Portrait Moïsette Crosnier

Schéma régional de l’enseignement supérieur et de la vie étudiante (SRESVE)

Intervention de Moïsette Crosnier

 

Le lancement du schéma soumis à notre assemblée, a fait l’objet d’une communication en mars. En mai dernier, la loi Fioraso sur l’enseignement supérieur et la recherche a été adoptée par le parlement. Cette loi ne marque pas de rupture par rapport au précédent gouvernement de Nicolas Sarkozy. Déçus par cette loi, les écologistes ont voté contre parce que les mesures pour aider à la réussite des étudiants et refaire fonctionner l’ascenseur social étaient insuffisantes.

Les conclusions des assises de l’ESR qui ont précédé comportaient pourtant des éléments pertinents : lutte contre la précarité, pédagogie à l’Université, aide sociale aux étudiants, meilleure reconnaissance du doctorat, urgence des besoins humains et financiers… On espérait que ses conclusions formeraient l’ossature de la loi. Malgré de timides avancées, nous pensons que l’impasse a été faite sur les vrais problèmes.

 

C’est dans ce contexte que nous examinons aujourd’hui notre schéma régional et ses 30 actions concrètes. Contrairement à la loi, il écarte la recherche. Comme le CESER, nous nous interrogeons sur cette absence. Le fait que la recherche soit écartée du schéma pose question sur l’articulation des masters avec les doctorats et avec la politique de recrutement très significative de chercheurs dans le cadre de l’AM (appel à manifestation d’Intérêt).

 

La recherche est un facteur d’attractivité et de développement économique majeur, une réflexion prospective d’ensemble devrait être menée dans le cadre de ce schéma. De nombreuses actions proposées dans le schéma sont en cohérence avec la loi Fioraso, ce qui implique que les rôles respectifs de l’Etat et de la Région devront être précisés.

 

Au delà de ces remarques générales et dans ce contexte, le schéma régional comporte un certain nombre d’avancées qui vont dans le sens que nous soutenons. Je  voudrais les souligner :

 

-La volonté d’accroitre le nombre d’étudiants accueillis. Notre Région a de nombreux atouts et offre des conditions d’étude et de vie particulièrement satisfaisantes, la présence d’étudiants est un facteur de dynamisme économique.

 

-Les mesures pour accroitre l’attractivité des étudiants étrangers qui sont prises. Nous nous en félicitons. Pour la mobilité sortante nous avons la mesure mobi-centre pour aider les étudiants à partir jusqu’à 1 an à l’étranger. Inciter les étudiants étrangers à venir devrait rééquilibrer les échanges.

 

-Les actions pour inciter les jeunes à s’engager dans des filières longues doivent être poursuivies. Ils sont moins nombreux qu’ailleurs à choisir les filières longues en général et dans les filières scientifiques en particulier notamment les filles. Les y encourager est une bonne chose.

 

-La reconnaissance de la formation tout au long de la vie avec la création d’un organisme régional de formation tout au long de la vie. C’ est une action que nous soutenons complètement et que nous réclamons depuis longtemps.

 

-Les places réservées aux élèves des filières professionnelles et techniques dans les sections de Tech  Sup et les IUT vont ouvrir à ces étudiants des chances réelles de réussite alors qu’ils entraient par défaut en licence avec des risques d’échec importants.

 

-Le développement affiché des transports doux et des transports en commun ainsi que la  promotion du covoiturage.

 

 

Par ailleurs je voudrais apporter quelques remarques et réflexions sur d’autres actions inscrites dans le schéma :

 

-L’attractivité des Universités se joue sur les masters. Nous avons une faiblesse dans ce domaine. L’objectif de simplification et de réduction des masters doit nous amener à réfléchir en même temps aux évolutions pédagogiques et à l’accompagnement des étudiants. L’attractivité se jouera sur des compétences complémentaires aux référentiels de la formation classique. Les compétences significatives sont les compétences numériques. Nous devons viser l’excellence dans ce domaine. La communication web de nos universités jouera un rôle primordiale dans la promotion de nos masters et doctorats. Le CVLU (Centre Val de Loire Université) a un rôle essentiel à jouer dans ce domaine.

 

-Les quotas de place préconisés au départ dans les IUT et BTS pour les élèves des filières professionnelles et techniques, n’ont pas été retenus dans la version finale de la loi. Ils ne figurent pas non plus dans le schéma régional. La mesure est trop limitée et comment en assurer la pérennité? C’était la mission des IUT et BTS l’origine, et peu à peu ils se sont transformés en filière de sélection pour les bacs généraux.

 

-Le système des GE et CPGE est devenu un facteur de reproduction sociale plutôt que d’ascenseur social et la remise en cause de l’omniprésence des classes préparatoires n’a pas de place dans la loi Fioraso. Dans ce contexte nous sommes plus que dubitatifs, même si cette action est louable, sur la capacité des conventions entre CPGE et Universités, à réduire ces inégalités.

 

-Le principe d’appliquer des critères de développement durables pour la réalisation les logements et bâtiments universitaires est posé, mais aucune référence n’est faite au contrat de construction durable mis en place pour les marchés dont nous assurons la maîtrise d’ouvrage. Il est appliqué avec succès. Pourquoi ne pas l’étendre à toutes réalisations immobilières que nous finançons et en particulier aux logements et bâtiments universitaires?

 

– Pour l’accès aux services de santé, les actions prévues portent sur la prévention, le conseil, l’information, l’accès à la couverture sociale. C’et bien; mais dans les centres de prévention, les étudiants ne peuvent pas obtenir d’ordonnances de médicaments. Trop d’étudiants renoncent aux soins pour des raisons financières. Je l’avais déjà proposé en mars lors de la première communication. Nous proposons que soient créés des centres de santé, et pas uniquement des centres de prévention, pour assurer la continuité des soins du dépistage au traitement.

-Pour ce qui est des actions en faveur de l’emploi, je voudrais mettre en garde contre les mesures visant à proposer des emplois salariés aux étudiants pour le financement de leurs études. Oui quand ils sont en rapport avec les études, et je pense au recrutement d’emplois d’avenir professeurs qui s’inscrit complètement dans cette logique. Mais la plupart des emplois occupés par les étudiants sont sans rapport avec leurs études. Par nécessité, Ils acceptent des emplois parfois éloignés, le soir, la nuit, le dimanche dans des conditions difficiles. Certaines filières d’études souvent les filières d’excellence sont incompatibles avec un emploi. Il y a un risque réel d’accentuer encore les inégalités. Nous militons pour la création d’une véritable allocation d’autonomie. Cette allocation était présente dans les engagements de campagne du candidat Hollande, dommage qu’elle n’est pas été retenue. Chaque étudiant doit pouvoir vivre dignement sans avoir à travailler pour financer ses études.

 

Pour les avancées indéniables que ce schéma propose nous voterons ce rapport mais nous resterons vigilants sur sa mise en œuvre.