Stratégie internationale

Intervention de Sabrina Hamadi

 

Monsieur le président, chers collègues, nous pouvons nous féliciter des nouvelles orientations données à la politique de solidarité et de coopération internationale de la Région.  Avant d’évoquer les évolutions importantes apportées par cette nouvelle stratégie, je me joins à l’hommage rendu par Charles Fournier à Jean-François Dutheil.

En effet, la coopération décentralisée est un sujet important pour les écologistes. Nos convictions en la matière partent de la considération selon laquelle les pays riches, dits « du centre » ont une responsabilité historique et non moins actuelle dans la dépendance économique et politique des pays dits « de la périphérie » selon la terminologie d’Immanuel Wallenstein et Fernand Braudel.

Nous avons toujours critiqué ces jeux de dépendance qui bien souvent visent l’accaparement des richesses, des terres et des démocraties au détriment de l’autodétermination des peuples.  Ainsi, la coopération décentralisée nous apparaît comme une réponse légitime pour contrebalancer ces rapports de force inéquitables. Elle se veut l’action de la société civile – la diplomatie des peuples – afin de redonner du pouvoir d’agir et de l’autonomie aux populations. Elle vise également à équilibré les rapports de gouvernance dans la limites de ses moyens et de sa capacité à agir, portant ainsi son action sur le champ de la démocratie et de la citoyenneté.

Aujourd’hui, l’Humanité est confrontée à deux fléaux : le dérèglement climatique engendré par l’activité humaine des sociétés riches et la logique économique du « profit à tout prix » basée sur une exploitation de l’Homme et des ressources naturelles non renouvelables.  Aveuglées, mal informées ou par déni de réalité, nos sociétés européennes cherchent à résoudre les conséquences sans s’attaquer aux causes et aux responsabilités.  Les crises migratoires, les inégalités, les guerres, la corruption et le pillage des ressources naturelles ne sont que les conséquences d’une dérive économique (néo-libérale) qui pervertit la mondialisation des échanges entre les peuples et entre les territoires.

En ce qui concerne la place du développement économique dans les politiques de coopérations décentralisées, nous estimons qu’il doit s’inscrire sur le registre de l’économie sociale et solidaire plus que sur la promotion commerciale et la recherche de nouveaux marchés, qui nous semble relever de la politique de développement économique. La Région est d’ailleurs déjà engagée dans cette voie, notamment à travers le projet de valorisation des plantes aromatiques et médicinales au Maroc qui vise, entre autres, à améliorer les revenus des petits producteurs locaux et à encourager les échanges équitable. On peut également citer en République tchèque, la mise en place de stratégies économiques permettant la création d’un environnement favorables aux relations commerciales entre nos deux régions, selon les principes de « l’entreprise socialement responsable ».

Au regard de ces éléments de contexte, nous sommes particulièrement fiers que cette nouvelle stratégie réaffirme les valeurs fondamentale de la coopération que sont l’humanisme, l’universalité, l’altérité et la paix pour ne citer que celles-ci. C’est la raison pour laquelle, nous avons souhaité placer la notion de « citoyenneté européenne et planétaire » au cœur de cette stratégie loin des simples enjeux commerciaux et des jeux géopolitiques sur lesquels les peuples n’ont que peu de prise.

Le renforcement de la citoyenneté doit avant tout passer par une « repopularisation » de la solidarité internationale.  Depuis l’émergence des premiers programmes de coopération décentralisée, on peut constater que l’on est passé d’une logique de solidarité populaire à une logique d’experts. L’objectif est de tisser ou retisser les liens entre les sociétés civiles afin qu’elles contribuent collectivement à la résolution des défis planétaires. Cela passe par le renforcement des échanges interculturels, des coopérations en matière de transition écologique et plus largement de la compréhension réciproque des enjeux et des solutions à porter pour relever le défi climatique et renforcer les solidarités.

Pour se donner les moyens de ses ambitions, la Région a fait le choix de se réapproprier les cadres d’intervention pour mieux cibler ses coopérations. Nos partenariats s’inscriront dans le cadre du programme des Objectifs de Développement Durable (ODD), voté en septembre 2015 par 193 pays de l’assemblée générale des Nations Unies. Ce cadre thématique universel, composé de 17 objectifs ambitieux, traduit les principaux enjeux pour les peuples, la planète, la prospérité et la paix. Cette réappropriation passe par le développement de coopérations de projets en liens avec les politiques régionales.

Ces nouvelles orientations, en lien étroit avec les autres politiques régionales, favorisent la rencontre et le travail en commun des acteurs et des citoyens autour d’actions de solidarités partagées et mieux ciblées. Le renouvellement de cette politique entend mettre en avant l’idée de préservation des biens communs que sont, ici, la solidarité, la diversité culturelle et la préservation de ressources naturelles. En liant problématiques locales et internationales, la Région souhaite valoriser un principe d’action commun résumé par l’expression : « agir localement, penser globalement ».

Concrètement, cette nouvelle stratégie se caractérise par des modifications visant :

-Premièrement, une meilleure accessibilité aux aides régionales pour les porteurs de projets. En effet, les modifications apportées aux cadres d’intervention apporteront plus de cohérence. On notera une évolution des dispositifs liés à la mobilité, en particulier pour les jeunes VIE-VAE et ceux en service civique ; dans la pratique, il s’agit de fusionner autour d’un cadre commun les dispositifs liés à la citoyenneté européenne et à la solidarité internationale, celui lié au développement de projets et celui lié à la mobilité des jeunes. Il s’agit d’apporter plus de lisibilité et d’accessibilité.

-Deuxièmement, la recherche de partenariats financiers pour amplifier l’effet leviers des projets. Pour ce faire, la région réaffirmera son rôle comme chef de file ou partenaire de projet en direction des échelons infra-territoriaux et supra territoriaux en renforçant son action en matière d’ingénierie financière. Le co-financement permet d’amplifier les projets en leur conférant une meilleure pertinence et une meilleure visibilité.

-Troisièmement, le renforcement des processus de co-construction par la mise en place d’une conférence permanente des acteurs de la coopération décentralisée.  La volonté d’aller vers un progrès démocratique est indéniablement un marqueur fort de la majorité. La mise en place de conférences permanentes, qu’elles relèvent de la culture ou du numérique, en est une des incarnations. Ces « lieux » permettent la co-construction des politiques publiques avec les acteurs concernées afin de concilier les besoins à la volonté politique. La mise en place de ses instances ancre clairement la démocratie participative au cœur de la production des politiques publiques régionales dans un souci d’amélioration des processus de gouvernance.

-Enfin, une meilleure qualification des aides d’urgence. Il est proposé un meilleur encadrement des aides d’urgence et de la « post urgence » dans l’idée de cibler en priorité nos aides en direction de territoires partenaires, d’initiatives portées collectivement sur le territoire régional ou dans le cadre de groupement de collectivités à l’échelle nationale. Ces aides doivent néanmoins nous interroger une fois de plus sur l’interdépendance de nos modes de vie et de l’impact du modèle de développement des sociétés dites riches sur la réalité du dérèglement climatiques et des inégalités entre pays. La réalité est implacable. Les catastrophes touchent essentiellement les territoires les plus pauvres, les plus vulnérables et les moins développer en termes de services publics. Cette réalité justifie à elle seule la nécessité d’investir plus fortement dans les politiques de coopération et de développement décentralisée pour aider les territoires partenaires à être plus résilients et moins dépendants de l’économie mondialisée.

Pour conclure, vous l’aurez compris, la Région souhaite replacer les valeurs de citoyenneté et de solidarité européenne et planétaire au cœur de sa politique de coopération. C’est sur ces bases que la Région souhaite réaffirmer un principe de réciprocité dans son action extérieur.  En ce sens, l’action citoyenne et l’apprentissage de la citoyenneté sont des priorités pour, non seulement rapprocher  les sociétés civiles, dans leur diversité culturelle mais également pour comprendre leurs interdépendances afin d’aller vers plus de solidarité et d’actions communes. Il y a aujourd’hui urgence à agir sur les causes et pas seulement sur les symptômes pour faire face aux défis contemporains comme ceux des prochaines décennies. La Région fait ainsi le choix de s’engager dans cette voie.