SRADDET : mobilité

Intervention de Gérard Nicaud

Monsieur le Président, chers collègues,

De la présentation qui vient de nous être faite, je constate que nous sommes au début de l’élaboration de ce schéma régional et que le calendrier proposé permettra de le bâtir, d’une part en intégrant ou en s’y substituant les éléments de plans antérieurs ou en cours de réalisation (PRPGD – SRCAE-  SRCE- SRI) et d’autre part en cohérence et en articulation avec d’autres (SRDEII-SRT-SRESI-CRDFOP- SCORAN). Je note aussi qu’il relèvera d’une méthode très associative et participative.

Profitant de leviers nouveaux qui sont en responsabilité de notre Région, je voudrais insister tout particulièrement sur les aspects de mobilité. En effet, c’est un axe prioritaire que nous  devons mettre en œuvre, notamment pour les citoyens de nos territoires ruraux.

Le manque de moyens de transport ou de leur coordination génère des sentiments d’abandon, voire d’appauvrissement. Qu’il s’agisse de scolarité, de formation, d’accès à la santé, à la culture.  Voire de répondre aux besoins élémentaires de vie : approvisionnement, visite à la famille ou à des amis, etc.

Ce besoin de transport est encore plus criant chez les jeunes. On sait que le permis de conduire coûte cher et que l’achat d’un premier véhicule et son utilisation sont onéreux.

Chez les scolaires, un enfant ou un adolescent parcoure environ 20 kms par jour pour rejoindre son école, son collège ou son lycée. Le vieillissement de la population et dépeuplement de nos campagnes va accélérer les fermetures d’écoles et de collèges. Cela va donc accentuer les besoins de déplacements.

La concentration vers de grands centres (création des métropoles) est à craindre.

Si nous voulons maintenir en vie nos territoires ruraux, profitons de cette période – élaboration des schémas ad hoc, rencontres citoyennes dans le cadre de la démarche de la Démocratie Permanente – pour que notre organisation en matière de transport (train, autocars, bus et taxis à la demande, co-voiturage) ressorte des besoins de nos concitoyens.

Le rapport qui nous est présenté rappelle que le « Schéma Régional des Infrastructures et des Transports » (SRIT) ainsi que le « Schéma Régional de l’Intermodalité (SRI) » seront des composantes du SRADDET  qui y seront directement intégrées. Le groupe écologiste souhaite que l’élaboration de ces documents soit l’occasion d’une profonde réflexion sur les déplacements, plutôt qu’un inventaire pour soutenir qui une autoroute, qui une gare TGV,  qui une ligne à grande vitesse…

Le réseau routier régional est aujourd’hui suffisamment dimensionné. L’objectif souvent affiché d’une infrastructure nouvelle est d’absorber une affluence de pointe effective de 1 à 2 heures par jour. Le réseau routier ne relevant pas de sa compétence, la Région ne doit ni porter, ni cofinancer de nouvelle infrastructure routière.

Les investissements ferroviaires doivent être concentrés sur les déplacements quotidiens. Nous soutenons en particulier les projets de réouvertures aux voyageurs de lignes telles qu’Orléans-Voves et Orléans-Châteauneuf, qui permettront de mailler le territoire régional et contribueront au report modal. De son côté, l’Etat doit moderniser les axes qui resterons « TET » : Paris-Orléans-Limoges-Toulouse et Nantes-Tours-Bourges-Lyon, qui sont structurants pour la région Centre-Val de Loire. Plus largement, il est essentiel de sauver le réseau ferré classique, qui s’est considérablement dégradé depuis que la SNCF a tout misé sur le TGV, et de mettre en place un mécanisme de financement pérenne des infrastructures ferroviaires.

Le projet de ligne à grande vitesse Paris-Orléans-Clermont-Lyon ne verra pas le jour et n’aurait de toute façon pas répondu aux attentes réelles des habitants de notre région. Quel que soit le tracé, la Région ne doit pas participer au financement de nouvelles études qui ne servent qu’à entretenir le mythe. Les écologistes défendent une alternative « Train à Haut Niveau de Service » (THNS) pour les déplacements moyenne-longue distance dans le « Cœur de France », nous demandons que cette alternative ait sa place dans le Schéma Régional des Infrastructures et des Transports.

Au-delà  la « performance » ou de la « vitesse », si souvent recherchées par les élus, les usagers attendent que l’usage quotidien du train et des transports en commun soit profondément modernisé, au service de la facilité et de la simplicité. Ils demandent à ce que les services soient définis à partir d’une analyse plus fine des besoins des usagers. Souvent, ils décrivent ce qui leur semble être des aberrations en matière d’horaires inadaptés ou de correspondances impossibles. La logique qui sous-tend ces propositions est également que la complexité et la difficulté d’utilisation constituent aujourd’hui des freins à l’usage plus régulier des transports collectifs.

L’intégration dans le giron régional des autocars départementaux en septembre 2017, puis de 3 lignes ferroviaires dites « TET » en janvier 2018, devra se faire dans une logique intermodale et donc de mise en cohérence d’un réseau régional des transports collectifs. En même temps, avec ce transfert des lignes d’autocar départementales qui viennent s’ajouter aux lignes d’autocars régionales, n’est-il pas aussi le moment de se poser sérieusement la question du mode de gestion des transports régionaux par autocars ? L’éventualité de la création d’une Société Publique Locale (SPL) ou d’une régie régionale nous paraît devoir être étudiée.

Les autocars devenus régionaux devront être mis en complémentarité des trains en adaptant les horaires et les points de correspondance. Mais c’est plus généralement l’ensemble des modes qui sont concernés par cette recherche de complémentarité, y compris les modes actifs (comme le vélo et la marche à pied), le covoiturage et les réseaux urbains (bus, tramway).

Encourager la mobilité à vélo devra être un axe fort de nos schémas. Cela veut dire qu’il faudra répondre aux attentes concernant le transport des vélos à bord des trains et des autocars, concernant le besoin d’assurer la continuité cyclable depuis et vers les gares, concernant aussi la création d’équipements vélos sécurisés pour résoudre les problèmes de vandalisme.

Enfin, parce qu’il n’y a pas que des voitures sur les routes, je voudrais rappeler que la réduction du nombre de poids lourds est absolument nécessaire, non seulement pour diminuer la pollution et maîtriser les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi pour améliorer la sécurité routière. Le fret ferroviaire est un outil d’attractivité et de développement économique des territoires. La mise en place d’actions emblématiques en faveur de ce mode de transport de marchandises permet d’inciter le report modal de la route vers le fer. Bien qu’on ne soit pas ici sur une compétence régionale, il importe que la Région continue à se montrer volontariste et qu’elle mette en synergie les infrastructures de transports et les pôles d’activités économiques et logistiques générateurs de trafics pour le développement de dessertes ferroviaires de marchandises.