Recherche : le pari de l’intelligence collective

Intervention de Benoît Faucheux

 

Monsieur le président, chers collègues,malgré une avalanche de réformes, les faiblesses historiques de l’enseignement supérieur français perdurent, quand elles ne se sont pas accrues au cours de la dernière décennie : clivage entre écoles et universités, manque de moyens global et fortes inégalités entre filières et disciplines, orientation par défaut vers l’université qui aboutit trop souvent à l’échec. La loi Fioraso de 2013 n’a pas répondu aux vrais enjeux de l’enseignement supérieur : au contraire, elle a contribué à amplifier la polarisation des moyens vers les pôles de prestige, via la poursuite du « plan Campus » et des « initiatives d’excellence ».

 

Les élus écologistes réaffirment que la possibilité pour chacun de se former au meilleur niveau, le développement de l’esprit critique, et la diffusion des connaissances et des savoir-faire, y compris les plus récents, sont indispensables à un développement soutenable. Cela implique de faire de l’investissement dans l’intelligence collective une vraie priorité.

Justement, la transition écologique suppose de faire le pari de l’intelligence collective. Cela passe non seulement par une recherche publique indépendante des intérêts économiques, mais également par un lien renforcé avec la société, qui est aujourd’hui capable de créer ou co-créer de la connaissance dans de nombreux domaines. Cela suppose de retrouver un juste équilibre entre confiance et contrôle des laboratoires, afin de les remettre en situation de coopération plutôt que de concurrence.

 

L’indépendance de la recherche publique doit être garantie en réaffirmant notamment la liberté académique et l’évaluation par les pairs, tout en veillant à l’équilibre entre les disciplines. Si certains axes méritent d’être particulièrement soutenus, la décision doit faire l’objet d’un large débat associant l’ensemble de la société. Les grands choix en matière scientifique doivent pouvoir être discutés, les instances élues comme la nôtre qui financent de la recherche doivent pouvoir s’appuyer sur des processus d’évaluation strictement qualitative.

Pour compléter un aspect déjà évoqué par Alix Téry-Verbe tout à l’heure, il faut mettre en place une véritable démocratie scientifique qui bénéficiera autant aux chercheurs qu’à la société. Cela veut dire développer les recherches basées sur une collaboration entre les laboratoires de recherche publics et les organisations de la société, cela veut dire aussi augmenter la transparence, mettre en place des exceptions aux droits de propriété intellectuelle tenant compte de l’intérêt général, etc.