Transition énergétique : nous avons pris du retard !

Intervention de Charles Fournier

 

A l’occasion de ce rapport, je ne saurais trop rappeler que la transition énergétique repose sur un triptyque essentiel : sobriété, efficacité et développement des énergies renouvelables.

Des scenarii existent qui nous montrent le chemin pour réussir cette transition et il faut pour cela une volonté politique à tous les étages. Espérons que la révision de la programmation pluriannuelle de l’énergie sera à la hauteur de l’enjeu et que le gouvernement saura mettre en cohérence les actes et paroles, notamment celle entendues lors du One Planet Summit. Car force et de constater que nous avons pris du retard.

Je le disais ce matin lors du début budgétaire, beaucoup de nos concitoyens considèrent qu’il y a un écart entre les paroles et les actes en matière de lutte contre le réchauffement climatique : ils estiment que l’on communique beaucoup plus sur le sujet que l’on agit.

Que ce soit sur le recours au énergies renouvelables ou sur l’efficacité énergétique, la France n’est pas le bon élève que l’on veut bien décrire. Ainsi, nous avons limité nos efforts en matière d’économie d’énergie, confiant quant à l’utilisation de nos excédents d’électricité d’origine nucléaire. Mais ce raisonnement n’est pas satisfaisant et pas durable. La bonne énergie c’est celle que l’on ne consomme pas. La sobriété est un des axes prioritaires de toutes politique de transition volontariste.

L’échelon régional est un échelon déterminant pour agir sur la sobriété. Après avoir contribuer à l’isolation de milliers de logements sociaux, en actant des règles du jeu nouvelles pour ce qui concernent l’immobilier d’entreprise en lien avec les intercommunalités, la Région poursuit son travail très volontariste en la matière. Nous disposions déjà de dispositifs de soutien aux propriétaires privés, d’espaces de conseils ou de prêts. Mais cela ne s’avère pas suffisant pour tenir les objectifs de la COP 21 et de la programmation pluriannuelle de l’énergie, en clair de la loi !

Il nous faudrait isoler 20 à 30 000 logements par an pour tenir cette ambition, c’est actuellement entre 6 et 7 000 qui le sont. Le dispositif de tiers financement que nous propose Benoit Faucheux va très clairement contribuer à accélérer le mouvement en aidant des propriétaires ou copropriétés qui ne sont pas en capacité de réaliser les investissements nécessaires.  Les banques classiques ne se mobilisent pas car cela ne constitue pas un potentiel marché.

Ce dispositif qui consistera finalement à créer une sorte de banque régionale de la rénovation thermique, avec l’appui de la BEI qui apporte l’argent nécessaire, c’est une banque sécurisante avec des taux d’intérêt très faibles. Mais au-delà la mécanique financière, c’est un arsenal complet s’appuyant sur le conseil, l’accompagnement, un guichet unique avec l’ANAH, des plateformes de rénovation, qui vont faciliter cet engagement des propriétaires à faire isoler leurs habitations. C’est aussi une réeel coordination des métiers car pour que l’efficacité énergétique soit au rendez-vous, il faut que les corps de métiers soient correctement coordonnées, il faut un maître d’œuvre ou le conseil efficace qui permet de réussir ces travaux. La panoplie des outils proposés par la région s’enrichit et c’est une très bonne chose. On pourra dès le début tabler sur 1000 logement en plus chaque année et sans doute beaucoup plus si d’autres partenaires s’y impliquent demain.

Et bien sûr, il convient dès à présent d’accélérer aussi la production d’énergies renouvelables. C’est un chantier qui est d’ores et déjà ouvert mais qui est essentiel. Nous préconisons d’encourager la production locale d’énergie et l’implication citoyenne autour de cette question. Des projets apparaissent : coopératives, Enercoop, Energie partagée…

Puisque ce matin, notre opposition nous expliquait que la vraie démocratie c’est de créer des emplois, alors voici une solution qui efficace aussi de ce point de vue. La transition énergétique est créatrice d’emplois localement et même l’intensité de création dans ces filières des énergies renouvelables et du bâtiment (rénovation thermique…) est très forte.

Chaque euro utilisé pour rénover énergétiquement nos bâtiments reste ici pour faire fonctionner notre économie locale, sous forme de salaire de l’artisan local, de l’ouvrier local et constitue autant d’opportunité de nouvelles dépenses locales et de vie pour nos territoires, notamment nos campagnes.

A l’inverse, chaque euro utilisé pour se chauffer en payant du gaz ou du pétrole finit dans les poches d’émirs du Qatar, d’Arabie Saoudite ou du Moyen-Orient ou d’oligarques russes qui servent à acheter une 28ème Ferrari supplémentaires, un 17ème yacht supplémentaires qui se retrouvent être domiciliés dans un paradis fiscal… C’est de l’argent qui est perdu pour notre économie locale.

Alors nous nous félicitons que dans ce contexte de contrainte, l’imagination soit à l’œuvre et que nous inventions des solutions pour répondre au défi de la transition énergétique. Mais vous voyez, ces solutions sont aussi le fruit de réflexions construites avec des mouvements associatifs, avec des citoyens et c’est aussi parce que nous nourrissons nos politiques de cette mobilisation et cette créativité citoyenne, qu’un tel sujet peu avancer, créer de l’emploi et contribuer à améliorer nos vie. La démocratie permanente est aussi une voie pour répondre aux défis, y compris celui de l’emploi !