Stratégie numérique : solutions libres, prévention des addictions

Intervention de Sabrina Hamadi

Chers collègues, la révolution numérique est réelle. Un simple regard de quelques années en arrière nous rappelle l’évolution des outils numériques et la transformation de nos professions, de nos relations et tout simplement de nos vies qu’ils ont occasionnées. Nous passons aujourd’hui en moyenne plus de 10% de notre temps de loisirs sur des outils qui n’existaient pas encore il y a 15 ans !

Si cette « révolution » apporte de nombreux progrès, elle porte aussi un certain nombre de risques : marchandisation de nos vies privées, affaiblissement des barrières intimes, dépendance technologique, concentration financière de grands groupes data (Google, Microsoft ou Apple…), addiction aux réseaux sociaux et aux jeux pour une partie croissante de la population…

Je souhaite développer 2 points en particulier : Le travail que nous devons réaliser autour des risques du numérique et les solutions du libre, comme enjeu de nos futures libertés.

A l’image de l’Opération libre à Montreuil en Touraine il y a moins d’une année, le numérique peut être vecteur d’émancipation et de citoyenneté à la condition que son développement soit basé sur les « solutions libres » et sur des licences de données ouvertes (Open Database License[1]).

Nous sommes pour le libre non par dogmatisme idéologique mais parce qu’il offre de nombreux avantages éthiques et financiers :

Il garantit la transparence et donc la protection des données personnelles des usagers. Le libre accès aux codes sources assure à l’utilisateur que les données qu’il a confiées au logiciel ne sont pas revendues ou utilisées sans son accord. Il est bon de rappeler que lorsqu’un logiciel propriétaire est gratuit, le produit qui le fait vivre, c’est vous !

Un logiciel libre assure également un cout moindre pour les utilisateurs comme pour les collectivités. Une fois habitué à un logiciel propriétaire, l’utilisateur a tendance à accepter une rétribution élevée pour la mise à jour et pour éviter de se sentir perdu devant un nouvel environnement. Apple représente le type même de ce modèle de vente « poussée ». Microsoft n’est pas en reste avec ses mises à jour qui coutent plusieurs centaines de milliers d’euros chaque année à notre collectivité. Imaginez le nombre de développeurs que nous pourrions embaucher localement avec cet argent !

Le libre participe davantage à l’innovation et donc aux dynamiques économiques de long terme car son assise financière se fait sur son développement permanent et non sur la capitalisation des données. Si les logiciels propriétaires représentent de ce point de vue la vielle économie de la capitalisation passive, le libre représente lui l’économie du travail et d’un savoir dynamique.

Enfin, le retour d’expérience des collectivités qui se sont engagées sur cette voie démontre un impact local bien supérieur à celui des logiciels propriétaires bien trop centralisés. Notre amendement N°2 nous convie logiquement à aider la promotion de ces solutions.

Concernant les risques du numérique, nous pensons que l’addiction représente un enjeu majeur de santé publique et sociale.

Rappelons que cette addiction est théorisée et travaillée par les fabricants car elle représente une manne financière pour le secteur. Du côté de la société et des personnes qui en sont victimes, il en est tout autre : désocialisation, absentéisme, irritabilité avec les autres… si les premières cibles furent les enfants et les adolescents, les études portent aujourd’hui sur les adultes et pointent un risque bien plus important qu’initialement imaginé.

Notre collectivité doit assumer ses responsabilités devant un tel enjeu. Alors que l’éducation à l’image reste pour le moins confidentielle, le rapport distancié aux technologies du numériques en général et aux réseaux sociaux en particulier doit absolument faire l’objet d’une prise de conscience et de la mise en place de stratégies et d’actions fortes pour lutter contre ces nouveaux fléaux.

Déjà lors du rapport sur le « numérique éducatif » de la session de juin 2014, nous avions pointé ce risque et proposé plusieurs actions visant à installer et amplifier la prévention face au risque des écrans, des réseaux sociaux ou encore des contenus internet. Si notre diagnostic s’est confirmé et même hélas amplifié, il est dommageable que ces actions soient restées lettres mortes.

Pour terminer, nous pensons que si, comme l’assure de nombreux penseurs, économistes et spécialistes internationaux, nous sommes bien entré dans une nouvelle ère avec le numérique et son pendant la robotisation, alors il nous faut repenser le contrat social car les anciens équilibres ne fonctionnent plus dans ce nouveau cadre. Toutes les analyses macro-économiques sérieuses indiquent une restructuration des domaines de l’emploi accompagné de destructions nettes importantes dans de nombreuses activités. Il y a donc un enjeu fort pour notre région à la fois à être actrice de cette « révolution » et à la fois à penser et préfigurer l’avenir pour proposer des nouvelles voies dans le respect des principes de l’humanisme et de l’écologie.

[1] Définition de la licence ODbL (Open Database License) : contrat de licence ayant pour objet le partage (copier, distribuer et utiliser la base de données sous conditions identiques), la création (produire des créations à partir de cette base de données) et l’adaptation (modifier, transformer et construire à partir de cette base de données) tout en mentionnant la paternité et en conservant la même licence pour la production qui en découle.