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Voeu: Non au pôle bois ERSCIA, aberration écologique

Voeu déposé par le groupe EELV

La société ERSCIA France, filiale du groupe belge IBV (sciage, cogénération et granulés), souhaite depuis 3 ans créer un pôle de transformation bois, à Sardy-lès-Épiry dans la Nièvre, à l’entrée du Parc Naturel du Morvan. Véritable zone d’activités industrielles, cette plateforme comprendrait une entreprise de sciage de résineux, une centrale de cogénération de biomasse et une fabrication de granulés destinée à produire de l’électricité en Belgique, chez ELECTRABEL, une filiale de GDF-Suez.

L’industriel annonce un rayon d’approvisionnement de 300 kilomètres, lequel inclut donc les forêts des régions Centre, Champagne-Ardenne, Franche-Comté et Auvergne. Ce sont donc entre 150 et 200 camions, d’un poids de 30 à 57 tonnes, qui sillonneraient chaque jour les routes. Enfin, la production de granulés, acheminée vers le nord de la Belgique pour alimenter une centrale électrique, alourdirait à la fois le bilan carbone en transport et diminuerait le rendement global matière première/énergie primaire/énergie finale.

Quant à l’économie du projet, sur les 150 millions d’euros prévus, les promoteurs privés escomptent des aides publiques, venant de l’Europe et des diverses collectivités locales. Mais il faudrait y ajouter l’impact sur les finances publiques des collectivités, à travers les avantages offerts à l’industriel pour la consolidation et la remise en état de voiries liées au trafic poids lourds.  

Un rapport du Ministère de l’Agriculture publié en décembre 2012 pointe le succès des filières locales mais disqualifie les grandes centrales à biomasse : incapables de mobiliser de nouvelles ressources en bois-énergie, elles fragilisent les filières existantes. Le rapport ministériel attire notamment l’attention sur le fait que l’usine de panneaux KRONOFRANCE à Sully-sur-Loire, implantée sur 50 hectares, employant plus de 400 personnes et produisant 400 000 m3 de panneaux par an, est directement menacée par ce type d’implantation. 

L’énergie issue du bois est une question cruciale car si l’exploitation n’était pas durable, l’énergie qui en est issue ne pourrait plus être considérée comme renouvelable. Les décisions prises aujourd’hui pour la forêt auront des conséquences pour les 50 à 200 ans qui viennent. 

Energie et climat sont liés. L’exploitation de la forêt n’est pertinente que si elle n’entraîne pas une décapitalisation du carbone stocké par les forêts : la surexploitation industrielle mettrait en péril les surfaces et les densités des forêts, au moment précis où le dérèglement climatique rend plus que jamais leurs fonctions indispensables et pour tout dire vitales.

En conséquence, le Conseil régional du Centre, réuni les 28 et 29 mars 2013 à Orléans :
    – soutient l’utilisation du bois pour la production de chaleur à condition que la gestion forestière permette le renouvellement de la ressource et qu’elle ne porte pas atteinte à la biodiversité, aux sols forestiers, à la qualité de l’air ou aux aménités de la forêt : c’est le sens de la « charte énergie-bois » qu’il a mise en place avec l’ADEME et Arbocentre ;
    – déplore l’absence de maîtrise publique des stratégies industrielles d’implantation des nouveaux utilisateurs de la biomasse et en particulier du bois, ce qui fait peser de nouvelles menaces de surexploitation des ressources ;
    – s’oppose au projet de pôle bois ERSCIA à Sardy-lès-Epiry dans la Nièvre, qui entre en contradiction flagrante avec la transition énergétique ;
    – s’oppose aussi à l’idée que ce projet puisse faire l’objet de subventions publiques et en particulier qu’il soit retenu au titre des « grands projets européens ».

Voeu rejeté : Vote POUR du groupe EELV, vote CONTRE du groupe PS, Abstention des groupes PCFG et FN et non participation au vote de l’UMP