Portrait Jean Delavergne

Un projet de SRADDT et un plan climat énergie inscrits dans la perspective d’une transition écologique

Intervention de Jean Delavergne

Le SRADDT est un exercice de réflexion prospective visant à tracer des orientations cohérentes pour notre région à l’échelle des 10 ou 20 prochaines années.

En matière de prospective il y a deux manières de procéder. Pour adopter en partie le style du rapport du CESER sur ce dossier, je dirai que « pour certains » il s’agit avant tout de prolonger les tendances existantes tandis que « pour d’autres » l’essentiel serait plutôt de repérer les ruptures et les nouveaux paradigmes rendant nécessaires de définir de nouvelles priorités. Bien évidemment une telle vision dualiste serait caricaturale : la plupart de ceux qui privilégient les tendances du passé admettent et reconnaissent qu’il y a de nouveaux paramètres à prendre en compte tandis que ceux qui mettent plutôt en avant la nécessité de ruptures savent bien que celles-ci ne signifient nullement absence totale de continuités et de permanences. 

Il n’empêche nous avions le choix :
Nous pouvions nous en tenir à un exercice convenu cherchant à prolonger sur le territoire régional ce qui a fait le délice des aménageurs depuis le milieu du siècle précédent : développement de nouvelles liaisons routières ou autoroutières, poursuite de l’étalement urbain voire des « mégapolisations », agrandissement permanent des surfaces de zones d’activité industrielles et commerciales, développement des grandes infrastructures… Tous aménagements censés bien évidemment soutenir la sacrosainte « croissance économique »…

Ce n’est pas le choix qu’a fait la majorité : il nous est apparu à la fois plus ambitieux et plus réaliste de partir des enjeux auxquels doivent faire face nos sociétés dans cette première moitié du XXI° siècle : nous avons donc mis au cœur de la démarche  l’exigence d’un nouveau modèle de développement. 
Pour renforcer la capacité de nos territoires à affronter les défis de notre époque, pour leur permettre de ne pas gaspiller leurs ressources dans des solutions du passé, il fallait une boussole : celle-ci se trouve dans le  chapitre III du projet de SRADDT et nous voulons dire clairement que pour l’essentiel elle nous convient. 

« Certains » ont laissé entendre que tout cela serait « trop vert ». Aujourd’hui on le sait tout le monde, tous les partis, toutes les institutions seraient écologistes… Mais attention : point trop n’en faut !
Il y a déjà 10 ans (2 septembre 2002) qu’un président de la République avait dénoncé cette attitude de l’autruche dans un discours prononcé à Johannesburg : « la maison brûle et nous regardons ailleurs ! ».

Depuis 10 ans,  la prise de conscience de l’opinion publique s’est considérablement renforcée : chaque jour nous disposons de nouvelles informations montrant l’urgence d’agir. 

Ceux qui regardent objectivement les choses ne peuvent pas ne pas savoir aujourd’hui quels sont les enjeux 
    – bouleversement climatique, raréfaction des énergies fossiles et plus largement des matières premières, 
    – disparition accélérée des espèces animales et végétales conduisant à mettre gravement en cause la biodiversité, qui conditionne pourtant la vie et les ressources de l’humanité, 
    – développement de nouvelles maladies « de civilisation » liées à l’introduction non maîtrisée de produits industriels de synthèse dans notre environnement, dans notre alimentation, dans l’air que nous respirons,…
    – …

Comment, face à des enjeux aussi cruciaux,  des décideurs publics responsables pourraient-ils ne pas assumer l’ardente obligation  de faire « autrement » ?

Comme dans tous les tournants de l’histoire, les ruptures,  les réorientations peuvent paraître difficiles. Mais si nous sommes réellement persuadés que la « maison brule », si nous prenons bien conscience qu’en poursuivant sur la même voie on ne peut qu’aggraver l’incendie, alors on ne peut raisonnablement se conter de quelques changements à la marge ou pour la forme. 

D’autant que, quelque soit la complexité très réelle des phénomènes que nous devons affronter, nous sommes loin d’être démunis. Nous avons au contraire des solutions à portée de main pourvu que nous acceptions de nous libérer des œillères qui nous empêchent de les prendre sérieusement en considération. C’est en particulier le mérite du plan climat-énergie que nous a présenté Gilles Deguet que de montrer secteur par secteur que les défis à relever, s’ils sont importants, ne sont pas non plus impossibles : il y faudra certes de fortes volontés politiques mais il est tout à fait réaliste d’aller vers l’objectif d’une réduction par quatre de nos émissions de gaz à effets de serre. Il en va de même pour la restauration et l’amélioration de la biodiversité, pour le développement d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement, en particulier biologique, pour l’éco-construction, pour la réduction des mobilités contraintes et le développement des transports collectifs et des circulations douces, pour la préservation des espaces agricoles et naturels…. Tout cela est possible, tout cela est réaliste et c’est même le seul réalisme qui vaille.

Parce que le réalisme et le pragmatisme, c’est aussi de voir dans les exigences de notre époque de véritables opportunités : opportunités économiques mais aussi et peut être surtout opportunités sociales et sociétales. 

D’un point de vue économique la nécessité d’aller vers un système sobre en ressources et qui ménage notre écosystème, cette nécessité ouvre en réalité des opportunités nombreuses de développement d’activités et d’emplois que ce soit pour réaliser des travaux titanesques d’isolation des logements, pour développer les énergies renouvelables, pour favoriser le recyclage des matériaux, pour remettre à niveau et développer les infrastructures ferroviaires, pour promouvoir la relocalisation des activités et les synergies locales, pour mettre en place des circuits courts, pour développer de nouvelles filières et de nouveaux process plus respectueux de l’environnement, … C’est en particulier là, je n’ai pas dit seulement là !, que sont les activités et les emplois de demain.
Dans un article récent le journal L’EXPANSION ( 28/03/2011) montrait comment la force ancienne du mouvement écologiste en Allemagne avait plutôt favorisé la compétitivité de l’industrie Allemande. L’article rapportait en particulier l’aveu du président de la Fédération allemande de l’industrie chimique (Klaus Engel) : « Je suis très reconnaissant envers le mouvement écologiste. C’est grâce à son action que le développement durable s’ancre dans nos processus de production », avait déclaré en septembre dernier le représentant d’un secteur dont L’EXPANSION rappelait qu’il « reste pourtant l’une des cibles préférées des écologistes ». 
En région, dans des domaines par exemple comme ceux de l’énergie ou de la cosmétologie, thèmes de nos « pôles de compétitivité », nous devons nous aussi contribuer à faire en sorte que les activités ne prennent pas de retard… et si possible qu’elles prennent de l’avance.

Soyons clairs, cependant, ce n’est pas au niveau de la région Centre seule que nous pourrons réaliser seuls un tournant de cette envergure : pour que tout cela soit possible il faut que soient réalisés au niveau national et si possible au niveau européen des investissements publics massifs. Dans un article du « Monde de l’Economie » de mardi dernier, l’économiste Alain Grandjean chiffrait l’effort d’investissement à réaliser à 600 milliards sur les 10 prochaines années et proposait des solutions pour les financer. Il faut donc dire clairement qu’on ne pourra pas assurer la transition écologique indispensable sans rompre aussi avec l’orientation vers l’austérité et le repli qu’on veut imposer à de plus en plus de pays européens pour satisfaire les marchés financiers. Il y a là une tendance suicidaire qui nous enfoncerait de plus en plus dans la crise.

Au contraire, nous voudrions affirmer une fois de plus que la transition écologique qui s’impose à nous peut être aussi une chance pour un impulser un développement économique et social qui soit non seulement plus soutenable pour notre écosystème mais aussi plus soutenable pour la société, pour les femmes et les hommes qui y vivent. 

Chacun peut voir que le modèle de développement issu des 30 glorieuses puis de la globalisation financière, ce modèle est aujourd’hui épuisé : explosion des inégalités sociales, impossibilité de travailler pour les uns et stress toujours croissant pour les autres, délocalisations des activités et déménagement des territoires. Le modèle du « travailler-plus-pour-gagner-plus-pour-consommer-plus-pour-dégager-toujours-plus-de-profits-pour-une-petite-oligarchie-financière » ce modèle rend tout simplement de plus en plus de gens malheureux mais aussi mobilise et mobilisera de plus en plus d’indignés. 

La logique dans laquelle s’inscrit le projet de SRADDT qui vous est soumis c’est de travailler à une société tournée vers l’être plutôt que vers l’avoir, plus vers la solidarité que vers la compétitivité, plus vers le développement des liens que vers l’accumulation des biens, une société qui privilégie la connaissance et l’innovation comme principaux facteurs de développement. 

Nous ne sommes bien sûr  pas totalement satisfaits de la rédaction de toutes les lignes des 200 pages de ce schémas dans tous les domaines : certaines des formulations retenues sur le nucléaire,  les aéroports ou les transports par exemple ne sont parfois que des compromis. 

Mais, cela ne remet pas en cause l’essentiel : ce SRADDT de la région Centre est pour l’essentiel une tentative de prendre au sérieux l’idée d’Edgar Morin d’une « politique de civilisation » : pour sortir des crises que nous traversons, travaillons à un monde plus civilisé !

 

Session des 23 et 24 Juin 2011
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Rapport SRADDT

Annexe SRADDT