Image CLI Dampierre 18mars11

Réunion exceptionnelle de la CLI à la centrale nucléaire de Dampierre

Suite à la catastrophe nucléaire au Japon, Jean-Philippe Grand, conseiller régional Europe-Écologie Les Verts, a participé le 18 Mars 2011 à une commission locale d’information (CLI) exceptionnelle réunie à la centrale de Dampierre. Vous trouverez ci-dessous les éléments de son intervention.

 

1/ La catastrophe au Japon et la nécessité de sortir progressivement du nucléaire

 

a/ C’est avec le cœur et les poings serrés que nous assistons au drame supplémentaire auquel les Japonais sont confrontés, après avoir déjà subi les dévastations d’un tremblement de terre et d’un tsunami. Fukushima apporte la démonstration de l’incompatibilité absolue entre la technologie nucléaire et la sécurité du genre humain.

 

Nous ne savons pas à l’heure actuelle si l’incontrôlable enchaînement de la fusion des réacteurs peut encore s’interrompre. Nous ne savons pas si la logique terrifiante s’arrêtera au bord du gouffre ou si une contamination catastrophique va balayer l’archipel et le Pacifique. 

 

Notre solidarité et notre compassion envers les victimes sont totales. Mais notre colère est immense.

 

b/ Nous payons aujourd’hui l’insouciance du choix nucléaire comme moteur énergétique. Nous sommes confrontés aux conséquences de la folie d’un système économique et d’un mode de développement qui croit pouvoir s’exonérer de l’imprévisible, du risque et des équilibres naturels. Avec le nucléaire, quelle que soit l’excellence technologique, il est une nouvelle fois avéré que l’humanité peut être condamnée à l’impuissance, engagée dans une guerre qu’elle a déclenchée contre elle-même !

 

c/ Des décisions urgentes sont à prendre :

  • l’arrêt immédiat des réacteur vieillissants : en France on pense évidemment à la veille centrale de Fessenheim, mais pas seulement
  • l’arrêt du chantier du réacteur de Flamanville
  • dans notre Région, l’abandon du projet d’EPR à Belleville-sur-Loire dans le Cher
  • et naturellement la décision politique de programmer une sortie progressive mais résolue de l’industrie nucléaire.

 

d/ Car la sortie du nucléaire est possible !

 

L’association Negawatt, qui rassemble de nombreux experts et praticiens de l’énergie, a montré qu’un scénario de sortie du nucléaire était possible tout en divisant par 4 les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050.

 

Pour cela il faut réduire fortement notre consommation d’énergie, non seulement en l’utilisant de manière plus sobre, mais aussi en promouvant l’efficacité énergétique, ce qui passe par la rénovation des équipements les plus énergétivores, en premier lieu la rénovation les logements (dans un contexte où il convient, par ailleurs, de répondre à la précarité énergétique de nos concitoyens).

 

Pour cela il faut aussi investir fortement dans le développement des énergies renouvelables, par définition inépuisables, mais aussi bien réparties et au faible impact sur l’environnement. Elles sont les seules à pouvoir satisfaire durablement nos besoins en énergie sans épuiser notre planète. Il n’y a pas une solution miracle pour remplacer le nucléaire, nous avons à la fois besoin de l’hydraulique, des énergies marines, de la géothermie, du photovoltaïque, de la biomasse, de l’éolien…

 

Image Centrale Dampierre2/ Eléments de contexte sur la centrale de Dampierre-en-Burly

 

a/ L’Autorité de Sureté du Nucléaire (ASN) est en train d’inspecter la centrale de Dampierre pour étudier l’opportunité de la relancer pour dix ans.

 

b/ Cette même autorité a interpellé EDF dès 2003 par un courrier sur la prise en compte du risque sismique pour les installations nucléaires de Chinon, du Blayais, de Saint-Laurent, de Dampierre et de Bugey. Elle indiquait dans ce courrier des points de désaccord avec l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire sur l’analyse du risque sismique. De plus le courrier pointait « des divergences d’interprétation concernant particulièrement » ces cinq installations nucléaires. (Source : Le Monde du 15 mars 2011, p.11) D’après l’ASN, le risque sismique est sous-évalué pour trois centrales sur les quatre que compte la Région Centre, dont Dampierre !

 

 

 

3/ Rappel du courrier adressé au Préfet le 3 mars 2011

 

Le 3 mars, donc avant la catastrophe au Japon, Jean DELAVERGNE, au nom du groupe des élus écologistes du Conseil régional, a écrit au Préfet du Loiret (mais aussi à ceux d’Indre-et-Loire pour Chinon et du Loir-et-Cher pour Saint-Laurent).

 

Ce courrier faisait suite à un rapport de l’Autorité de Sûreté Nucléaire du 7 février dernier, rendu public grâce au Réseau Sortir du Nucléaire, et intitulé «Anomalie générique concernant le système d’injection de sécurité des réacteurs de 900 mégawatts», incluant donc les centrales de Dampierre, Saint-Laurent et Chinon.

 

Ce rapport de l’ASN mentionnait la phrase suivante :

« En conséquence, en situation accidentelle, pour certaines tailles de brèche du circuit primaire principal, l’injection de sécurité à haute pression pourrait ne pas permettre de refroidir suffisamment le coeur du réacteur. »

 

Or, on peut aussi lire sur le site Internet de I’ASN les éléments suivants :

« Bien que tout soit fait pour éviter leur occurrence, un accident grave pourrait conduire à ne plus pouvoir refroidir le combustible nucléaire dans la cuve du réacteur. Cette situation peu probable pourrait conduire à une fusion du combustible et à des rejets dans l’enceinte de confinement puis à l’extérieur, et avoir des conséquences pour la santé du public et pour l’environnement. »

 

Il semble donc que l’anomalie générique détectée par EDF en ce début d’année 2011 et touchant 34 réacteurs mis en service entre 1977 et 1987, dont ceux de Dampierre, affecte le cœur même du dispositif de sûreté.

 

Cela nous avait donc amenés à poser plusieurs questions au Préfet :

– Existe-t-il un système complémentaire au système d’injection de sécurité (RIS) en

cas de perte de refroidissement du circuit primaire ?

– Comment expliquez-vous le fait que cette anomalie n’ait jamais été détectée lors

des visites décennales des réacteurs ?

– Dans quel délai les mesures annoncées par EDF seront-elles prises pour remédier à ce problème ?

 

A ce jour, nous attendons toujours les réponses du Préfet à nos questions !

 

Image JPG CLI Dampierre4/ Expression de demandes concrètes

 

a/ Il est absolument nécessaire de procéder à une étude sérieuse des risques qui entourent la centrale de Dampierre afin d’évaluer les points critiques et de renforcer la sécurité :

 

* connaître les risques de submersion et d’arrêt des pompes de refroidissement noyées ou des générateurs de secours,

 

         * évaluer la résistance aux chocs mécaniques des infrastructures de la centrale,

 

* évaluer le risque d’encombrement des prises d’eau de refroidissement par rapport à plusieurs aléas :

 

– en période de crue, l’encombrement par les embâcles et débris divers (arbres, carcasses de voitures, …) des prises d’eau des circuits secondaires de refroidissement ;

 

– lors d’une période de gel prolongée, les risques d’encombrement de ces prises d’eau de (rappel : en 1985, la Loire a été prise dans une épaisseur de 40 cm de glace sur des dizaines de kilomètres) ;

 

– enfin le risque lié à la simultanéité d’une débâcle de glace lors d’un redoux important et d’une crue : on cumule alors l’impact mécanique sur les infrastructures (blocs de glace et embâcles divers) et la submersion ne serait-ce que partielle, ainsi que le risque d’encombrement des prises d’eau dans le fleuve pour le circuit de refroidissement secondaire.

 

b/ Il convient aussi de préciser les conditions de stockage et de distribution de pastilles d’iode (iodure de potassium) à l’ensemble de la population en moins de 6 heures de temps après un accident majeur – pas seulement dans un rayon de 5 ou 10 kilomètres autour des centrales – ou à défaut d’autoriser les citoyens qui le désirent à se procurer sur le marché ces pastilles d’iode.

 

c/ Nous demandons au Préfet de Région de réunir dans les plus brefs délais une conférence régionale sur la sûreté nucléaire. Cette réunion devra aborder :

  • d’une part la gestion de la crise (mesures indépendantes de radioactivité, information de la population sur les risques sanitaires potentiels, notamment sur la consommation des produits frais, diffusion de pastilles d’iodure de potassium, …) ;
  • d’autre part les plans de sûreté nucléaire de notre Région, qui à la lumière des évènements semblent déjà obsolètes (risques sismiques sous-évalués, disponibilité des eaux de refroidissement, …).