial ! 

Ces succès ont été obtenus dans le cadre d’un système de sécurité sociale et de mutuelles hautement socialisées. Et il faut rappeler sans cesse que grâce à ce système nous avons obtenu des résultats nettement supérieurs à ceux d’un pays ultralibéral comme les USA pour un coût inférieur : les dépenses de santé représentaient 15% du PIB B aux USA en 2004 contre seulement 10% en France. 

Mais ces 10% du PIB qui échappent en grande partie au capitalisme financier suscitent bien des convoitises dans notre pays. 

C’est ce qui explique que comme dans d’autres domaines, le président Sarkozy n’a eu de cesse de faire porter le financement des services publics de santé par  les usagers. On connaît les résultats : après 10 ans de gouvernements de droite, en matière de politique de santé, le bilan est aujourd’hui préoccupant. L’instauration des franchises médicales en 2008, l’augmentation de la participation des complémentaires santé au financement de la CMU, les dépassements de plus en plus fréquents d’honoraires,… pèsent sur les usagers les plus modestes et les personnes les plus malades. Ce sont les plus pauvres qui trinquent et les inégalités se creusent

La loi « Hopital Patient Santé et Territoire», adoptée en 2009, a fait entrer les dépenses de santé dans la logique de marché. Elle conduit à privilégier pour l’hôpital les critères de rentabilité financière au détriment des malades « non rentables » et de ses missions de service public. 

La logique est claire : c’est celle d’une privatisation croissante de la santé remettant en cause les progrès de civilisation réalisés depuis la deuxième mondiale. Et 2012 doit nous donner la possibilité de mettre un coup d’arrêt à cette entreprise de désagrégation de notre système de santé. 

2°) PASSER D’UNE LOGIQUE DE SOINS A UNE LOGIQUE DE SANTE 
Cela veut-il dire pour autant qu’il suffirait de poursuivre dans la voie ouverte par la création de la sécurité sociale en 1945 ? Qu’il n’y aurait pas de nouveaux enjeux ? 

En fait la question de la santé dépasse celle de l’organisation des services publics. Il est nécessaire de repenser non seulement notre offre de soin et le soutien aux filières du prendre soin, mais aussi leur inscription dans un mode de vie à renouveler et dans un environnement à protéger. 

Aujourd’hui , les principales causes de mortalité et de souffrances modernes sont dues à des maladies de civilisation : cancers, maladies cardiovasculaires, asthme, diabètes, allergies, dépressions, alcoolisme… 

Selon l’Organisation mondiale de la santé, ces maladies de civilisation sont responsables de 86 % des décès et représentent 77 % des cas de maladies en Europe. Autant dire que leur impact sur notre célèbre “trou de la Sécu” n’est pas négligeable, voire augmente. 

Rappelons tout de même que dans la plupart des pays développés le poids des dépenses de santé par rapport au PIB a pratiquement doublé des années 1970 aux années 2000. : en France 1970 >5% ; 2004 > 10% . 

Notre santé coûte cher et c’est bien normal : la santé est un bien précieux. 
Mais il y a d’autres façons d’aborder cette question qui ne sont pas assez mises en évidence. 
Pour les écologistes la solution n’est pas seulement dans le curatif elle doit être d’abord dans la prévention. 

Beaucoup de problèmes de santé sont liés aux pollutions de l’environnement, à nos modes de vie et à la mauvaise qualité des relations entre les humains, qui génèrent stress et mal-être.Nous avons donc des marges de manœuvre ! Il faut agir sur les causes de nos maladies et de nos afflictions. La prévention, fondée sur la protection de l’environnement, sur l’éducation et la promotion de la santé, est une réponse à développer dans notre système de santé. 

Les écologistes proposent donc de repenser l’action publique sanitaire à partir de la maladie et de la médecine, mais aussi à partir de la protection du bien-être et de l’amélioration de la qualité de vie. La crise de notre système de santé est structurelle et ne se résoudra pas uniquement par la mobilisation de nouvelles ressources financières.

Plus que des traitements thérapeutiques, c’est un changement de société que nous devons prescrire. Une telle approche permettra en outre de réduire les inégalités sociales de santé en s’attaquant aux causes profondes qui touchent inégalement les habitants de notre région. Est-il encore acceptable qu’en moyenne les ouvriers aient plus de 6 années d’espérance de vie de moins que les cadres ? (2000-2008 : espérance de vie à 35 ans pour les hommes ouvriers 40.2, cadres 47.2) Il n’est pas non plus acceptable que nous devions constater une mortalité générale et prématurée, plus marquée dans les territoires du Cher et de l’Indre, ainsi que dans les cantons du nord-ouest de l’Eure et Loir que dans le reste de la région. Il faut le répéter ce sont les plus modestes qui souffrent le plus de la dégradation de notre environnement que ce soit au travail ou dans le reste de notre vie : qualité de l’eau, de l’air, de l’habitat… Les constats de différences territoriales de mortalité mettent en lumière les inégalités sociales de santé car ils demeurent étroitement liée à la structure socio-démographique de ces mêmes territoires (part d’ouvriers, de cadres, de bénéficiaires de minimas sociaux, etc). 

Si l’on veut aborder sérieusement la santé par ce biais environnemental il faut cependant bien être conscient des obstacles qui existent. Ces obstacles portent un nom : il s’agit des lobbys de toutes sortes qui agissent pour préserver des intérêts financiers au détriment de la santé publique. 

Il y a d’abord les lobbys de l’industrie pharmaceutique. Avec les affaires du Mediator et celles des implants mammaires est-il bien nécessaire de rappeler ici les graves insuffisances des organismes publics de contrôle, de la nécessité de les développer et de les rendre beaucoup plus indépendants ? 

Mais il y a aussi tous les lobbys qui agissent dans le domaine de l’alimentation : l’industrie du sucre par exemple ou encore celle des sodas. Le sucre est partout, favorisant en même temps l’obésité et, quelques années plus tard la propension au diabète de l’adulte. Et on a bien vu comment Coca-Cola France par exemple a pu devenir très menaçant quand le gouvernement a tenté de justifier sa taxe sur les sodas par la lutte contre les boissons trop sucrées. 

Dans une région comme la notre on connait aussi le poids du lobby nucléaire bien représenté y compris sur les bancs de cette assemblée et cela explique sans doute pourquoi l’analyse du risque nucléaire pour la santé en région centre est évoqué de façon si sibylline dans le document de l’ARS, alors même qu’au moins depuis Fukushima chacun devrait avoir bien compris qu’un accident nucléaire majeur, dont l’ASN a confirmé que la probabilité ne pouvait être considérée comme nulle, aurait des conséquences graves au moins pour plusieurs départements selon qu’il surviendrait dans une des 4 centrales réparties au long de la Loire ou dans celle de Civaux non citée dans le document alors qu’elle est à moins de 50 kms de l’Indre.

Enfin dans notre région aussi comment ne pas évoquer le poids du lobby de l’agro-business ? Dans le domaine des pesticides, par exemple nous connaissons bien les très puissants lobbies qui asservissent les agriculteurs en leur imposant un usage excessif de pesticides sans se préoccuper ni de la santé de ceux qui sont chargés de les épandre, ni de la santé des consommateurs, ni de la qualité des nappes phréatiques, ni de celle de l’air. Des lois sont votées mais, encore une fois, elles font figure de poudre de perlimpinpin face au poids des lobbies. 

Vous le voyez, mesdames et messieurs, une politique de prévention bien comprise, incluant non seulement des conseils d’hygiène de vie (alimentation, alcool, tabac,…) mais aussi une lutte acharnée contre ces lobbies de toutes sortes qui se foutent de notre santé permettrait d’économiser des dizaines et des dizaines de milliards d’euros. 

Pour réagir, Eva Joly, dans son programme, propose d’augmenter fortement la taxe sur les pesticides ou encore de tripler l’effort financier que le gouvernement demande à l’industrie pharmaceutique.  

En somme, la santé ne pourra être maintenue et améliorée, sans faire exploser le budget de la sécurité sociale, que par la mise en place d’une véritable politique de prévention et de réduction des risques auxquels nous sommes exposés au quotidien. 

3°) Amendements 
C’est à la lumière de cette vision globale de la santé que nous proposerons un certain nombre d’amendements tout à l’heure en session plénière du Conseil Régional, session dont nous regrettons d’ailleurs l’heure tardive de son ouverture. 

Les amendements les plus nombreux porteront sur l’avis sur le PSR présenté par l’ARS. 

Sur la partie concernant l’offre de soins nous reprenons à notre compte la plupart des réserves formulées dans l’avis qui nous est soumis dans le rapport. 

Nous proposerons cependant un amendement sur la santé mentale considérant indispensable de remédier à la grande pénurie de moyens de ce secteur en particulier en direction des jeunes. 

Nous demanderons aussi que la partie prévention et en particulier tout ce qui touche à la santé environnementale soit beaucoup plus développée.
Nous demanderons aussi que soient engagées par l’Etat au niveau de la région des études épidémiologiques sur deux séries de problèmes caractéristiques de la région : 
– d’une part sur les conséquences pour la santé humaine de l’exposition élevée aux nitrates et pesticides particulièrement dans la Beauce et la Champagne Berrichonne 
– d’autre part sur l’impact sanitaire de l’activité des réacteurs nucléaires dans l’environnement immédiat de ces centrales : il s’agirait en particulier d’approfondir les rares études sur la leucémie des enfants. 

Nous demanderons aussi que soit élargi à l’ensemble de la région les plans d’intervention en cas de catastrophe nucléaire considérant assez dérisoires les mesures envisagées jusqu’ici qui limitent le confinement aux personnes vivant dans un rayon de 10 kms et l’évacuation seulement à celles vivant dans les 2 kms autour de la centrale. En attendant qu’on puisse fermer ces centrales il serait plus que temps de tirer des leçons sérieuses de Fukushima et de ce qu’il convient de faire pour protéger au mieux les populations en cas de catastrophe. 

Pour ce qui concerne maintenant le plan-santé du conseil régional, nous nous réjouissons de voir la place occupée par la prise en compte de la santé environnementale à travers l’ensemble des politiques régionales actées en particulier récemment dans le SRADDT. 

Mais nous souhaiterons aussi que la question de la santé au travail soit plus prise en compte dans les conditionnalités des aides économiques en ciblant notamment les risques CMR ( Cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques) trop sous-évalués jusqu’ici ainsi que le stress et la souffrance au travail provoquées par des formes de management de plus en plus insupportables. 

Enfin en ce qui concerne l’offre de soins nous insistons sur l’exigence de véritables projets de santé de territoire pour la création des Maisons de Santé Pluridisciplinaires : il est facile d’inaugurer de beaux bâtiments mais plus difficile de faire en sorte que ce ne soit pas des coquilles vides ! 

Nous affirmerons pour finir – mais cela est pour nous essentiel- qu’à côté des efforts indispensables à mettre en œuvre pour réagir contre la désertification médicale il est aussi essentiel de développer notre intervention dans un domaine de notre compétence directe : celui de la formation des infirmiers. Saadika Harchi montrera que l’effort proposé à la Région par le rapport, pour notable qu’il soit, ne permettrait pas de corriger le très fort déficit d’infirmiers dans notre région nous proposerons donc de passer à 500 l’augmentation des formation d’ici 2020. 

Mesdames, messieurs, la santé est une préoccupation majeure de nos concitoyens. Tant en terme d’efficacité qu’en terme de moyens financiers elle ne pourra être sérieusement protégée et améliorée dans les prochaines décennies sans passer seulement d’une logique de soins à une logique globale de santé donnant une bien plus grande place qu’aujourd’hui à la santé environnementale, à la prévention et à la promotion de la santé. Pour faire court on peut dire aujourd’hui qu’à notre époque l’écologie c’est la santé et que la santé c’est d’abord l’écologie !