Retour sur une session de pré-campagne… au temps de l’écolo-bashing

La session du Conseil régional Centre-Val de Loire du 15 octobre 2020 avait une importance particulière car elle avait vocation à apporter des réponses à la crise économique et sociale inédite que nous vivons, avec le vote d’un « plan de relance régional », l’adoption de mesures en faveur de la jeunesse, le lancement d’un plan vélo pour tripler les pratiques quotidiennes et la prise de nouveaux engagements pour face à la crise écologique avec l’adoption du premier accord de la COP régionale. Sans que ces deux ambitions ne s’avèrent in fine contradictoires…

C’est dans cette double perspective que les écologistes ont abordé au cours des derniers mois la préparation de ce moment important, d’autant qu’il s’agissait en principe d’une des dernières sessions de la mandature avant le prochain scrutin régional. C’était juste avant que le sujet d’un éventuel report des élections régionales et départementales refasse son apparition !

Les écologistes ont donc conduit, comme à leur habitude, un travail acharné de négociations au sein de la majorité régionale, dans des conditions il faut bien le dire difficiles : une élaboration tardive des rapports, un cadre d’échanges de plus en plus restreint. Si cela est en partie dû à la situation globale que nous vivons, qui impacte la qualité de nos constructions de majorité, nous assistons sans doute aussi à une ambiance de pré-campagne électorale à tous les niveaux.

Nous avons toujours eu l’habitude de porter nos priorités en respectant ce que les électeurs-trices avaient décidé en 2015 et que nous avions traduit dans un accord de mandature respectant le poids de chaque composante de la majorité régionale.

Tenant compte de la montée en puissance des préoccupations écologiques et de l’affirmation du lien que nous n’avons eu de cesse d’expliquer entre les questions écologiques et les questions sociales, le groupe écologiste avait, dès le mois de juin 2020, élaboré une contribution à ce « plan de relance régional » que nous avions intitulé « 19 propositions pour une région écologique et résiliente ». Lors de la session de juillet, quasiment aucune de nos mesures n’avaient été retenues, avec pour explication – qui ne nous avait pas totalement convaincus – le fait que le timing n’était pas le bon. Nous avions alors proposé des amendements sur certaines mesures qui, pour nous, pouvaient immédiatement se mettre en œuvre ou s’amorcer. Ils avaient tous été rejetés à notre grand regret.

Les premières versions du « plan de relance régional », en amont de cette session d’octobre 2020, n’ont pas non plus intégré immédiatement nos propositions, pourtant avec un timing plus adapté cette fois. Après de nombreux échanges au sein de notre majorité, dans des délais très courts, nous avons obtenu que soient prises en compte plusieurs de ces mesures utiles pour accompagner une relance autrement, c’est-à-dire pour créer les conditions d’une possible transformation écologique de l’économie.

Ainsi, nous avons pu faire insérer dans les différents programmes de financements régionaux (le « plan de relance régional ») et européens (avec les fonds structurels FEDER/FSE apportant environ 400 millions d’euros sur six ans pour des projets régionaux, mais aussi avec REACT-UE, fonds d’urgence COVID de l’ordre de 90 à 100 millions d’euros visant à « réparer » ce que la crise a « cassé »). Citons, sans être exhaustifs :

-Les « contrats de (re)conversions » pour la transformation écologique des filières économiques et des entreprises

-Un appel à projets en lien avec les « Territoires d’Industrie » et les contrats de transition écologique, s’inspirant du modèle des « Fab Cities »

-La relance de l’appel à projets « Innovation Sociale »

-Deux autres appels à projets en direction des acteurs de la solidarité (Secours populaire par exemple) et des acteurs de la solidarité internationale (pour ne pas lâcher nos régions de coopération pendant cette période de COVID).

-Le soutien à une action forte pour accroitre la préservation de la biodiversité et le développement de la végétalisation des espaces urbains (îlots de fraîcheur) et ruraux (rétablissement des haies, des zones humides)

-Mais aussi, en plus de l’aide d’urgence en direction des acteurs de la culture, un appel à projets (création, diffusion) sur le thème de l’écologie pour à la fois réenchanter nos imaginaires autour de la transformation écologique et générer de l’activité pour les acteurs.

Ces propositions sont des éléments structurants pour engager les acteurs économiques, sociaux, culturels du Centre-Val de Loire dans la transformation écologique et sociale d’un monde post-COVID.

Par ailleurs, dans le cadre du travail sur la COP régionale, les écologistes ont défendu plusieurs propositions fortes qui sont également venues s’insérer dans le « plan de relance régional », sans d’ailleurs que cela soit identifié en tant que tel, ce qui constitue un vrai regret :

-La création d’un guichet unique des aides à la transition écologique

-L’appui à l’émergence d’un écosystème pour massifier les démarches d’écologie industrielle et territoriale ou d’économie de la fonctionnalité (économie qui repose sur l’usage : du prêt et de la location, plus que de l’achat de neuf)

-La préfiguration d’un « budget climat »

-Un budget participatif pour des projets de lutte contre le dérèglement climatique

-La création de deux nouvelles agences locales de l’énergie, dans le Loir-et-Cher et dans l’Eure-et-Loir, pour accompagner les communes dans leur projet énergétique

-Un programme « la jeunesse s’engage pour le climat », à travers la mobilisation d’un réseau de volontaires

Depuis des mois, nous avons considéré que la COP et le « plan de relance » étaient les deux faces d’un même exercice et qu’il n’y aurait pas de réduction des émissions de gaz à effet de serre, ni de protection et restauration de la biodiversité, sans transformation de nos activités humaines, en particulier nos activités économiques… mais qu’à l’inverse il n’y aurait pas de relance soutenable et durable sans adosser les choix d’interventions à leur compatibilité avec les limites planétaires déjà largement dépassées.

Si cette articulation a été évoquée pendant la session du 15 octobre, elle n’est pas été inscrite dans la rédaction des deux délibérations adoptées et nous ne pouvons que le regretter. Nous aurons à faire vivre ce lien malgré cet oubli.

Parce que nous avons collectivement eu le sentiment d’avoir influencé positivement ce « plan de relance » et estimé que le travail de majorité avait été au final constructif, nous avons voté pour.

Pourtant, il nous faut dire qu’il n’est pas exactement celui que nous aurions porté en étant en responsabilité directe. La cohérence des actions, le choix même de certaines mesures, particulièrement celles soumises au vote dans la partie délibérative, qui renvoient à des solutions qui n’évitent pas les délocalisations et qui ne créent pas d’emplois stables (1,5 million d’euros dans un fonds de capital-risque, 4,3 millions dans un programme de modernisation industrielle), ne nous semblent pas cadrer avec les nombreux clignotants au rouge pour notre avenir proche.

Nous devrons prendre d’autres décisions et faire preuve d’un courage politique sans faille à l’avenir à l’échelle des territoires, mais aussi les défendre à tous les échelons : national, européen et international.

Engager ces transformations, c’est aussi construire le chemin démocratique qui portera ces changements, qui entraînera nos concitoyens vers un monde différent. Pas celui du « toujours plus de croissance », fusse-t-elle verte, ni de construction « d’une économie verte » à côté d’une économie non verte, mais celle du « mieux » : du mieux social, du mieux écologique, du mieux sanitaire et du mieux collectif et partagé. 

Chaque acte que nous posons aujourd’hui doit concourir à cette transformation. Nous ne voulons plus seulement faire accepter les mots de cette transformation, la dessiner ou encore influencer les choix pour qu’ils tendent progressivement vers le cap dorénavant connu : elle doit s’enclencher maintenant et avec ambition. Chaque report entraînera de nous mettre au pied d’une pente de plus en plus raide. 

La brutalité ne viendra pas de notre capacité à déclencher ces changements structurels mais de l’absence de décisions réelles, du maintien de cette croyance dans la compatibilité par ajustement magique de « l’économique, du social et de l’écologique », la croyance dans ce que l’on continue d’appeler le « développement durable ».

Nous n’en sommes plus là ! Aujourd’hui, l’énergie doit être mise dans la mobilisation collective, dans l’enchantement de ces changements, dans la vitalité des initiatives locales, dans l’appui à l’éducation, à la culture et à tout ce qui fera le ciment de notre virage collectif. Il faut une étoile qui brille fort (le cap) et des petits cailloux qui font le chemin, dirait Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle et grand acteur de la transition. Notre étoile doit briller, réaffirmer sans cesse le cap, et nous devons paver le chemin de nombreux petits cailloux, maintenant !

Mais au cours de cette session, que n’avons-nous pas entendu de la part du RN et de la droite ! Que de mépris pour le sujet – au-delà du mépris pour notre action… Que d’approximations sur le fond…  Que de contre-vérités sur les chiffres. Ainsi, sur le rapport « COP régionale », nous avons eu droit en guise de critique à des commentaires sur le nombre de pages du premier accord de la COP, sur sa complexité voire son inutilité… mais avec l’impression que personne n’avait pris le temps de suivre les travaux (ouverts à toutes et tous) ni de lire réellement le contenu.

Nous avons aussi eu droit aux caricatures très électoralistes sur l’éolien, au lieu d’essayer de poser un débat sérieux sur la transition énergétique, y compris sur sa trajectoire démocratique et sociale pour conduire cette transition et qui elle peut réellement faire débat.

Nous avons encore eu droit à des effets de manche, le recyclage de propositions ne relevant pas de la compétence régionale (TVA à 0 % sur les circuits courts, transports, isolation des bâtiments), mais aussi à des critiques gratuites visant à diaboliser les écologistes en caricaturant nos propositions et nos positions. On n’est pas loin du « déni climatique » visant à masquer l’incapacité à prendre part sérieusement au débat. Se confronter à la réalité scientifique, c’est peut-être là que le bât blesse.

Dans la série des critiques stériles, nous avons essuyé des moqueries au sujet de l’adoption d’un « plan régional vélo ». Selon l’opposition, nous passerions trop de temps sur ce sujet accessoire, et pas assez sur des « vrais sujets » comme l’économie. Comme si cela était sans lien ! On rappellera ici, que l’économie liée à la pratique du vélo représente aujourd’hui des retombées économiques directes, estimées à 9,6 milliards d’euros par an et à près de 80 000 emplois. On rappellera également que la « Loire à vélo » en région, c’est un million de touristes par an pour plus de 30 millions d’euros de retombées économiques pour les territoires.

L’absurde s’est également étendu aux sujets sociaux et écologiques, que le groupe écologiste a mis sur la table à travers des vœux. Nous en avions déposé deux :

-Un premier vœu demande d’urgence au gouvernement et aux parlementaires de mettre en place les « amortisseurs sociaux » essentiels en temps de crise avec notamment l’extension du droit au RSA pour les moins de 25 ans et l’extension du dispositif « Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée » (TZCLD) pour soutenir l’activité des personnes éloignées de l’emploi. Le RN et la droite, en guerre contre « l’assistanat », ont voté contre cette mesure sociale de lutte contre la pauvreté (la droite a approuvé la partie TZCLD), sans empêcher l’adoption du vœu.

-Le deuxième demandait la possibilité d’expérimenter l’accompagnement par la Région de territoires volontaires vers la sortie des pesticides : des zones « démonstratrices » pour accompagner massivement les agriculteurs dans le changement de pratique et observer les bénéfices sociaux, économiques et sanitaire de l‘arrêt de l’usage des pesticides et des engrais de synthèse.

S’agissant de ce second vœu, notons l’abstention du groupe Socialiste, Radical et Démocrate (SRD), justifiée par un manque de temps pour influer sa rédaction. En réalité, de nombreuses modifications nous étaient proposées mais, de notre point de vue, elles en dénaturaient le sens. Résultat : le groupe SRD s’est abstenu et notre vœu a été rejeté, la droite n’ayant pas participé au vote et le RN ayant voté contre.

En définitive, lors de cette session du 15 octobre 2020, les écologistes auront été au cœur de toutes les critiques. Ce front anti-écologie est évidemment déroutant car il réduit toute opportunité de débat et vise à décrédibiliser toute solution émise par les écologistes. Mais il n’empêche ni la situation de se dégrader, ni notre détermination à agir. Celle-ci est poussée par ce mouvement de fond de nos concitoyens qui mesurent l’ampleur de la tâche. Ils et elles ne s’arrêtent pas à l’écume des commentaires politiciens, ils exigent les changements nécessaires. A nous de donner encore plus de force à ce mouvement en nous appuyant sur la diversité de nos territoires, sur les énergies citoyennes et sur toutes celles et tous ceux qui sont déjà en train d’essayer de changer le monde !

Benoît Faucheux, président du groupe écologiste

Charles Fournier, porte-parole du groupe écologiste