Portrait Charles Fournier

Usine du futur : quelle place pour l’humain ?

Intervention de Charles Fournier

 

Monsieur le Président, chers collègues,

« Pour retrouver son rang dans la  bataille mondiale, gagner en compétitivité, maintenir de l’emploi industriel et améliorer la place de l’homme dans l’usine, la France doit relever le double défi de moderniser son outil productif et de concevoir et de développer les processus et les outils de production de l’avenir, l’usine de demain devra être plus écologique et sobre en ressources, plus intelligente, avec des modes de production toujours plus adaptés à des productions personnalisées ou en petite série, elle devra remettre l’humain au cœur de la relation homme-machine et être plus proche de son écosystème local (clients, sous-traitants et fournisseurs) ».

Ce n’est pas de moi, c’est un extrait du dossier de presse du lancement des 34 plans de la « Nouvelle France Industrielle » d’Arnaud Montebourg. A la différence des 33 autres plans, celui-ci devait s’intéresser à ce que serait l’usine de demain et en ce sens, les écologistes auraient été heureux de participer à cette réflexion : une usine plus écologique, sobre en ressources et qui remet l’humain au cœur de la relation homme-machine.

Jean Delavergne l’a déjà souligné, ce qui nous est proposé relève essentiellement de l’usine technologique, du progrès technique et la place accordée aux progrès humains est bien secondaire.

Ainsi, nous aurions pu imaginer, à travers cet appel à projets, poser la question de la pénibilité au travail et d’une usine qui, sans sacrifier des emplois, sur l’autel de la technologie, se serait préoccupée de réduire cette pénibilité.

Nous aurions pu imaginer intégrer dans cet appel à projets la question de l’évolution des compétences et des métiers pour une usine écologique et replaçant l’humain au centre. La question de la formation professionnelle ne semble pas trouver sa place dans le process proposé, même si nous avons bien noté que l’ARACT serait partie prenante et que la question des conditions de travail serait sans doute posée.

C’est aussi celle des modes d’organisation qui est posée, tout comme celle de l’innovation sociale.

Notre cible est principalement les TPI, PME-PMI. Nous pouvons nous interroger sur les conséquences de modes d’organisation plus flexibles, de la modernisation des mode de production et de la gestion des approvisionnements, d’une usine connectée en permanence, d’une logique de flux tendu permanente… Quelles incidences sur l’homme et la femme ? Si nous voulons parler de l’usine du futur, nous devons aussi penser au salarié du futur ? Quelle place dans cette usine, autant en nombre que qualitativement ? Quel rapport au travail, aux outils, quelles compétences ?

L’innovation n’est pas que technologique, elle est également sociale, et cette dernière doit aussi être  encouragée. Responsabilité sociale et environnementale des entreprises, renforcement de la démocratie dans l’entreprise, modes alternatifs de gouvernance (SCOP,  entreprises mutualistes, etc…) c’est aussi cela l’usine du futur.

Une stratégie industrielle doit aussi s’accompagner d’une stratégie de  formation à ses métiers avec un  double enjeu : anticiper les compétences requises pour les emplois industriels de demain (et, dans certains cas, déjà d’aujourd’hui) tout en revalorisant les formations vers ces emplois, notamment les emplois manuels.

La reconversion écologique de notre industrie (dans des secteurs en crise et/ou stratégiques comme l’automobile, la sidérurgie, l’aéronautique, la navale, etc.) représente une opportunité de nouvelles carrières d’avenir.

Ces possibles carrières et métiers pour se traduire dans une offre de formation doivent l’objet d’un travail collectif, celui de la quadripartite, du dialogue social à la fois national et régional, mais au-delà, elle doit associer les acteurs du champ orientation-formation-emploi. Elles peuvent et doivent s’organiser à la fois par secteur d’activité mais aussi dans les bassins de vie.

Réorienter l’usage de certaines de nos infrastructures, favoriser la requalification des salariés pour leur éviter le chômage, développer de nouvelles compétences tout en conservant les savoir-faire de nos ouvriers ; cela est au cœur de la transformation écologique et sociale de l’économie industrielle.

Au sein des Carif-Oref, dont fait partie le GIP Alfa Centre-Val de Loire, nous travaillons ces questions, nous  pouvons aider à la décision, assembler avec d’autres des données sur la relation emploi-formation, qui pourraient être utiles pour anticiper l’avenir. Nous pourrions apporter des éclairages complémentaires, me semble-t-il, à partir de cet l’appel à projets et dans un travail croisant analyse sectorielle et analyse territoriale.

Pour conclure, une industrie plus respectueuse de l’environnement et de l’humain dans ses processus et ses finalités est aussi l’occasion d’attirer un public large, choisissant de s’engager dans un métier parce que celui-ci lui porte une image  valorisante, une image de métier d’avenir. Développer l’orientation scolaire et professionnelle vers les métiers de l’industrie et communiquer positivement sur ces métiers, doit être aussi une priorité, d’autant quand la région se voit doter de compétences renforcées en la matière.

Vous le constatez, nous ne pouvons complètement nous satisfaire d’une futur qui serait principalement technologique, d’un futur qui ne dit ce que sera la place de l’homme et de la femme demain, ce que seront les emplois de demain. Le débat est complexe, les écologistes posent sans relâche la question de l’utilité sociale et environnementale des activités humaines mais nous savons que la réponse n’est pas toujours univoque, pour autant nous ne pouvons plus éluder cette interrogation et c’est le sens de notre importante réserve sur ce dossier.

Je vous remercie.