SRADDET : ruralité, proximité

Intervention de Christelle de Crémiers

Quand on porte un regard vers l’évolution des territoires depuis la sortie de la seconde guerre mondiale, on constate des forces à l’œuvre de manière quasi mécanique. Traversant les différentes politiques qui se sont succédées, la tendance est toujours la même. Génération après génération, les schémas passent et les hommes ne restent pas. Nous sommes ici de nombreux élus locaux et nous savons ce que veut dire désertification des territoires et délitement des services publics. Pour bien résumer, un Maire me disait : « Désormais on ne peut plus ni naître (depuis la fermeture des maternités) ni mourir (plus de proches pour entretenir les tombes) dans les territoires, la vie au milieu est à l’avenant. »

Pourquoi émettre encore un schéma d’équilibre territorial ? Pourquoi celui-ci pourrait infléchir l’évolution mécanique des dernières décennies ? Il y aurait sans doute une raison aujourd’hui qui n’apparaissait pas auparavant.

Les combats sociaux qui ont émaillé pour tenter de contrer les fermetures de centaines de lignes ferroviaires, de milliers de bureaux de poste, l’abandon de millions de fermes sont restés sans effet sur la mécanique à l’œuvre dont les ressorts sont essentiellement financiers. 107 000 emplois non pourvus dans notre région, nous disait notre collègue. Si l’exécutif régional a choisi de faire dans la dentelle avec les DEFIs, pour agir personne par personne, poste par poste, c’est que nous avons pris la mesure du délitement du lien social et de l’éloignement de la population de l’emploi. C’est au-delà de « l’envie d’avoir envie », ce sont des populations entières qui ont tourné le dos en silence à cette société qui a tourné le dos aux territoires.

Alors pourquoi autant travailler pour faire encore un schéma d’équilibre ? Parce que la crise climatique et environnementale parle plus fort que la population. On ne négocie pas avec la nature. Et que des territoires équilibrés, diversifiés, plus autonomes en termes d’énergie, d’alimentation et d’agriculture, d’artisanat et d’activités indépendantes sont une condition indispensable à la résilience des territoires. Endiguer la concentration des ressources et des capitaux dans quelques grandes villes n’est pas seulement un acte de justice sociale, c’est surtout une anticipation salutaire pour les populations de la part des élus. Face à la crise climatique et environnementale, les élus régionaux ont une responsabilité particulière dans la construction de la résilience des territoires. Ce Schéma met le défi environnemental et climatique au cœur de ses objectifs. La relocalisation des activités pour re-diversifier la production locale et l’adapter à la consommation locale et non aux contraintes mondiales d’une croissance à tout prix, ainsi que l’arrêt de l’artificialisation nette des sols, sont des mesures qui portent l’espoir d’une inflexion de l’aménagement du territoire si attendue et, désormais, si nécessaire.