Karim Laanaya Portrait

Réforme territoriale et périmètre régional

Intervention de Karim Laanaya

 

Au plan national, le débat est en grande partie verrouillé, puisque les fusions envisagées se feraient par blocs de régions. Parallèlement, on observe que toute une rhétorique a été construite, ces dernières semaines, qui consiste à minimiser, voire occulter, la question du périmètre des futures régions, sous prétexte qu’elle ne constituerait pas l’essentiel du débat de la réforme territoriale ; et sous le prétexte fallacieux qu’une région plus forte devrait être obligatoirement gigantesque.

 

Et si on ose, un tant soit peu, aborder cette question sous un angle historique, géographique ou culturel, on nous répond qu' »on n’a rien compris », que « ce n’est pas le sujet », et qu' »il faut avoir une approche plus rationnelle et scientifique ».

 

Premièrement, nous ignorions que l’histoire et la géographie n’étaient plus considérés comme des sciences. Deuxièmement, il suffit de regarder la carte de cette vaste région Centre – Limousin – Poitou-Charentes pour comprendre qu’elle n’a certainement pas été conçue par un esprit rationnel et scientifique ! Troisièmement, prenons un exemple, celui d’une région Bretagne qui serait composée de 5 départements : une Bretagne à 5 départements n’exprime pas seulement une nostalgie de l’histoire qui serait empreinte de passéisme. Bien au contraire : c’est une réalité économique (tous les chiffres le disent), c’est une réalité touristique (c’est une évidence) – d’ailleurs le comité régional du tourisme de Bretagne travaille à l’échelle des 5 départements bretons -, et c’est une réalité pour de multiples réseaux, notamment associatifs et culturels.

 

Aujourd’hui, nous avons un sérieux problème : cette région Centre – Limousin – Poitou-Charentes, personne n’en veut ! Il suffit de discuter avec nos concitoyens, d’aller sur Internet ou de lire les quotidiens régionaux qui couvrent ce vaste territoire pour comprendre le malaise suscité par cette fusion totalement baroque. Nous avons la conviction profonde que les choses vont bouger, tout simplement parce cette carte n’a aucun sens.

 

J’en reviens à la proposition soumise et défendue par notre président de groupe : nous devons travailler à l’idée que la région Centre, qui est plus étendue que la Belgique et que nous avons eu tant de mal à construire, puisse demeurer dans ses limites actuelles. Ce qui aurait l’immense avantage d’éviter au Loiret et à l’Eure-et-Loir de réclamer leur rattachement à l’Île-de-France, scénario contre lequel nous nous sommes toujours battus, car, en réalité, il ne reflète pas le sentiment de l’ensemble des habitants de ces deux départements : lorsqu’on est dans le Perche d’Eure-et-Loir, par exemple, c’est comme si on nous demandait d’être rattaché à la planète Mars ! Mais après tout, avec le pouvoir en place, on le voit, il n’y a plus aucune limite à la fantaisie.