Portrait Gilles Deguet

Schéma régional de cohérence écologique (SRCE)

Intervention de Gilles Deguet

 

Monsieur le président, Madame la vice-présidente, chère Pascale, chers collègues, dans la nature un équilibre s’établit entre les proies et les prédateurs. On croit souvent que les prédateurs sont responsables de la disparition des proies, mais c’est tout au contraire la disparition des proies qui entraîne l’extinction des prédateurs.

Si les abeilles, les criquets rouge queue, les liparis des marais, les outardes canepetières,  les sonneurs à ventre jaune, les lamproies marines et fluviales, les esturgeons et les grandes mulettes, ces dernières espèces étant toutes citées dans l’excellent Livre Rouge élaboré sous la coordination de Nature Centre et diffusé dans toutes les communes de la région Centre, et que je vous recommande, si donc ces espèces et des milliers d’autres disparaissent, c’est la survie même de l’Humanité qui sera en cause.

Car c’est à une crise écologique multiforme que nous sommes affrontés. Au fond toutes ces crises, l’érosion de la biodiversité, l’épuisement des sols, l’épuisement des ressources minières, l’accumulation des déchets et des gaz à effet de serre, toutes renvoient toutes à un même problème : il n’y a pas d’utilisation infinie des ressources sur une planète finie. Ou pour reprendre les termes de  Ban Ki-Moon, « il n’y a pas de plan B parce qu’il n’y a pas de planète B ».

Et toutes ces crises s’entremêlent et se confortent mutuellement. Les dérèglements climatiques mettront en cause la survie de nombreuses espèces végétales et animales dont les capacités d’adaptation seront vraisemblablement fragilisées par la rapidité inédite des changements. A contrario, la déforestation qui menace de très nombreuses espèces, est aussi une cause majeure de libération de carbone dans l’atmosphère et d’aggravation des dérèglements climatiques

Ce Schéma Régional de Cohérence Écologique est une grande première parce qu’il prend en compte toute la biodiversité et tous les aspects de la vie de la faune et de la flore : toute la biodiversité, y compris celle du sol, y compris les vers de terre, y compris les espèces que l’on s’obstine à qualifier de nuisibles. Car on est encore aujourd’hui en train d’inscrire des espèces dans la liste des nuisibles, et nous recevons des publications qui réclament le classement des corbeaux et des renards… Toute la vie de la flore, de la faune, son alimentation, ses déplacements et sa reproduction; pour la première fois dans un document de planification, la notion de trame verte ou bleue devient une élément structurant de l’aménagement du territoire.

Bien entendu, planifier n’aurait pas de sens si l’action ne suivait pas. Mais notre Région a la particularité d’avoir fait de la biodiversité un axe majeur, avec notre SRADDT et son objectif d’être une Région à biodiversité positive, avec nos Contrats Régionaux de Solidarité Territoriale et leurs 5% au moins consacrés à la biodiversité.

Il faut aussi citer notre politique de l’eau, qui depuis une décennie est une réponse à ce besoin d’action. Les trames bleues constituées le plus souvent de cours d’eau, et qui sont d’ailleurs aussi la plupart du temps des trames vertes, elles sont reconstituées en reconquérant le bon état des rivières, en réduisant leur taux d’étagement, en reconstituant les itinéraires des espèces migratrices. Et le plan Loire est également un outil de reconquête avec une place centrale faite aux continuités écologiques, et à la sauvegarde des grands migrateurs amphihalins.

Madame la vice-présidente, avant de conclure, je voudrais dire mon accord avec deux suggestions du CESER. Mais je souligne d’abord le résultat réconfortant du vote sur cet avis. Plus des deux tiers de voix favorables sur un rapport qui approuve le SRCE et demande même plus, cela montre une vraie évolution des mentalités. Le CESER a raison de demander que le SRCE soit plus opérationnel et plus protecteur. Nous saluons aussi la suggestion de transférer la taxe d’aménagement vers les Régions.

Mes chers collègues, le SRCE est évidemment perfectible. Il est une première étape d’un processus qu’il faudra entretenir dans le temps, mais c’est une étape historique. J’espère que vous aurez à cœur de ne pas manquer ce rendez vous de l’histoire !