Pour l’interdiction du déterrage des blaireaux

Vœu présenté par le Groupe Ecologiste

Le déterrage des blaireaux est une pratique archaïque, extrêmement violente pour ces animaux, mais aussi pour les chiens utilisés pour ce « loisir » d’un autre âge. Aujourd’hui, cette chasse est malheureusement légale, et peut même être étendue par arrêté préfectoral à la période d’allaitement, de sevrage et d’élevage des jeunes, ce qui est contestable pour une espèce à faible taux de reproduction. L’article L. 424-10 du Code de l’environnement stipule pourtant qu’il est « interdit de détruire ou d’enlever les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée ». La Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) s’est appuyée sur son réseau international BirdLife pour comparer le statut du blaireau et sa destruction en Europe et une partie de l’Asie centrale. Le résultat est édifiant : non seulement la France fait partie des derniers pays européens à persécuter les blaireaux, mais elle est la seule à autoriser leur déterrage en pleine période d’élevage des jeunes.

Cette chasse est menée notamment au nom de la prévention de la tuberculose bovine. Or l’ANSES, dans un avis d’août 2019, affirme que la vénerie sous terre n’a aucun effet préventif sur la zoonose, comme le confirme la situation au Royaume-Uni qui va cesser l’abattage massif des blaireaux et des bovins pour faire de la prophylaxie et développer la vaccination. L’ANSES préconise l’interdiction de l’utilisation des chiens de chasse et l’interdiction de la vénerie sous terre dans les zones infectées par la tuberculose bovine pour en limiter la diffusion, et déconseille ces pratiques dans les départements sous surveillance. Pourquoi cette simple précaution ne s’applique-t-elle pas dans les départements sous surveillance comme le Loir-et-Cher ? Les zoonoses, et la pandémie de Covid-19 l’a montré, sont dangereuses pour les humains quand ils interfèrent avec la faune sauvage et son habitat.

A l’heure de l’effondrement de la biodiversité, il est nécessaire de protéger la faune sauvage comme l’affirme dans son préambule la Convention de Berne, ratifiée par la France en 1979 : « la flore et la faune sauvages constituent un patrimoine naturel et d’une valeur esthétique, scientifique, culturelle, récréative, économique et intrinsèque, qu’il importe de préserver et de transmettre aux générations futures ». Le blaireau, non considéré comme espèce nuisible, mais au contraire inscrit sur la liste rouge des espèces protégées de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature.) L’espèce du blaireau s’autorégule et les pratiques de chasses des veneurs ne se justifient plus dans le contexte actuel. L’exemple du département du Bas-Rhin est à ce sujet significatif : depuis 15 ans, la chasse au blaireau y est totalement interdite, et les conséquences démontrent, comme chez nos voisins belges, espagnols ou italiens, qu’il n’y a ni surpopulation, ni dégât agricole.

La vénerie sous terre pour le blaireau est interdite dans les pays où il fait l’objet d’une protection légale (Belgique, Italie, Portugal, Danemark, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Espagne, Royaume-Uni, Biélorussie, Géorgie, République de Macédoine) et dans ceux où il est uniquement chassable au fusil (Finlande, Slovaquie, Grande Bretagne, Slovénie, Turquie, Ukraine). D’autres pays (Hongrie, Allemagne, Croatie, République Tchèque, Autriche, un tiers des cantons suisses) l’autorisent encore, mais jamais pendant la période de reproduction ! En raison notamment de la pression des lobbies cynégétiques visant à préserver de soi-disant traditions, la France a donc pris un retard considérable par rapport au reste de l’Europe dans l’éradication de ces modes de chasse cruels.

Aujourd’hui, une très grande majorité des Français est favorable à l’interdiction du déterrage et des pratiques de chasse barbares. 62 parlementaires français viennent d’appeler enfin à l’abandon des chasses dites « traditionnelles », citant en premier lieu la vénerie souterraine des renards et des blaireaux ainsi que le piégeage des oiseaux. A leur côté, nous pensons que le déterrage porte une atteinte supplémentaire à une espèce pourtant garante d’une biodiversité riche et d’une nature préservée.

Extraits de la Charte de l’Environnement :

  • « Article 2. Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement. Toute personne doit, dans les conditions définies par la loi, prévenir les atteintes qu’elle est susceptible de porter à l’environnement ou, à défaut, en limiter les conséquences ».
  • « Article 7. Toute personne a le droit, dans les conditions et les limites définies par la loi, d’accéder aux informations relatives à l’environnement détenues par les autorités publiques et de participer à l’élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement »

Extraits du Code de l’Environnement :

  • « Article L110-1-I. […] les êtres vivants et la biodiversité font partie du patrimoine commun de la nation ».
  • « Article L110-1-II-2. Le principe d’action préventive et de correction, par priorité à la source, des atteintes à l’environnement, en utilisant les meilleures techniques disponibles à un coût économiquement acceptable. Ce principe implique d’éviter les atteintes à la biodiversité et aux services qu’elle fournit ; à défaut, d’en réduire la portée ; enfin, en dernier lieu, de compenser les atteintes qui n’ont pu être évitées ni réduites, en tenant compte des espèces, des habitats naturels et des fonctions écologiques affectées ».

En conséquence, le Conseil régional Centre-Val de Loire, réuni les 2 et 3 juillet 2020 à Orléans, demande solennellement à Madame la Ministre de la Transition Ecologique et Solidaire de préparer l’inscription dans la loi de l’abolition de la vénerie sous terre du blaireau.

VŒU ADOPTÉ :

Pour : groupe écologiste, groupe SRD (Socialistes, Radicaux, Démocrates), 5 élus du groupe RN

Contre : 3 élus du groupe RN

Non participation au vote : groupe UDC (LR, UDI)